Reprise de Novasco : l’État poursuit Greyscoll pour défaut d’engagement

L’État engage une action en justice contre Greyscoll après la reprise ratée de Novasco, estimant que le fonds n’a investi qu’une infime part des 90 millions d’euros promis. Cette défaillance aurait précipité l’aciériste en redressement judiciaire, mettant en danger ses quatre sites et des centaines de salariés.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 17 novembre 2025 10h24
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Reprise de Novasco : l’État poursuit Greyscoll pour défaut d’engagement - © Economie Matin

Le 17 novembre 2025 marque un tournant dans l’affaire Novasco, au moment où l’État annonce poursuivre Greyscoll en justice. Cette décision intervient après des mois de tensions et d’alertes autour de Novasco. Le gouvernement accuse en effet Greyscoll d’avoir rompu ses promesses d’investissements et d’avoir laissé l’entreprise s’effondrer malgré ses quatre sites industriels et ses centaines d’emplois.

Promesses initiales et engagements financiers non tenus

Lorsque Greyscoll reprend Novasco en juillet 2024, l’opération est présentée comme une relance. Le fonds d’investissement promet alors d’injecter 90 millions d’euros dans l’aciériste, dont 15 millions en fonds propres, selon les engagements rappelés par le ministre de l’Industrie Sébastien Martin. Ces promesses, explicitement formulées et soutenues par l’État, devaient restaurer la compétitivité d’une entreprise implantée sur quatre sites majeurs et employant environ 760 salariés. Pourtant, malgré ces engagements initiaux, les faits montrent que Greyscoll n’a apporté qu’environ 1,5 million d’euros, un montant très éloigné du plan de reprise. Cette différence massive entre promesses et réalité constitue le cœur des accusations, car l’État avait, de son côté, mobilisé 75 millions d’euros conformément à ses engagements, expliquant ainsi pourquoi la rupture de confiance est totale.

Selon Sébastien Martin, « Greybull s’est engagé à apporter 90 millions d’euros (…) Il n’en a apporté que 1,5 million », rappelant que le fonds doit, selon lui, « 88,5 millions d’euros aux salariés ». Cette déclaration, rapportée par un média national, met en lumière la disproportion entre la participation de l’État et celle du repreneur, ce qui nourrit la colère du gouvernement. Dans le même temps, le contexte économique global reste délicat, ce qui renforce la vulnérabilité de Novasco. Toutefois, Greyscoll n’a pas apporté d’explications convaincantes sur l’écart entre les engagements contractuels et les montants effectivement versés. Ainsi, dans un environnement où les salariés attendaient une relance crédible, l’absence d’investissements réels a alimenté une inquiétude profonde et un sentiment d’abandon sur l’ensemble des sites.

La chute progressive de Novasco

La situation financière de Novasco se dégrade brutalement au fil des mois. Le 11 août 2025, le tribunal judiciaire de Strasbourg place l’entreprise en redressement judiciaire, confirmant la fragilité extrême de l’aciériste. Cette étape, déjà grave, précède une échéance encore plus critique : le renvoi de la décision sur son avenir au 12 novembre 2025, avec la menace d’une liquidation et plus de 700 emplois en jeu. Les salariés du site d’Hagondange, environ 450 personnes, figurent parmi les plus exposés, mais l’ensemble des quatre localisations subit les conséquences financières de l’effondrement. Ainsi, ce redressement judiciaire illustre l’écart entre les ambitions affichées lors de la reprise et la réalité opérationnelle, d’autant que Greyscoll n’a pas soutenu Novasco avec les financements promis.

La dimension sociale du dossier prend une ampleur dramatique. « Nous sommes aujourd’hui au bord du gouffre », alerte l’intersyndicale (CGT, CFDT, CFE-CGC), traduisant l’angoisse collective. Les salariés dénoncent les promesses non tenues et l’absence de stratégie industrielle claire, alors que l’acier représente un secteur structurant pour de nombreuses régions. Par ailleurs, les syndicats rappellent régulièrement que les sites de Custines, Leffrinckoucke et Saint-Étienne sont tout aussi vulnérables. Or, dans un contexte où les investissements n’ont pas été réalisés, les machines vieillissent, les carnets de commandes s’amenuisent et la confiance des clients s’érode.

Pourquoi l’État attaque Greyscoll : stratégie judiciaire et implications

Face à cette situation, l’État décide de lancer une attaque judiciaire contre Greyscoll pour non-respect des engagements financiers, mais aussi, plus largement, pour ce qu’il considère comme une faute dans la conduite de la reprise. Le ministre Sébastien Martin déclare que « l’impunité, c’est terminé pour les fonds d’investissement », insistant sur la nécessité de « soutenir toute procédure engagée par les salariés ». Cette prise de position illustre la volonté politique d’encadrer plus strictement les fonds jugés spéculatifs ou opportunistes. La stratégie judiciaire repose sur des actions civiles visant à réparer le préjudice économique et, éventuellement, sur des actions pénales si des manquements graves aux obligations contractuelles sont démontrés. Dès lors, le dossier Novasco pourrait devenir un cas emblématique de régulation des repreneurs industriels.

L’attaque en justice s’inscrit dans une logique plus large : protéger les salariés et restaurer la crédibilité de la politique industrielle française. Le dossier, par sa dimension symbolique, dépasse le cadre de Novasco. Il rappelle les précédents industriels où les promesses des fonds d’investissement n’ont pas été suivies d’effets, déclenchant des débats sur la protection des sites industriels stratégiques. Pour les salariés, cette action de l’État constitue une reconnaissance de la gravité de la situation. D’autant plus que le gouvernement avait apporté des financements conséquents pour soutenir la relance prévue en 2024. Ainsi, l’action judiciaire vise à rendre Greyscoll responsable de ses engagements, à éviter la répétition de schémas similaires et à envoyer un signal aux investisseurs étrangers quant à l’importance de maintenir leurs promesses dans l’industrie française.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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