La bataille autour de Perrier s’intensifie, alors que la justice vient de refuser la suspension de la vente des bouteilles étiquetées « eau minérale naturelle ». Cette décision, rendue malgré les alertes de UFC-Que Choisir sur les risques de pollution et sur l’usage contesté de cette appellation, relance le débat sur la transparence du secteur et sur la façon dont une eau minérale est réellement contrôlée en France.
La justice tranche : Perrier peut continuer à vendre son eau minérale

Le 18 novembre 2025, le tribunal judiciaire de Nanterre a tranché : Perrier peut continuer à être vendue comme « eau minérale naturelle ». Cette décision marque une étape clé dans l’affaire qui oppose UFC-Que Choisir à Nestlé Waters, dans un climat de suspicion lié à la pollution d’anciens forages et aux traitements jugés incompatibles avec la réglementation.
Scandale Perrier : ce que réclamait UFC-Que Choisir
Depuis des mois, l’association UFC-Que Choisir tentait d’obtenir l’arrêt de la vente de Perrier en tant qu’eau minérale, et elle avait déposé un recours en justice pour imposer le retrait temporaire de chaque bouteille présente sur le marché. L’organisation affirmait que la marque ne respectait plus les critères stricts attachés au statut d’« eau minérale naturelle », notamment à cause de traitements de microfiltration qu’elle jugeait contraires au caractère intact exigé par la loi. Cette demande s’appuyait également sur des épisodes de pollution survenus sur le site de Vergèze, où quatre forages avaient été abandonnés en trois ans à la suite de contaminations répétées, selon les informations rapportées par Le Monde. Ainsi, aux yeux de l’association, la vente sous cette appellation constituait une forme de tromperie que le tribunal devait sanctionner.
Afin de convaincre les juges, UFC-Que Choisir insistait sur l’enjeu économique et sanitaire que représente l’appellation « eau minérale naturelle », rappelant que cette eau est vendue « cent à trois cents fois plus cher que l’eau du robinet », selon FranceInfo. Par ailleurs, sa présidente Marie-Amandine Stévenin soulignait publiquement l’importance de ce combat, affirmant : « Nous sommes en colère (…) cette décision n’est pas à la hauteur des enjeux que nous dénoncions, à savoir les pratiques commerciales trompeuses », déclarait-elle selon TF1 Info. Grâce à ce discours offensif, l’association espérait démontrer que l’information du consommateur avait été altérée, ce qui aurait dû conduire la justice à suspendre la vente de l’eau Perrier sous sa forme actuelle.
Une décision de justice fondée sur l’absence de risque imminent
Malgré les accusations de pollution et les interrogations sur les traitements appliqués, la justice a estimé que l’urgence n’était pas caractérisée. Le tribunal de Nanterre a jugé que « l’existence d’un risque sanitaire pour le consommateur lié aux eaux Perrier n’est nullement établie avec l’évidence requise en référé », selon les éléments publiés par TF1 Info. En conséquence, les juges ont considéré qu’« aucun dommage imminent » ne pouvait justifier l’arrêt immédiat de la vente. Cette position s’appuie notamment sur les contrôles internes et les analyses sanitaires transmises par Nestlé Waters, dont un porte-parole déclarait au Monde : « Toutes nos eaux sont consommables en toute sécurité ». Dès lors, la requête d’interdiction de vente a été rejetée, malgré la médiatisation des soupçons pesant sur la marque.
Dans son ordonnance, la justice affirme également que l’information du consommateur n’a pas été suffisamment altérée pour justifier une suspension de la vente. Le juge estime ainsi que le « comportement économique » du consommateur n’était pas modifié par la mention « eau minérale naturelle », comme l’a rapporté Le Monde. Cette appréciation constitue un point crucial, car elle signifie que même en présence de traitements contestés, la qualification commerciale de l’eau Perrier ne saurait être invalidée sans preuve directe d’un préjudice. Enfin, l’association UFC-Que Choisir a été condamnée à verser 5 000 euros à Nestlé Waters et à ses filiales.
Les conséquences pour Perrier et les attentes réglementaires à venir
À court terme, Perrier peut donc poursuivre la vente de ses bouteilles d’eau minérale sans changer d’étiquette, mais cette victoire judiciaire n’efface pas les enjeux de fond qui pèsent sur la marque. Le site de production de Vergèze reste sous surveillance accrue, notamment depuis la destruction de plus de trois millions de bouteilles au printemps 2024 après une contamination par des bactéries d’origine fécale, d’après Le Monde.
Environ trois cent mille bouteilles supplémentaires avaient été bloquées un an plus tard, toujours en raison de risques liés à la qualité des forages. Tandis que ces épisodes rappellent la fragilité du site, le préfet du Gard exige désormais des preuves que l’eau Perrier demeure « naturellement pure » sans traitement interdit, une exigence renforcée par la mise en demeure de retirer certains filtres considérés comme non conformes.
