Santé : vers un arrêt maladie non indemnisé avant 8 jours ?

Une nouvelle charge qui se profile pour des millions de salariés français et leur budget. Une réforme abrupte des arrêts maladie se dessine, et ses conséquences pourraient être bien plus lourdes qu’elles n’y paraissent. Car le gouvernement a décidé de laisser tomber les salariés…

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Last modified on 23 juillet 2025 6h05
arrêt maladie
Allez-vous être autant indemnisé après la réforme ? - © Economie Matin
30%Les arrêts maladie ont augmenté de 30% en 10 ans en France.

Le 15 juillet 2025, à l’Assemblée nationale puis lors d’un discours officiel, François Bayrou a détaillé un nouveau plan de redressement des finances publiques. Dans ce contexte, le gouvernement a révélé envisager une profonde refonte du système d’arrêt maladie. Objectif annoncé : contenir la hausse continue des dépenses de santé. Mais derrière cette justification comptable, le texte cache un glissement radical des responsabilités. Et les syndicats, comme certains acteurs économiques, s’en inquiètent ouvertement.

Arrêts maladie : 8 jours sans indemnisation de l’Assurance maladie ?

C’est l’une des mesures les plus sensibles du plan budgétaire 2026 dévoilé par François Bayrou : l’Assurance maladie pourrait ne plus prendre en charge les indemnités journalières avant le huitième jour d’arrêt. Aujourd’hui, cette prise en charge débute au quatrième jour. Ce changement modifierait profondément l’équilibre de l’indemnisation, laissant les trois jours initiaux – voire plus – à la charge des employeurs… ou du salarié.

Selon les révélations du journal Les Echos du 21 juillet 2025, cette réforme s’appuierait sur un double mécanisme :

  • Un allongement du délai de carence, qui passerait de 3 à 6 jours.
  • La création d’un jour de carence d’ordre public, non couvert ni par la Sécurité sociale, ni par les entreprises.

Une solution radicale, qui viserait à réaliser des économies structurelles, alors que le déficit de l’assurance maladie s’établirait, selon les projections, à plus de quatorze milliards d’euros en 2026.

Le gouvernement veut punir les salariés qui tombent malades… pour être tombés malades

« Être malade, ce n’est pas un choix. On ne se met pas en arrêt maladie parce qu’on a envie de faire autre chose », a déclaré Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, sur RMC. Elle dénonce un dispositif « profondément injuste », qui frapperait de plein fouet les salariés les plus précaires. En effet, si de grandes entreprises disposent d’accords de prévoyance ou de conventions collectives couvrant les jours de carence, ce n’est pas le cas dans de nombreux secteurs (restauration, hôtellerie, BTP…). Selon les syndicats, cette réforme créerait donc une inégalité de traitement entre travailleurs, renforçant une fracture déjà visible dans l’accès aux droits sociaux.

La même responsable syndicale rappelle par ailleurs que « l’instauration d’un jour de carence dans les fonctions publiques en 2018 avait eu pour effet de provoquer des arrêts plus longs », ce qui interroge sur l’efficacité réelle de la mesure. Elle pourrait avoir l’effet totalement inverse et faire exploser les coûts pour l’Assurance maladie…

Assurance maladie : l’État veut vos cotisations mais pas vous indemniser

Pour le gouvernement, cette réforme des arrêts maladie s’inscrit dans un plan plus large de maîtrise des dépenses publiques. Le 15 juillet 2025, lors d’un discours à Matignon, François Bayrou a souligné : « La durée de carence doit être alignée sur la réalité de notre situation budgétaire », relaye Vie-publique.fr.

L’objectif est clair : transférer une partie de la charge financière vers les employeurs et les assureurs complémentaires. Selon une estimation évoquée à l’Assemblée nationale le 8 juillet 2025, cette mesure permettrait à l’État d’économiser environ deux milliards d’euros par an.

Mais ces économies budgétaires pourraient être contrebalancées par une hausse de l’absentéisme longue durée, un risque évoqué tant par la CFDT que par certains experts de la santé au travail. Or, l’absentéisme a déjà atteint un niveau record inédit en France, selon la dernière étude sur le sujet. La situation ne pourrait donc qu’empirer avec cette réforme.

Même les patrons sont contre la réforme, mais parce qu’ils doivent payer

Fait rare, la réforme fait grincer des dents jusqu’au sein du patronat. Dans une séquence relayée par BFMTV, plusieurs représentants de PME se disent inquiétés par le report de charge financière. « Nos marges sont déjà fragiles. Si l’indemnisation entre le 4ᵉ et le 7ᵉ jour nous revient, c’est un coût direct sur les comptes d’exploitation », explique un dirigeant d’entreprise de la métallurgie.

Plusieurs parlementaires de la majorité ont également manifesté des réserves. Lors des débats à l’Assemblée, le député Marc Raveau (Renaissance) a demandé « des garanties pour que les TPE ne soient pas les victimes collatérales de cette réforme »

Un jour de carence pour tous, une perte sèche pour les salariés malades

La réforme, si elle entre en vigueur sous cette forme, marquerait une rupture dans l’histoire du système social français. L’idée d’un jour de carence “d’ordre public” – c’est-à-dire non couvert par aucun régime – est une première. Elle introduit une notion nouvelle : l’obligation pour le salarié de supporter seul une partie de la maladie, indépendamment de son contrat de travail ou de sa situation économique.

Pour la CFDT, cette évolution relève d’une « punition générale » : « Les pistes mises sur la table traduisent une vision dans laquelle les chômeurs seraient des fainéants et les salariés des profiteurs. Ce sont des propositions qu’il faut combattre », a martelé Marylise Léon.

Derrière la mécanique froide de la réforme des arrêts maladie, c’est toute la philosophie de l’indemnisation du risque santé qui est interrogée. Le gouvernement assume un virage vers une responsabilisation individuelle accrue, mais les premières oppositions dessinent une ligne de fracture nette entre impératif budgétaire et justice sociale. S’il ne fait aucun doute que les comptes publics exigent des ajustements, la méthode choisie pourrait bien raviver un malaise social déjà latent.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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