Transition énergétique : des emplois à la pelle, pourvu que les financements suivent

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Par Thierry Legrand. Modifié le 29 novembre 2022 à 10h07
Ecologie
10000La construction et la pose de 35 millions de compteurs communicants Linky devrait permettre de créer, à elles-seules, 10 000 nouveaux emplois en France.

La ministre de l’Ecologie Ségolène Royal l’a une nouvelle fois martelé le 9 mars 2015 aux militants de Greenpeace venus lui rappeler l’engagement présidentiel sur la baisse du nucléaire, les énergies renouvelables sont « des filières extraordinaires de créativité et d’emploi », ayant vocation à essaimer un peu partout sur le territoire, et à faire baisser à 50 % la part du nucléaire. Mais au delà des bénéfices écologiques et énergétiques, connus de tous, la montée en puissance des énergies renouvelables est la bonne nouvelle de ces vingt dernières années pour l’économie française.

La création de nouveaux secteurs d’emplois

Face à un taux de chômage peinant à chuter sous les 10 %, la création de nouveaux secteurs d’activité est une nouvelle inespérée. C’est pourtant bien de cela dont il est question avec le projet de loi sur la transition énergétique pour une croissance verte, qui revient en ce moment en discussion à l’Assemblée Nationale. En effet, ce texte cherche principalement à favoriser l’émergence des énergies renouvelables, porteuses de croissance et par conséquent d’emplois.

Cet avis est partagé par l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) ainsi que par l’Observatoire Français des Conjonctures Economique (OFCE), qui dans un rapport commun daté de 2013 prévoient que la transition énergétique permettra en France la création de 100 000 emplois en 3 ans. Cet avis est d’ailleurs corroboré par la Confédération Générale du Patronat des Petites et Moyennes Entreprises (CGPME) qui enregistre une hausse de 75% des offres d’emploi liées à la transition énergétique depuis mars 2012.

Tous les secteurs d’activité et les corps de métiers sont concernés par cette prévision. Mais surtout, ces emplois ont le mérite d’être indélocalisables et durables, les structures des énergies renouvelables se trouvant par nature sur l’ensemble du territoire français, de façon très localisée. Leur construction et leur entretien génèreront des milliers d’emplois.

La première étape de cette évolution a d’ailleurs déjà commencé avec Linky, le compteur communicant d’ERDF. En effet, Cromption Greaves, l’une des six entreprises lauréates de l’appel d’offres pour la fabrication des millions de compteurs, a annoncé l’ouverture d’un site de fabrication et d’un centre d’expertise près de Grenoble. A la clef, ce sont près de 200 emplois qui vont être créés. En tout, la fabrication et la pose des 35 millions de boitiers d’ici 2020 dans les foyers français, en plus de permettre à chacun des économies et un recours plus fréquent aux énergies renouvelables, devrait représenter un gisement de 10 000 emplois.

Cet exemple montre que les énergies renouvelables représentent un véritable espoir d’inflexion de la courbe du chômage, objectif ultime des gouvernements des trente dernières années. Une bonne nouvelle sur le papier, mais qui ne se réalisera pas d’un claquement de doigt, par l’opération du Saint Esprit.

La nécessité de financement de l’économie verte

Pour véritablement réussir sa transition énergétique, la France a besoin d’un nouveau modèle économique, dit « vert », prenant pleinement en compte les énergies renouvelables pour les rendre compétitives. Autrement dit, il s’agit de favoriser leur financement. Si plusieurs solutions sont déjà à l’étude, leur développement est impératif pour permettre l’essor des énergies renouvelables dans l’économie française. Ainsi, les obligations vertes, dites green bonds, qui sont des obligations standards destinées à financer des projets environnementaux sur les marchés, devraient être plus fortement encouragées par les pouvoirs publics. De même que doit être encouragé le financement participatif, pratique en forte progression qui présente l’avantage d’impliquer les citoyens à la démarche. La mise en place d’une banque spécifique à destination des énergies renouvelables, comme c’est le cas chez nos voisins outre-Rhin avec la banque de reconstruction KFW, est également nécessaire pour parvenir à la réussite de la création d’emplois.

Surtout, comme le rappelle le rapport de l’ADEME, il sera nécessaire que l'écosystème issu des énergies renouvelables évolue au sein d'un cadre réglementaire et fiscal stable. Cette exigence de stabilité, désirée par les professionnels du secteur, doit permettre de faciliter les financements. Mais pour cela il faudra « une vraie volonté politique et une vraie fiscalité écologique » selon Mathieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot. Espérons que le projet de loi soit un début de réponse.

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Consultant spécialisé sur les smart-grids. Rédacteur en chef de les-smartgrids.fr

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