Malgré le lancement du label Origin’Info en mai 2024, la provenance des ingrédients des produits vendus en supermarché reste largement indéchiffrable, déplore l’Association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV) dans une nouvelle étude. Le bilan est sans appel : le logo est quasi invisible, les enseignes jouent sur l’ambiguïté, et les consommateurs sont plus désinformés que jamais.
Supermarchés : l’origine des ingrédients reste introuvable, Origin’Info n’y change rien

Le logo Origin’Info, symbole d’une transparence fantôme
Lorsque le ministère de l’Économie a présenté Origin’Info en mai 2024, l’ambition était claire : réconcilier l’étiquette avec la réalité. Le dispositif devait identifier l’origine géographique des principaux ingrédients agricoles dans les produits transformés.
Mais douze mois plus tard, le constat est alarmant. CLCV a analysé 450 produits dans les rayons de 11 grandes enseignes alimentaires. Sur l’ensemble, seuls deux arborent le logo Origin’Info, bien que la moitié de ces produits proviennent de groupes ayant signé la charte.
Les consommateurs continuent donc à acheter à l’aveugle. Selon le rapport, un ingrédient principal sur deux n’a pas de provenance indiquée. Et ce chiffre grimpe dans certaines catégories, où la traçabilité devient un luxe réservé à quelques filières bien encadrées, comme la viande bovine.
Provenance ignorée : un terrain miné par le marketing
Le problème ne réside pas uniquement dans l’absence d’information, mais dans la manière dont les emballages suggèrent une origine trompeuse. CLCV relève qu’environ 39% des produits analysés présentent des éléments visuels évoquant la France (drapeaux, slogans, couleurs nationales), sans qu’aucun lien réel n’existe avec la source des ingrédients. Cette confusion volontaire s’explique par une stratégie d’image maîtrisée. Indiquer une origine étrangère serait perçu comme un handicap commercial. Autrement dit, tant que le label reste facultatif, les industriels choisiront le flou artistique.
Un dispositif volontaire vidé de sa substance
À son lancement, Origin’Info bénéficiait pourtant d’un large soutien : 116 marques avaient signé la charte. Le logo se voulait pédagogique, avec trois présentations possibles : camembert, liste ou icône symbolisant les sites de production. L’objectif était d’apporter de la lisibilité dans des chaînes logistiques souvent opaques.
Mais dans les rayons, il ne reste rien de cette ambition. Le logo est quasi-inexistant. CLCV déplore l’échec de l’incitation volontaire, appelant désormais à une obligation réglementaire claire et contraignante, exigeant que la provenance figure sur l’emballage de tout produit concerné, pas seulement en ligne ou via un QR code.
L’association propose également de mieux encadrer les mentions « Fabriqué en France » : elles sont aujourd’hui autorisées même lorsque les matières premières viennent de l’étranger, dès lors que la dernière transformation s’est déroulée en France.
La traçabilité n’est pas un détail : elle structure la confiance
Dans un contexte où la souveraineté alimentaire est devenue un enjeu stratégique, ne pas garantir la provenance des ingrédients revient à saboter toute tentative de relocalisation. Tant que le consommateur n’a pas accès à des informations claires, les promesses de circuits courts ou d’agriculture française resteront des slogans marketing.
Le rapport de CLCV est sans ambiguïté. Il pointe du doigt une industrie qui préfère l’opacité à la pédagogie, et un État qui, en refusant de légiférer plus fermement, abandonne la traçabilité aux bons soins de la communication. Le cas Origin’Info est emblématique : un projet techniquement faisable, politiquement soutenu, mais vidé de tout impact par l’absence de volonté contraignante.
