Robotiser ou décliner : l’avenir industriel de la France en jeu

La robotisation reste un sujet sensible en France. Elle est encore trop souvent perçue comme une menace pour l’emploi ou une déshumanisation du travail. À tort. “Robotiser”. Le verbe suscite bien souvent des grincements de dents. Derrière le terme, il s’agit simplement d’automatiser des tâches aujourd’hui réalisées par des humains, souvent les plus pénibles, répétitives ou difficiles à occuper. Et c’est devenu indispensable si la France veut rester une nation industrielle.

Gerald Lelong Forx
By Gérard Lelong Published on 11 février 2026 4h00
Klarna
Robotiser ou décliner : l’avenir industriel de la France en jeu - © Economie Matin
37%37% des entreprises françaises utilisent des robots collaboratifs

Comparée à la Corée du Sud, au Japon, aux États-Unis, à la Chine ou à l’Allemagne, la France accuse un important retard. 186 robots/10 000 employés selon le rapport World Robotics 2024 de la Fédération internationale de la robotique (IFR), soit plus de deux fois moins que l’Allemagne et le Japon, et bien en dessous de la moyenne des pays les plus avancés. Non pas par manque de compétences, mais parce que notre tissu industriel est morcelé et que de nombreuses entreprises n’ont pas encore numérisé leurs processus. À cela s’ajoute un frein culturel : cette méfiance envers la robotisation que l’on retrouve moins ailleurs. En Corée du sud, les robots sont la norme avec plus de 1 000 unités pour 10 000 employés. Au Japon, ils se fondent également dans le paysage depuis longtemps. En Chine, ils deviennent indispensables face à la hausse du coût du travail. En Allemagne, le premier marché européen de la robotique et le quatrième mondial, ils sont un moyen assumé de rester compétitifs.

Soutenir la production sans remplacer les emplois

Ce retard est préoccupant. Le coût du travail reste élevé, la démographie se contracte, et certains métiers, comme celui de cariste, peinent à trouver des candidats. En France, on recense actuellement plus de 6 700 postes de caristes à pourvoir chaque année, avec un taux de difficulté de recrutement de 47 %. Cette tension sur le marché reflète une demande très forte, notamment dans les secteurs de la logistique et du transport (source : France Travail). Faute de main-d’œuvre, nos usines, plateformes logistiques et même certains services publics pourraient ralentir. Sans robotisation, notre capacité à produire et à distribuer serait mise en danger.

Pourtant, robotiser ne signifie pas supprimer des emplois. Les robots permettent d’absorber des pics d’activité impossibles à gérer avec des intérimaires, de réduire la pénibilité et de garantir une continuité de production. Ils ne vont pas forcément plus vite que les humains, mais ils sont toujours disponibles, fiables et réguliers. Leur atout principal : la constance.

La robotique peut aussi profiter à d’autres secteurs, notamment l’agriculture. Identifiée comme un pilier de la troisième révolution agricole, aux côtés du numérique, du biocontrôle et de la sélection variétale, elle peut réduire l’usage des intrants chimiques, limiter l’impact sur les sols, alléger la charge de travail des agriculteurs ou encore améliorer le bien-être animal. Une clé possible pour la transition vers l’agroécologie.

Rendre la robotisation accessible

Le principal frein reste le coût, particulièrement pour les PME et ETI. Les solutions classiques demandent souvent plusieurs centaines de milliers d’euros, des travaux lourds et une intégration complexe aux systèmes existants. Beaucoup hésitent donc à franchir le pas. Des modèles plus accessibles sont essentiels : une mise en service simple, associée à une offre financière flexible, comme la location mensuelle d’un robot AMR adaptée à l’usage réel, peut changer la donne.

La robotisation n’est ni une menace ni un luxe. C’est une condition de survie économique. Mais aussi une opportunité. Elle peut permettre de relocaliser certaines productions, renforcer notre souveraineté, moderniser l’image de l’industrie et attirer de nouveaux talents. De nombreux jeunes voient ces robots comme des alliés, conscients que grâce à eux, ils pourront se concentrer sur d’autres tâches plus techniques.

La France est consciente du potentiel encore largement inexploité de la robotique. Elle déploie plusieurs aides complémentaires pour soutenir ce secteur dans le cadre du plan France 2030, notamment un programme de recherche doté de 30 millions d’euros pour lever les verrous scientifiques, un appel à manifestation d’intérêt pour les projets collaboratifs en robotique intelligente, ainsi que le futur dispositif « Pionniers de l’IA » destiné à financer des innovations de rupture en robotique et intelligence artificielle. L’objectif est clair : positionner la France comme un “leader du monde de demain”, capable de transformer durablement des secteurs clés de notre économie comme l’énergie, l’automobile, la santé, l’aéronautique ou encore l’espace.

Pour autant, beaucoup reste à faire. Généraliser l’adoption de la robotique, structurer les filières et accompagner les entreprises, notamment les PME, demeure un chantier colossal. La question n’est plus de savoir si nous devons robotiser, mais comment le faire vite, bien et à grande échelle.

Gerald Lelong Forx

DG de Forx

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