Plein emploi : le gouvernement y renonce malgré la promesse de Macron

Le ministre de l’Économie Roland Lescure a reconnu que l’objectif de plein emploi fixé par Emmanuel Macron à 5% de chômage ne sera pas atteint l’année prochaine. Avec un taux de chômage qui bondit à 8,1% au premier trimestre 2026, le gouvernement abandonne de facto cette promesse emblématique du quinquennat.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 18 mai 2026 6h21
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Young hispanic man wearing business style sitting on desk at office looking stressed and nervous with hands on mouth biting nails. anxiety problem. - © Economie Matin
5%Le plein emploi signifie un chômage sous les 5%

L'ambition du plein emploi en France appartient désormais au registre des vœux pieux. Roland Lescure, ministre de l'Économie, a officiellement reconnu, dimanche 17 mai 2026, que l'objectif de 5 % de chômage fixé par Emmanuel Macron ne pourrait plus être atteint « d'ici l'année prochaine ». Cette déclaration marque un tournant décisif dans la politique économique du quinquennat, alors que le taux de chômage français a bondi à 8,1 % au premier trimestre 2026, son niveau le plus élevé depuis cinq ans — soit plus du double de la cible présidentielle.

Invité sur le plateau de Dimanche en politique sur France 3, le ministre n'a pas cherché à édulcorer la réalité : « Non, ce n'est pas atteignable d'ici l'année prochaine », a-t-il admis sans détour. Il a néanmoins tenu à préciser que cet objectif devait « rester un objectif national », refusant d'en prononcer l'oraison funèbre définitive.

Le plein emploi, objectif abandonné par l'exécutif face à la dégradation du marché du travail

La promesse du plein emploi constituait l'un des engagements phares d'Emmanuel Macron pour son second mandat. Formulée dans un contexte où le chômage français avait atteint des niveaux historiquement bas — autour de 7 % en 2022, contre plus de 10 % une décennie auparavant —, cette ambition semblait alors crédible. En visant le seuil symbolique de 5 %, le président de la République entendait aligner la France sur les performances de ses voisins nordiques et allemands, faisant de la baisse durable du chômage le marqueur distinctif de sa politique économique.

Reconnaître publiquement que cet objectif est désormais hors de portée revient, pour le ministre, à admettre que la trajectoire engagée depuis 2017 s'est brisée sur les écueils d'une conjoncture mondiale dégradée. Roland Lescure a d'ailleurs pris soin de rappeler ce que le quinquennat précédent avait accompli : « Grâce à ce que l'on a fait depuis 2017, je pense que l'on a réussi à changer l'état d'esprit vis-à-vis de ça. Je pense que l'on a redonné de l'espoir à des Françaises et des Français qui n'avaient plus accès au marché du travail, notamment des jeunes et des seniors. » Un bilan qui sonne, dans le contexte actuel, davantage comme une épitaphe que comme un tremplin.

Une dégradation continue du marché de l'emploi

Les statistiques récentes de l'Insee brossent un tableau préoccupant de l'économie française. Au premier trimestre 2026, le nombre de chômeurs a progressé de 68 000 personnes sur l'ensemble du territoire, portant le total à 2,6 millions d'individus. Cette hausse de 0,2 point sur le trimestre — et de 0,7 point sur un an — signe le cinquième trimestre consécutif de détérioration. Certaines populations sont frappées bien plus durement que d'autres par cette montée du chômage, notamment les jeunes et les travailleurs peu qualifiés.

Cette dégradation intervient paradoxalement alors que le taux d'emploi progresse légèrement, gagnant 0,1 point pour atteindre 69,5 %, proche de son plus haut historique. « Jamais autant de personnes n'ont travaillé en France depuis 1975 », s'est d'ailleurs félicité Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, évoquant « plus de 1,1 million de personnes en emploi supplémentaires » depuis 2019. Cette apparente contradiction s'explique par l'afflux de nouveaux actifs sur le marché du travail, qui grossissent les rangs des demandeurs d'emploi plus vite que l'économie ne parvient à les absorber.

Les facteurs explicatifs d'un échec annoncé

Pour justifier l'incapacité à tenir la promesse de plein emploi, Roland Lescure a invoqué les turbulences géopolitiques mondiales, notamment « les tensions au Moyen-Orient ». « On fait face à un choc mondial très important », a-t-il insisté, précisant dans un entretien accordé à La Tribune Dimanche que « le conflit en Iran bloque 20 % du pétrole mondial » — une perturbation aux répercussions en cascade sur l'activité industrielle européenne.

L'Insee pointe également l'effet mécanique de la loi pour le plein emploi, entrée en vigueur en janvier 2025, qui a généralisé l'inscription de tous les allocataires du RSA auprès de France Travail. Sur un an, « les bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans inscrits à France Travail contribuent pour près de la moitié de la hausse du taux de chômage », précise l'institut statistique. Une réforme structurelle qui, en rendant visible une partie du chômage jusqu'alors invisible dans les statistiques, a paradoxalement alourdi les chiffres qu'elle entendait améliorer.

Les défis structurels du marché du travail français

Au-delà de la conjoncture, cette situation révèle les failles profondes d'une économie française prise en étau entre le ralentissement de l'activité, les difficultés persistantes du secteur industriel et un marché du travail dont le dynamisme s'érode. L'enterrement de cet objectif par le ministre de l'Économie lui-même traduit une prise de conscience que les instruments traditionnels de politique de l'emploi se heurtent à des mutations plus profondes.

Le vieillissement accéléré de la population active, la révolution technologique qui redistribue les cartes entre métiers en tension et secteurs sinistrés, ainsi que les transformations des formes d'emploi exigent des politiques d'accompagnement de long terme, bien au-delà des cycles électoraux. Roland Lescure refuse néanmoins « tout pessimisme exagéré », estimant que « l'économie française résiste aux vents de face » — une formule qui, si elle traduit une résilience réelle, ne saurait masquer des fragilités structurelles qui compromettent durablement les perspectives d'emploi dans l'Hexagone.

Perspectives et enjeux politiques

L'abandon de facto de l'objectif de plein emploi constitue un revers politique considérable pour Emmanuel Macron, qui avait érigé cette promesse en pilier de sa crédibilité économique. La distance entre le seuil de 5 % visé et les 8,1 % observés aujourd'hui n'est pas seulement statistique : elle mesure l'écart entre une ambition de transformation et la réalité d'un pays rattrapé par ses rigidités. Cette situation rappelle les difficultés récurrentes de la France à maintenir des niveaux de chômage comparables à ceux de ses voisins européens, l'Allemagne affichant un taux inférieur à 3,5 % en dépit d'une conjoncture industrielle elle aussi chahutée.

Les implications de cet aveu dépassent le cadre purement économique pour toucher aux fondements de la politique sociale française. « J'ai grandi dans une génération où le chômage de masse était perçu comme une fatalité », reconnaissait Roland Lescure. C'est précisément ce spectre que le risque d'un retour à la résignation collective vient réveiller. Dans un contexte où les droits sociaux des travailleurs sont déjà fragilisés par des défaillances systémiques, la dégradation du marché de l'emploi ajoute une couche d'inquiétude pour des millions de Français.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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