Réseaux sociaux : Macron promet une interdiction avant 15 ans dès 2026

L’exécutif accélère. Emmanuel Macron veut frapper fort contre les réseaux sociaux, accusés de fragiliser l’adolescence. Une interdiction avant 15 ans est promise en France, dès la rentrée 2026. Mais derrière l’affichage politique, le dispositif soulève déjà de lourds doutes.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 26 janvier 2026 6h20
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TikTok-reseaux sociaux-application-20240727 - © Economie Matin
44%44 % des jeunes accèdent aux réseaux sociaux avant 13 ans.

Le 24 janvier 2026, Emmanuel Macron a officiellement relancé le débat sur les réseaux sociaux en annonçant l’engagement d’une procédure accélérée pour interdire leur accès aux moins de 15 ans en France, à l’instar de ce qui a été décidé en Australie notamment. Les réseaux sociaux s’impose désormais au cœur de l’agenda politique, à quelques mois d’une rentrée scolaire 2026 présentée comme décisive.

Réseaux sociaux : ce que Macron veut interdire dès la rentrée 2026

La ligne est claire, du moins en apparence. Emmanuel Macron souhaite interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Cette interdiction viserait les plateformes jugées les plus nocives pour l’adolescence, dans un contexte de préoccupations croissantes sur la santé mentale et l’exposition précoce aux contenus violents ou addictifs. Tiktok et Instagram, notamment, seraient visés, sans être les seuls dans le collimateur de l’exécutif. Selon Le Monde, le président a demandé au gouvernement d’engager une procédure accélérée afin que la loi soit applicable dès la rentrée de septembre 2026.

Concrètement, le texte examiné à l’Assemblée nationale repose sur une architecture à deux niveaux. D’une part, certaines plateformes de réseaux sociaux pourraient être formellement interdites aux moins de 15 ans, après avis de l’Arcom et par décret. D’autre part, pour d’autres services numériques, un accès resterait possible sous réserve d’un accord parental explicite. L’objectif est clair : adapter la loi à la diversité des usages numériques à l’adolescence, tout en évitant une déconnexion absolue.

Le calendrier, lui, est serré. Le texte a été inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale à partir du 26 janvier 2026, avant un passage rapide au Sénat. La procédure accélérée, demandée par Emmanuel Macron, limite les lectures parlementaires et réduit les marges de modification. Selon TF1 Info, l’exécutif espère ainsi éviter l’enlisement législatif, fréquent sur les sujets liés aux réseaux sociaux et à la technologie.

Réseaux sociaux et adolescence : une loi fragile sur le plan juridique

Derrière l’urgence affichée, les fragilités du projet apparaissent rapidement. Le Conseil d’État a déjà émis des réserves sur une version antérieure du texte. En cause, sa compatibilité avec le droit européen et notamment avec le règlement sur les services numériques. Le Parisien rapporte que plusieurs articles ont dû être réécrits en commission pour limiter le risque de censure juridique.

La question centrale reste celle de la vérification de l’âge. Comment interdire efficacement les réseaux sociaux aux moins de 15 ans sans instaurer une surveillance généralisée ? Le texte ne précise pas la méthode technique retenue. Une incertitude majeure, alors que l’expérience française de la vérification d’âge sur les sites pornographiques a montré ses limites. Selon une dépêche AFP, des sites alternatifs sont rapidement apparus, contournant les contrôles existants.

Cette fragilité juridique est d’autant plus problématique que les plateformes de réseaux sociaux opèrent à l’échelle mondiale. En France, Facebook et Instagram comptent environ 43 millions d’utilisateurs mensuels, selon les chiffres cités par l’AFP. TikTok et Snapchat dépassent, eux, les 27 millions. Une interdiction nationale risque donc de se heurter à des acteurs économiques puissants, rompus aux batailles réglementaires.

Réseaux sociaux : une interdiction facile à contourner

Sur le terrain, les spécialistes sont sceptiques. L’interdiction des réseaux sociaux pour les adolescents pourrait se révéler largement symbolique. Les solutions de contournement sont déjà connues : faux profils, utilisation de VPN, comptes partagés entre amis ou membres de la famille. La simplicité de ces pratiques interroge l’efficacité réelle de la loi annoncée.

Les chiffres cités par l’AFP renforcent ce doute. Meta avance que les adolescents utilisent en moyenne 44 applications par semaine. Autrement dit, même en cas de blocage de certains réseaux sociaux, les usages se déplaceraient rapidement vers d’autres plateformes, parfois moins régulées. L’interdiction pourrait ainsi produire un effet pervers, en poussant l’adolescence vers des espaces numériques encore plus opaques. L’exemple australien est sans surprise souvent invoqué par l’exécutif. Là-bas, une interdiction similaire pour les moins de 16 ans a conduit à la suspension de plusieurs millions de comptes. Mais cette politique s’accompagne de débats persistants sur la protection des données personnelles et sur l’efficacité à long terme du dispositif. Sans oublier que l’Australie, contrairement à la France, est une île : la problématique des réseaux téléphoniques étrangers à la frontière, par exemple, lui est inconnue.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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