À partir du 9 octobre 2025, les virements bancaires en euros seront soumis à un contrôle automatique systématique : la banque vérifiera que le nom du bénéficiaire saisi correspond bien à l’IBAN associé. Une mesure destinée à renforcer la lutte contre la fraude, mais qui va modifier les usages bancaires pour les particuliers comme pour les entreprises.
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Issue du règlement européen 2024/886, la nouvelle obligation de vérification des virements s’applique à toutes les banques de la zone SEPA, c’est-à-dire l’espace unique de paiement en euros regroupant 36 pays européens.. Pour chaque opération, la cohérence entre le nom du bénéficiaire et l’IBAN devra être confirmée avant exécution. Ces nouvelles règles, pensées pour limiter la fraude, suscitent néanmoins des inquiétudes quant à leur impact sur la fluidité des virements.
Le fonctionnement de la nouvelle vérification
Depuis le 9 octobre, chaque virement implique un échange automatique entre la banque émettrice et celle du bénéficiaire. L’objectif est simple : comparer le nom indiqué par l’expéditeur à celui réellement rattaché au compte. Si les deux concordent, le transfert est validé. En cas de légère différence — faute d’orthographe, abréviation ou inversion —, une alerte invite le client à corriger ou confirmer l’opération. En revanche, une incohérence totale provoque un message d’avertissement susceptible de bloquer le virement.
Ce contrôle s’effectue en temps réel : la banque du bénéficiaire doit répondre en moins de cinq secondes. Il s’applique à tous les virements SEPA, qu’ils soient classiques ou instantanés, et concerne particuliers et professionnels. Le service, appelé Verification of Payee (VoP), est gratuit et s’intègre désormais aux systèmes informatiques des établissements pour harmoniser la sécurité des paiements européens.
Les raisons de la réforme
La Commission européenne a voulu combler une faille : jusqu’ici, l’IBAN était vérifié, mais pas le nom associé. Cette absence de double contrôle favorisait les fraudes au faux RIB ou à l’usurpation d’identité bancaire. En 2024, ces escroqueries auraient coûté près de 183 millions d’euros en France, selon la Banque de France.
Les virements instantanés, irréversibles et traités en quelques secondes, sont particulièrement vulnérables : la Société Générale estime qu’ils sont jusqu’à neuf fois plus exposés à la fraude qu’un virement classique. Le dispositif VoP doit donc réduire considérablement ces risques et renforcer la confiance des usagers dans les paiements numériques.
Ce que cela change pour les usagers
La mesure pourrait provoquer quelques frictions à son lancement. Des opérations parfaitement valides pourraient être signalées si le nom enregistré diffère de celui figurant sur le RIB : par exemple, “M. Dupont Jean” au lieu de “Jean Dupont”. Il est donc conseillé de vérifier la liste de ses bénéficiaires et d’y inscrire le nom complet, avec les accents et l’ordre exact.
La responsabilité du client évolue également. Si un virement est exécuté malgré une alerte de non-correspondance, la banque ne sera plus automatiquement tenue responsable en cas de perte. Il devient donc essentiel de contrôler chaque détail avant de valider un transfert. Les particuliers devront abandonner les surnoms ou mentions approximatives, et les entreprises s’assurer que leurs raisons sociales figurent telles qu’elles apparaissent sur leurs documents officiels.
Les défis pour les banques
Pour les établissements financiers, cette réforme représente un chantier technique de grande ampleur. Les systèmes informatiques doivent désormais dialoguer en permanence afin d’échanger, en quelques secondes, les données nécessaires à la vérification. L’enjeu est d’éviter tout ralentissement des opérations tout en garantissant la fiabilité et la protection des informations.
Certaines banques redoutent encore des décalages dans l’application complète du dispositif, notamment pour les virements transfrontaliers. Mais toutes devront se conformer au nouveau cadre avant la fin de l’année. En rendant la sécurité plus visible et homogène, la réforme inaugure une nouvelle étape de la digitalisation bancaire européenne et renforce la confiance dans les paiements par virement.
Au-delà de la lutte contre la fraude, la mise en place du VoP marque une étape stratégique dans la construction d’un espace financier intégré en Europe. En uniformisant les protocoles de vérification, Bruxelles renforce la souveraineté numérique du continent et réduit la dépendance vis-à-vis des systèmes de paiement anglo-saxons. Cette évolution, combinée au déploiement du futur euro numérique, pourrait à terme faciliter l’émergence d’un véritable marché unique du paiement, plus sûr, plus rapide et plus compétitif.
