Pétrole : L’OPEP+ rouvre les vannes, la guerre des prix reprend

Les barils s’accumulent, les prix s’effondrent, et l’OPEP+ change brutalement de cap. Pourquoi ouvrir grand les vannes en pleine dégringolade du marché ? Derrière cette manœuvre spectaculaire se cache une stratégie offensive sur le prix du pétrole… qui pourrait bien être une bonne nouvelle pour les automobilistes

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 5 mai 2025 6h21
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60 DOLLARSLe prix du pétrole Brent a chuté sous la barre des 60 dollars le baril ce 5 mai 2025.

Le 3 mai 2025, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et ses alliés, formant le groupe OPEP+, ont annoncé une décision majeure : une augmentation coordonnée de leur production de pétrole brut à hauteur de 411 000 barils par jour dès le mois de juin. Dans un contexte de prix en chute libre – autour de 60 dollars le baril – cette annonce a de quoi étonner… voire inquiéter

L’OPEP+ rouvre les vannes : un choc sur le marché du pétrole en pleine baisse des cours

Huit pays membres de l’OPEP+, parmi lesquels l’Arabie saoudite, la Russie, le Koweït, les Émirats arabes unis, le Kazakhstan, l’Algérie, l’Irak et Oman, ont pris de court les marchés en validant une augmentation immédiate et massive de leur production, triplant presque les prévisions initiales qui tablaient sur 137 000 barils par jour. La nouvelle a fait l’effet d’une déflagration : « L’Opep+ vient de lancer une bombe sur le marché pétrolier », s’est exclamé Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, dans une déclaration reprise par Le Figaro.

Officiellement, le communiqué de l’OPEP du 3 mai 2025 évoque une volonté de maintenir l’équilibre du marché sur la base de fondamentaux « sains ». En réalité, le geste est perçu comme un bras de fer stratégique. Car cette offensive pétrolière intervient dans un marché déjà plombé par une demande atone et une économie mondiale frileuse, avec une guerre commerciale sino-américaine ravivant les incertitudes.

L’OPEP change de stratégie, les prix du pétrole en Bourse souffrent

Ce virage à 180 degrés dans la doctrine de l’OPEP+ – jusque-là fondée sur la raréfaction contrôlée de l’offre – laisse peu de place au doute. Jorge Leon poursuit : « Le groupe change de stratégie et cherche à regagner des parts de marché après des années de coupes », selon La Tribune. La priorité semble clairement donnée au volume, quitte à sacrifier la rentabilité à court terme.

Mais cette stratégie n’est pas dénuée d’arrière-pensées politiques. À peine revenu à la Maison-Blanche, le président Donald Trump a exhorté l’Arabie saoudite à rouvrir ses vannes pour faire baisser les prix. L’OPEP+ y répond donc favorablement. Carsten Fritsch, de la Commerzbank, voit dans cette décision une manière « de tisser de bonnes relations » avec Washington, relève EnergyNews.

Au sein même du cartel, la décision pourrait aussi servir à remettre les pendules à l’heure. Certains États ont dépassé leurs quotas sans les compenser, contrevenant aux règles de l’accord OPEP+. D’après Arne Lohmann Rasmussen, de Global Risk Management, cette hausse vise aussi à envoyer un message disciplinaire clair aux membres indisciplinés.

Prix du pétrole : chute brutale, conséquences en chaîne

Les effets sur les marchés ne se sont pas fait attendre. Le baril de Brent a chuté de 3,6 % à 59,10 dollars, tandis que le WTI s’est enfoncé à 55,68 dollars. Le panier OPEP, lui, se situait encore à 68,16 dollars le 28 avril 2025, mais a continué de reculer. Ce déclin s’inscrit dans une dynamique entamée depuis l’arrivée de Donald Trump à la présidence en janvier. À l’époque, le baril flirtait encore avec les 80 dollars, avant de décrocher à mesure que la croissance mondiale ralentissait.

Et la spirale pourrait se poursuivre : si les prix restent durablement en dessous de 55 dollars, les producteurs américains de pétrole de schiste pourraient devenir non rentables, alerte Ole Hvalbye, de SEB relayé par EnergyNews. L’OPEP teste-t-elle les limites de son pouvoir d’influence ? Tout porte à croire qu’elle cherche à imposer sa suprématie face à la concurrence.

Guerre des prix du pétrole : quelles conséquences pour les carburants ?

Pour les consommateurs européens, cette chute vertigineuse du brut laisse entrevoir une baisse des prix à la pompe. Selon La Tribune, les distributeurs anticipent une détente sur les prix de l’essence dès cette semaine. Encore faut-il que les effets de marché se répercutent effectivement, car les marges de raffinage, la fiscalité et les coûts de distribution viennent souvent amortir la transmission directe des baisses.

Les automobilistes devront de toute manière patienter avant de voir les effets de cette décision de l’OPEP sur les prix à la pompe. Il faut compter en moyenne un peu plus de deux semaines pour que les variations des cours de Bourse se répercutent en effet sur les prix au consommateur. Le rendez-vous est donc donné pour fin mai 2025.

Une stratégie sous haute tension géopolitique

Au-delà des calculs économiques, cette réorientation agressive de l’OPEP+ vise aussi à anticiper les bouleversements géopolitiques à venir. Si les négociations sur le nucléaire iranien aboutissent, ou si un cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine se confirme, les sanctions américaines pourraient être levées. Cela ouvrirait la voie à l’arrivée de nouveaux volumes de pétrole sur un marché déjà saturé. Dans ce contexte, l’OPEP+ préfère prendre les devants. Mais ce jeu d’anticipation n’est pas sans risque : il pourrait fragiliser le cartel lui-même en provoquant une guerre des prix incontrôlable, comme celle de 2020.

La décision du 3 mai 2025 marque une rupture brutale dans la politique de l’OPEP+. Derrière la hausse de production annoncée se dessine un faisceau d’intérêts : reconquête des parts de marché, chantage aux tricheurs, pression sur les concurrents américains, mais aussi jeu d’influence avec Washington. À très court terme, les consommateurs pourraient y trouver leur compte. Mais si cette stratégie échoue, c’est toute la stabilité du marché pétrolier mondial qui pourrait vaciller.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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