PMU : l’État impose une réforme choc pour sauver la filière des courses hippiques

Le 13 août 2025, le gouvernement français a présenté un plan de réforme du PMU (Pari Mutuel Urbain) visant à redynamiser le secteur des courses hippiques, fragilisé par une érosion continue des mises et une concurrence de plus en plus féroce des paris sportifs en ligne.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 14 août 2025 8h14
PMU : l’État impose une réforme choc pour sauver la filière des courses hippiques
PMU : l’État impose une réforme choc pour sauver la filière des courses hippiques - © Economie Matin
4%D'après les chiffres de France Galop, les mises ont reculé de 4% sur les six premiers mois de 2025.

Le PMU face à une chute historique de ses mises

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2024, le PMU a enregistré 6,6 milliards d’euros de mises, soit une baisse de 2% par rapport à l’année précédente. Et le début de l’année 2025 s’annonce encore plus inquiétant : selon France Galop, les mises ont déjà reculé de 4%.

Cette tendance baissière n’est pas nouvelle, mais elle s’aggrave. Le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), remis en juin 2025, ne cache pas ses inquiétudes : il confirme « la tendance à la baisse des enjeux du pari hippique ». Face à cela, le PMU perd du terrain au profit des opérateurs de paris sportifs en ligne, plébiscités par une clientèle plus jeune et ultra-connectée. Un tournant que la direction du groupement semble avoir du mal à négocier.

Une gouvernance jugée obsolète

La crise est aussi interne. En mai 2025, pour la première fois de son histoire, le conseil d’administration du PMU a rejeté les comptes annuels. Un signal fort. Peu après, la directrice générale, Emmanuelle Malecaze-Doublet, a annoncé son départ, prévu pour la fin de l’été. Cette instabilité fragilise encore davantage l’image du PMU.

Le gouvernement estime qu’il est temps de revoir en profondeur l’architecture de l’entreprise. Il envisage ainsi de faire évoluer le statut du PMU, aujourd’hui constitué en groupement d’intérêt économique (GIE) détenu à parts égales par France Galop et la Société d’encouragement à l’élevage du trotteur français (SETF). L’objectif affiché : le transformer en GIE commercial, plus autonome, capable de constituer des réserves et de prendre des décisions stratégiques sans dépendre uniquement des deux maisons mères.

Selon un communiqué conjoint des ministères de l’Agriculture et des Comptes publics, cette évolution doit permettre de « rénover la gouvernance du PMU et notamment de faire évoluer son statut vers celui d’un GIE commercial ».

Le « Pacte PMU 2030 » confié à Éric Woerth

Pour piloter cette refonte, l’exécutif a missionné Éric Woerth, député de l’Oise, qui sera chargé de rédiger un document stratégique baptisé « Pacte PMU 2030 ». Sa feuille de route est ambitieuse : définir la nouvelle gouvernance, clarifier la répartition des bénéfices, proposer une nouvelle direction, et surtout, restaurer la confiance. « Cette stratégie implique d’engager un plan d’économies structurelles dans la filière », précise le communiqué. L’État encourage les sociétés mères à mutualiser davantage leurs services, à rationaliser leurs charges et à diversifier leurs revenus hors des paris.
Un modèle économique sous pression

Actuellement, 75% des mises sont redistribuées aux parieurs sous forme de gains. Le bénéfice net, soit 8% des mises, est partagé entre France Galop et la SETF pour financer les courses et les 40.000 emplois de la filière. L’État perçoit quant à lui 9% des mises sous forme de taxes.

Mais l’équation économique devient intenable. La tentation de revoir la fiscalité est bien présente, même si elle avait été vivement rejetée en 2024. À l’époque, une hausse envisagée avait été décrite comme « mortifère » par les acteurs du secteur.

La réforme du PMU ne relève plus de l’adaptation, mais de la survie. L’État, désormais pleinement impliqué, souhaite « travailler aux côtés des acteurs de la filière » pour construire un avenir viable. Le pari est osé, mais nécessaire. Le « Pacte PMU 2030 » pourrait bien être la dernière chance de remettre les courses hippiques sur les rails.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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