Pourquoi la Sécurité Sociale cumule une dette abyssale depuis de si longues années ?

Depuis 1980, la dette cumulée de la Sécurité Sociale a dépassé 400 milliards d’euros. L’auteur analyse les racines de ce déficit croissant, conjuguant facteurs démographiques, économiques et politiques, et propose des solutions alternatives à l’augmentation de l’âge de départ en retraite.

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By Daniel Moinier Published on 16 juin 2026 6h01
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Pourquoi la Sécurité Sociale cumule une dette abyssale depuis de si longues années ? - © Economie Matin
15%15 % des 55-64 ans ne sont ni en emploi ni à la retraite

Depuis 1980, la dette cumulée de la Sécurité Sociale a dépassé les 400 Mds d'euros à fin 2025.

La dette publique que nous avons accumulée depuis 1974 est avant tout une dette sociale. Sur les 3500 milliards d'euros d'aujourd'hui de dette de la France, 2000 milliards sont des prestations sociales versées depuis 40 ans à crédit. La dette finançait 1% des dépenses sociales annuelles en 1980 contre 10% aujourd'hui. Cela signifie que sur 30 jours de retraite, de prime d'activité, de RSA, de chômage, de prestations de santé, d'allocations familiales, d'allocations logement, versées chaque mois, 3 jours sont financés par la dette renvoyée aux générations futures.

Pour comprendre cette situation, il faut revenir sur le fondement de la protection sociale, qui est à la fois démographique et économique. Or, ces deux composantes ont connu depuis les années 1960 une transformation essentielle. Alors que les Français ont longtemps cru que leur natalité élevée les protégeait du vieillissement, le déficit nous a rattrapé, car l'Etat-providence, en améliorant la santé des populations, a engendré une augmentation importante de l'espérance de vie. Il n'a pas rajeuni la société, mais a au contraire accentué le vieillissement, et les coûts économiques et sociaux qui lui sont liés. Quant à la croissance, il est clair que l'économie française a connu un affaissement de l'augmentation annuelle de son PIB alors que la croissance planétaire prenait son essor. Nos déficits extérieurs se sont creusés à partir de 2003, et ces déficits nous disent quelque chose que l'on ne veut pas entendre, à savoir que si notre économie n'est pas compétitive, c'est que nos marges de manœuvre sont consacrées à la protection sociale et à la baisse du taux d'emploi.

Mais un peu à l'image de la désindustrialisation qui frappe le pays, les Français ont refusé longtemps, et refusent encore, de regarder les choses en face. On a laissé croire aux Français que la dette n'avait rien à voir avec les prestations sociales du quotidien, mais plus avec l'inefficacité et le coût des administrations régaliennes de l'Etat, qu'on a de ce fait méthodiquement paupérisé. Dit autrement, si l'université, la recherche, la justice, sont pauvres, c'est qu'on a tout misé sur les retraites, et plus généralement sur le social. Pour Nicolas Dufourcq, le temps est venu de dire les choses si on veut éviter les plus grandes difficultés au pays : on ajoute chaque année au grand livre de l'Etat 100 milliards de dette sociale supplémentaire (sur 180 milliards de dette totale annuelle).

Le COR enfin se résigne à accepter de reconnaitre que la démographie et le vieillissement de la population ont mis à mal le système des retraites et cela va fortement s'accentuer dans les décennies à venir.

Après avoir prétendu, contre toutes évidences démographiques et financières, durant des années que « tout va très bien », le Conseil d'orientation des retraites (COR) a dû se résigner à revoir nettement à la hausse sa prévision de déficit du système des retraites en 2070 en raison notamment du recul de la natalité.

Selon le projet de rapport qui sera soumis mi-juin 2026 aux 41 membres du COR, le déficit des retraites est désormais prévu à 2,4% du PIB en 2070, contre 1,4% prévu dans le rapport de l'an dernier. Deux raisons principales expliquent l'alourdissement de la barque pour 2070, explique le COR dans le projet de rapport. Les partenaires sociaux qui gèrent le régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco, ont défini de nouvelles règles, « plus favorables », pour la revalorisation des retraites complémentaires à partir de 2038, explique-t-il. Par ailleurs, la prévision de taux de fécondité doit être revue à la baisse pour tenir compte de la baisse de natalité constatée depuis plusieurs années. Le COR retient désormais un taux de fécondité de 1,45 enfant par femme (1,8 enfant par femme auparavant), ce qui va accélérer le vieillissement de la population par rapport aux anticipations antérieures.

Pour ramener le système à l'équilibre, c'est-à-dire ne pas le faire financer massivement par la dette qui n'est rien d'autre que l'impôt des générations suivantes, et en ne jouant que sur le paramètre de l'âge de départ, il faudrait repousser l'âge moyen de départ à « 67,6 ans en 2070 », soit « 3 ans au-dessus » du niveau pour l'instant anticipé. Si on ne touche pas à l'âge légal, on pourrait diminuer le niveau des pensions, ce qui nécessiterait une baisse moyenne relative de 7,4 points en 2070, ou bien augmenter les niveaux des prélèvements, avec une hausse jusqu'à 5,6 points en 2070.

