Pourquoi l’Allemagne renoue avec les centrales à gaz

En Allemagne, le gaz revient au cœur du système électrique. Derrière l’annonce d’un vaste plan de centrales à gaz, Berlin cherche à stabiliser un mix dominé par les renouvelables, sans nucléaire, et sous contrainte climatique. Le contraste CO2 par kWh avec la France est saisissant.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 26 janvier 2026 15h15
Pourquoi allemagne Renoue Avec Les Centrales A Gaz
Pourquoi l’Allemagne renoue avec les centrales à gaz - © Economie Matin

Le 21 janvier 2026, l’Allemagne a officialisé une nouvelle inflexion énergétique, après un accord de principe avec Bruxelles. L’objectif est clair, et pourtant politiquement explosif : construire des centrales à gaz pour sécuriser l’électricité. Car en Allemagne, l’éolien et le solaire progressent vite, mais l’intermittence pèse, et donc l’équation industrielle se durcit. Or, dans le même temps, l’intensité carbone de l’électricité reste élevée : 328 gCO2e/kWh en moyenne en 2025, contre 27 gCO2e/kWh en France, selon des données ENTSO-E agrégées par Nowtricity et consultées le 26 janvier 2026.

Allemagne : des centrales à gaz pour verrouiller la sécurité d’approvisionnement, malgré le climat

En Allemagne, le point de départ est un impératif de continuité. D’abord, Berlin met en avant la sécurité d’approvisionnement, puis la compétitivité industrielle, et enfin la stabilité des prix. C’est dans ce cadre que l’Allemagne a obtenu « à un accord de principe avec la Commission européenne sur des éléments clés », selon le ministère allemand de l’Économie et de l’Énergie. Ainsi, l’Allemagne peut enclencher un dispositif d’appels d’offres dès 2026, parce que le pays veut des moyens pilotables rapides à déployer, alors même que le calendrier politique et industriel impose des jalons fermes.

Concrètement, l’Allemagne vise 12 GW de capacités pilotables supplémentaires, et le dimensionnement est déjà détaillé. Le premier paquet 2026 correspond à 12 GW, dont 10 GW de centrales à gaz, tandis que 2 GW sont ouverts à d’autres technologies, notamment le stockage par batteries. En outre, la mise en service doit intervenir au plus tard en 2031, ce qui crée une contrainte d’exécution forte. Enfin, le gouvernement allemand projette une trajectoire plus large, parce qu’il évoque une cible « à terme » pouvant atteindre jusqu’à 20 GW de nouvelles centrales à gaz. Cette accélération est assumée politiquement comme « une étape décisive pour la sécurité de l’approvisionnement », a déclaré Katherina Reiche, ministre allemande de l’Économie et de l’Énergie.

En Allemagne, l’intermittence des renouvelables freine l'industrie

L’Allemagne avance une justification technique, puis une justification économique, et enfin une justification sociale. D’un côté, les renouvelables gagnent du terrain, et pourtant elles n’annulent pas le besoin de puissance pilotable. En 2025, les énergies renouvelables ont représenté 55,9% de la production d’électricité en Allemagne. Cependant, lorsque le vent tombe ou que l’ensoleillement faiblit, le système doit compenser, donc mobiliser du pilotable, ou importer, ou réduire certaines consommations. Autrement dit, l’Allemagne se heurte au cœur du problème des énergies renouvelables : elles produisent beaucoup, mais pas toujours quand la demande est la plus forte, et c’est précisément ce décalage que le gaz est censé combler, au moins pendant la transition.

De l’autre côté, la sortie du nucléaire continue de hanter le débat allemand, parce qu’elle a supprimé une option bas-carbone pilotable. Sur ce terrain, le débat n’est plus seulement technique : il est devenu stratégique. « Sortir du nucléaire a été une grave erreur stratégique », a déclaré Friedrich Merz, chancelier. L’Allemagne a perdu une capacité de production stable, alors même que la consommation électrique est appelée à croître avec l’électrification de l’industrie, des transports et du chauffage. Dès lors, le gaz s’impose comme solution de court et moyen terme, même si, parallèlement, il accroît la dépendance au combustible, et donc aux prix, et donc aux arbitrages géopolitiques.

En rejetant le nucléaire, l'Allemagne reste le premier pollueur d'Europe

Pour Berlin, le mot d’ordre est celui de la compatibilité future, et donc d’une promesse de décarbonation. L’Allemagne insiste sur des centrales « compatibles avec l’hydrogène » et sur une décarbonation complète au plus tard en 2045. Cela permet de présenter le gaz comme un outil transitoire, puis comme un support d’un futur hydrogène, et donc comme une étape vers la neutralité. L’objectif officiel de neutralité climatique à l’horizon 2045 structure l’ensemble de la stratégie. En théorie, le message est cohérent : l’Allemagne construit aujourd’hui des capacités pilotables, et elle les convertira demain, afin de ne pas enfermer le pays dans des émissions durables.

Néanmoins, le problème reste celui du carbone ici et maintenant, et c’est là que la comparaison avec la France devient sensible. En 2025, l’intensité carbone moyenne de l’électricité s’établit à 328 gCO2e/kWh en Allemagne, contre 27 gCO2e/kWh en France. Cette différence s’explique d’abord par la place du nucléaire en France, ensuite par l’usage plus fréquent de charbon et de gaz en Allemagne, et enfin par la logique d’équilibrage d’un système très renouvelable. C’est précisément pourquoi les critiques environnementales montent, puisque des ONG estiment que ces nouvelles centrales à gaz peuvent générer des coûts et des émissions de CO2 jugés évitables, alors que le gouvernement met en avant, au contraire, la sécurité d’approvisionnement et la compétitivité.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

No comment on «Pourquoi l’Allemagne renoue avec les centrales à gaz»

Leave a comment

* Required fields