La rénovation énergétique, pilier de la transition immobilière et du bâtiment, reste entachée de fraudes. Un rapport daté de fin septembre 2025 de la DGCCRF révèle des taux d’irrégularités persistants et élevés.
Rénovation énergétique : la DGCCRF dénonce des fraudes massives

Le 29 septembre 2025, la DGCCRF a publié un communiqué détaillant les résultats de son enquête nationale sur les entreprises de rénovation. Ce bilan confirme un niveau préoccupant d’irrégularités au sein d’un secteur censé accompagner les ménages dans leurs travaux d’économie d’énergie. Alors que les aides comme MaPrimeRénov’ reprennent depuis le 30 septembre 2025, il devient nécessaire d’assainir un marché essentiel pour l’immobilier et la politique climatique.
Rénovation énergétique : une entreprise sur trois est hors des clous
En 2024, près de 1 000 établissements spécialisés dans la rénovation ont été contrôlés par la DGCCRF, soit un nombre en hausse de 20 % par rapport à l’année précédente, selon le ministère de l’Économie. Ce renforcement répond à une vague de signalements de consommateurs : 26 000 plaintes liées à des travaux de rénovation ont été enregistrées en 2024 via la plateforme publique SignalConso.
L’enquête a révélé que 34 % des professionnels inspectés présentaient des manquements graves. Ces irrégularités concernent principalement des clauses abusives, des démarchages téléphoniques illicites ou encore des arguments commerciaux trompeurs. « Des manquements graves ont été observés chez un tiers des professionnels contrôlés », a rappelé la DGCCRF.
La ministre du Logement, Valérie Létard, a également dénoncé la situation : « Nous observons encore trop de pratiques commerciales trompeuses dans le secteur », relaye Batiweb. Pour les autorités, ces chiffres révèlent un problème structurel, qui menace autant la confiance des ménages que l’efficacité de la politique de rénovation énergétique des bâtiments.
Sanctions, procès et millions d’euros d’amendes contre les entreprises fautives
Les suites données aux enquêtes sont à la mesure de la gravité des irrégularités. La DGCCRF a transmis plus de 140 procès-verbaux pénaux à la justice, tandis que 50 amendes administratives ont été prononcées, la majorité visant le démarchage téléphonique illégal. De plus, 140 injonctions de mise en conformité ont été notifiées aux sociétés concernées.
Certaines affaires illustrent la sévérité des sanctions. À Paris, une saisie pénale conservatoire de 5,3 millions d’euros a été ordonnée pour prévenir l’organisation d’insolvabilité d’une entreprise mise en cause, relaye la Direction Générale de la Concurrence, la Consommation et la Répression des Fraudes (DGCCRF). En Île-de-France, une société a écopé d’une amende administrative de 1,5 million d’euros pour non-respect de l’interdiction de démarchage téléphonique et pour pratiques commerciales trompeuses.
Et ce n’est pas terminé. Fin septembre, deux sociétés et leur dirigeant ont été jugés dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. Résultat : de lourdes amendes et une peine d’un an d’emprisonnement avec sursis probatoire pour le gérant, détaille Batiactu
Entre méfiance des consommateurs et relance des aides publiques
Malgré ce constat sévère, la DGCCRF appelle à relativiser les résultats. Elle souligne que ses inspections se fondent sur des plaintes et signalements, ce qui oriente mécaniquement les contrôles vers les cas les plus à risque. « Ce taux est élevé mais doit être relativisé car les contrôles […] sont effectués sur la base de plaintes et signalements ; ils ne sont donc pas représentatifs du secteur dans son ensemble », précise l’administration.
Cependant, l’effet d’image reste redoutable pour les entreprises honnêtes. D’autant plus que ces révélations interviennent au moment où le guichet MaPrimeRénov’ rouvre après plusieurs mois de réorganisation. France Rénov’ a confirmé le 30 septembre 2025 la mise en place de nouvelles conditions d’accès aux aides pour les rénovations d’ampleur.
Les consommateurs, eux, peinent à distinguer les acteurs fiables des sociétés peu scrupuleuses. RMC décrit les méthodes observées : collecte trompeuse de données, pressions à signer rapidement, démarchage insistant malgré l’interdiction. Ces pratiques, loin d’être marginales, nourrissent un climat de méfiance vis-à-vis d’un secteur pourtant au cœur des ambitions immobilières et climatiques.
Pour les pouvoirs publics, le double enjeu est donc de sanctionner sévèrement les irrégularités tout en préservant l’efficacité de la rénovation énergétique. Car sans confiance des ménages, ni les objectifs de réduction des consommations d’énergie, ni ceux de valorisation du parc immobilier ne pourront être atteints.