Personnellement, je précise que le COR a toujours été en déphasage dans ses calculs et prévisions. Ce n'est pas en 2027 qu'il faudrait prévoir des départs en retraites à 67 ans mais maintenant, comme beaucoup de pays d'Europe l'ont déjà fait. La France est toujours très en retard car les gouvernants sont « coincés » depuis que Mitterrand a institué la retraite à 60 ans en 1982. Les Français se sont habitués à partir très tôt en retraite, sans compter les syndicats qui ont encore réussi à créer nombre de retraites anticipées à tel point que la moyenne des départs dans le début les années 2010 se situait vers 58 ans.

Comment sauver le régime de la Sécurité Sociale avec un taux d'emploi si faible ?

Il faut préciser également que pour compenser les pertes de rentrées, les cotisations sur salaires ont explosées passant de moins de 7% dans les années 70 à près de 24% (avec une CSG-RDS créée et étendue à presque tous les secteurs, financiers et autres dont les retraites, l'Assedic). Il ne faut pas oublier la mutuelle qui vient s'ajouter aux cotisations. Il faut rappeler qu'il n'y avait que très peu de mutuelle à cette époque puisque que la Sécurité Sociale remboursait tout au minimum à 75% sans aucune autre retenue, telle celle sur chaque médicament et d'innombrables déremboursement et diminution de pourcentages. Malgré cela les dettes annuelles se sont accumulées. C'est le chat qui se mord la queue. Tant que l'on ne prendra pas le problème par la racine aucune solution ne sera possible.

Pour dissimuler et amoindrir les dettes de la Sécurité Sociale, Jacques Chirac (Plan Juppé) a eu l'idée de créer le 24 janvier 1996, la CADES (Caisse d'Amortissement de la Dette Sociale) dépendant de cinq ministères. Sa mission : Transférer le montant de la dette sociale avec pour mission de la rembourser. (Sur les marchés financiers et autres).

Il a aussi prévu de verser chaque année 10 milliards de dette dans la CADES pour minimiser la dette apparente.

L'Insee a publié début juin 2026 son scénario d'évolution de la démographie française jusqu'en 2070, qui prévoit que les seniors (plus de 65 ans) représenteront 32% de la population à cette date, contre 26% aujourd'hui.

Je rappelle qu'après la dernière guerre il y avait 6 cotisants pour un retraité, 1,4 pour aujourd'hui. Augmenter par une natalité qui était de 2,5 enfants par femme avec une chute extraordinaire depuis 2010, soit en 2025 à 1,5 !!!

Beaucoup d'études se focalisent sur la durée d'activité ce qui n'est déjà pas si mal, mais il est nécessaire de raisonner global : Combien faudrait-il de salaires pour arriver à une Sécurité Sociale sans déficit ? Il en est de même pour les comptes de l'état).

Si nous passions simplement à 40 heures, cela représenterait une hausse des salaires mais aussi des cotisations de 14.3%.

Budget de dépenses de la Sécu = 643 Mds d'euros, les rentrées de cotisations sociales employeurs de salariées sont de 472 Mds en 2025. Si on applique les 40 heures ce montant passerait à 539.5 Mds, soit un gain de 67.5 Mds, soit une Sécurité Sociale avec des comptes positifs par rapport à 2025 de 67.5 moins 21.6 (déficit) = près de 46 Mds de gains.

Neuf pays ont choisi la simplicité en liant l'âge légal de départ en retraite à l'espérance de vie : Danemark, Pays-Bas, Suède, Italie, Slovaquie, Portugal, Finlande, Grèce. 15 pays ont déjà des départs bien au-delà de 60 ans jusqu’à 67 ans et même vers 70 ans pour le Danemark. Avec 62.7 la France se situe presque en queue de peloton, ce n’est pas une référence : Nous croulons sous les dettes à cause de cela.

Il est grand temps que les Français se réveillent et ce ne sont pas les syndicats ni le RN, ni LFI qui vont arranger les choses, eux qui préconisent de faire encore machine arrière sur les départs en retraite !!!! Il n’y a que les Français qui pourraient faire changer de cap aux élections présidentielles de 2027 !!!

www.danielmoinier.fr

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Daniel Moinier a travaillé 11 années chez Pechiney International, 16 années en recrutement chez BIS en France et Belgique, puis 28 ans comme chasseur de têtes, dont 17 années à son compte, au sein de son Cabinet D.M.C. Il est aussi l'auteur de six ouvrages, dont "En finir avec ce chômage", "La Crise, une Chance pour la Croissance et le Pouvoir d'achat", "L'Europe et surtout la France, malades de leurs "Vieux"". Et le dernier “Pourquoi la France est en déficit depuis 1975, Analyse-Solutions” chez Edilivre.

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