Panneaux solaires : vendre l’électricité ne rapporte plus rien

Dans le paysage énergétique français, un choix politique a réveillé les tensions. Entre annonces officielles, désillusions et colère froide, l’électricité photovoltaïque n’est plus tout à fait ce qu’elle était pour les particuliers.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 28 mars 2025 6h14
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Panneaux solaires : vendre l’électricité ne rapporte plus rien - © Economie Matin
98%La France exporte son électricité 98% du temps.

Depuis le 27 mars 2025 le gouvernement français a officiellement publié un arrêté qui redéfinit en profondeur les conditions de revente de l’électricité produite par les petites installations photovoltaïques (panneaux solaires). Alors que le secteur misait sur une dynamique verte, ce virage brutal suscite de nombreuses critiques, tant sur le fond que sur la méthode.

Coup de froid sur le rachat de l’électricité pour les particuliers

L’arrêté publié au Journal Officiel supprime toute illusion : le tarif de rachat pour les installations résidentielles de moins de 9 kilowatts-crête (kWc) chute à 0,04 euro par kilowattheure, soit une division par trois du tarif précédent. Un coup de massue pour les particuliers qui avaient misé sur le solaire pour amortir leurs factures, vendre leur production ou simplement participer à la transition énergétique.

Fini aussi la possibilité de revendre la totalité de sa production au réseau : seules les installations en autoconsommation avec injection du surplus sont désormais éligibles au tarif d’achat. En clair, il faut consommer une partie de l’électricité chez soi pour espérer revendre le reste.

Une prime d’investissement réduite à peau de chagrin

La déconvenue ne s’arrête pas là. Le montant de la prime à l’investissement, autrefois incitatif-clé, passe de 0,24 euro à seulement 0,08 euro par watt-crête installé. Une réduction sévère, immédiate, sans phase de transition.

Le Groupement des Particuliers Producteurs d’Électricité Photovoltaïque (GPPEP), qui s’est battu pendant des semaines, n’a pu qu’observer, impuissant : « Les conséquences de ces décisions vont être préjudiciables à la filière du PV résidentiel », déclare-t-il dans PV Magazine France, le 27 mars 2025.

Plus amer encore, Richard Loyen, délégué général du syndicat Enerplan, s’indigne dans le même article : « La demande de report de l’application de la baisse des primes et tarifs pour le 0-9 kWc au 1er octobre, lors de la mise en place de la TVA réduite, n’a pas été retenue. »

Électricité : des arbitrages sans cohérence ?

Pourquoi une telle précipitation ? Officiellement, des contraintes budgétaires pèsent sur l’État. Officieusement, c’est l’efficacité du système qui serait en cause. Le ministère de la Transition énergétique évoque la nécessité de « recentrer les aides sur les segments les plus efficaces ».

Mais pourquoi ne pas avoir attendu la mise en place de la TVA à taux réduit à 5,5 %, prévue pour octobre, avant de tailler dans les soutiens ? Pourquoi cette disjonction temporelle ? Là encore, le gouvernement botte en touche. Et la réponse ne vient pas.

Le sentiment d’un traitement incohérent s’impose. La filière solaire appelle cela un moratoire déguisé.

Une filière fracturée, l’avenir du photovoltaïque est-il compromis ?

Du côté des professionnels, la consternation est palpable. De nombreux installateurs envisagent de réorienter leur activité vers le stockage ou le pilotage énergétique. Mais tous n’en ont pas les moyens.

Floriane de Brabandère, porte-parole du Collectif de Défense du Photovoltaïque Français (CDPF), avertit dans PV Magazine : « Il s’agit d’une concurrence déloyale, car seules les entreprises qui ont les compétences et les moyens financiers en interne de diversifier leurs gammes de produits pourront le faire et tirer leur épingle du jeu ».

Le CDPF ne compte pas en rester là. Une fédération est en cours de constitution, avec des actions prévues dans « deux à trois semaines, notamment avec le monde agricole », selon les mêmes sources.

Un léger répit pour le segment BtoB, mais jusqu’à quand ?

Si les projets entre 100 et 500 kWc bénéficient temporairement d’un tarif à 95 euros par mégawattheure, sans dégressivité jusqu’au 1er juillet 2025, l’incertitude plane. Des appels d’offres simplifiés sont annoncés pour septembre. Mais les porteurs de projets devront aussi verser une caution de 10 000 euros, exigence dénoncée comme létale pour les trésoreries déjà sous pression.

Des critères de résilience pour demain, mais pour qui ?

À partir de 2026, un nouveau critère dit de résilience entrera en vigueur : seuls les équipements produits hors des zones ultra-dépendantes (plus de 50 % des importations européennes) seront éligibles. En théorie, une avancée. En pratique, un casse-tête de traçabilité.

L’arrêté s’appuie sur le Net Zero Industry Act européen. Encore faudra-t-il que les entreprises puissent prouver qu’elles respectent ces nouvelles normes sans se noyer dans la paperasse.

Au final, les particuliers qui rêvaient d’un toit solaire pour vendre un peu de leur électricité verte devront revoir leurs calculs. Le retour sur investissement s’allonge, la confiance s’étiole, et l’État s’emmêle dans des arbitrages qui bousculent une filière déjà fragilisée. Le gouvernement, en choisissant de frapper fort et vite, pourrait bien avoir miné les fondations d’une dynamique citoyenne patiemment bâtie.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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