La pollution plastique dans les océans n’épargne aucune espèce : oiseaux, tortues et mammifères marins succombent parfois à quelques débris seulement. Une étude récente révèle l’ampleur de ce phénomène et interroge sur l’urgence des actions à mener.
Plastique dans les océans : quelques morceaux seulement peuvent tuer les animaux marins

Une ingestion plastique désormais documentée à grande échelle
Le 17 novembre 2025, une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences a synthétisé les données issues de plus de 10 000 nécropsies d’animaux marins, réparties sur 95 espèces. Selon l’analyse relayée par France 24, des fragments de plastique ont été retrouvés dans 47 % des tortues, 35 % des oiseaux de mer et 12 % des mammifères marins examinés.
Près de 21,5 % des animaux analysés avaient ingéré du plastique au moment de leur mort. Cette étude inédite en ampleur est l’une des premières à quantifier le phénomène à une telle échelle. Selon Ocean Conservancy, chaque année, plus de 11 millions de tonnes de déchets plastiques rejoignent les milieux marins, constituant une pollution omniprésente et persistante.
Même à très faible dose, le plastique tue
Les scientifiques ont identifié des seuils de toxicité alarmants. Chez les oiseaux marins, « moins que trois cubes de sucre » de plastique suffisent à provoquer un risque de mortalité de 90 %, d’après une estimation publiée par Euronews. Pour les tortues marines, l’ingestion de l’équivalent de « deux balles de baseball » peut également entraîner une issue fatale dans 9 cas sur 10, tandis que chez les mammifères comme le marsouin, un volume plastique comparable à un ballon de football atteint le même taux de létalité.
Ces résultats démontrent que ce ne sont pas seulement les grandes quantités qui posent problème. Au contraire, des quantités modestes peuvent provoquer des obstructions, des lésions internes, ou des troubles digestifs fatals. Le phénomène n’est donc pas uniquement un enjeu de pollution visuelle ou de nuisance esthétique, mais bel et bien un problème de santé vitale pour la faune marine.
Une létalité liée au type de plastique et à l’espèce touchée
Les effets du plastique varient en fonction des espèces et de la nature des matériaux ingérés. D’après Le Monde, chez les oiseaux, les fragments rigides et le caoutchouc sont particulièrement nocifs. Les tortues, elles, sont sensibles aux matières molles comme les sacs plastiques, mais aussi aux plastiques durs. Quant aux mammifères marins, ce sont principalement les résidus de matériel de pêche (cordes, filets) qui posent problème.
Le rapport indique également que pour 4,4 % des tortues décédées, l’ingestion de plastique est identifiée comme la cause directe du décès. Ce chiffre s’élève à 1,6 % chez les oiseaux marins et à 0,7 % pour les mammifères. Cependant, les chercheurs soulignent que ces chiffres sont probablement en deçà de la réalité. L’étude ne prend pas en compte l’exposition prolongée aux microplastiques, les effets chimiques des additifs ni les morts causées par l’enchevêtrement dans des déchets.
Une biodiversité en danger
Le fait que près de la moitié des tortues et un tiers des oiseaux étudiés aient ingéré du plastique souligne l’ampleur de la menace pour des espèces souvent déjà fragiles. L’analyse statistique révèle une vulnérabilité accrue pour les animaux jeunes, qui confondent fréquemment les déchets plastiques avec leur alimentation naturelle. Malgré cette gravité, des mesures simples peuvent réduire ce danger.
L’ONG Ocean Conservancy rappelle que « chaque année, les bénévoles collectent une quantité massive de ballons, sacs, pailles, emballages alimentaires et autres objets en plastique mortels pour la faune, même à petite dose ». L’enjeu est donc aussi dans la prévention à la source, la sensibilisation et les efforts communautaires sur les plages et zones littorales. Cette étude démontre qu’agir à l’échelle locale n’est pas vain : enlever quelques déchets visibles sur une plage ou dans une baie peut sauver des vies.
