Royaume-Uni : le PIB plombé par les hausses d’impôts et les tensions commerciales

L’économie du Royaume-Uni a subi un revers inattendu, le 12 avril, avec une contraction de 0,3 % de son produit intérieur brut (PIB), comme l’a annoncé l’Office national des statistiques (ONS). Cette inflexion brutale, survenue après une progression modeste de 0,2 % en mars, tombe au plus mauvais moment pour un gouvernement déjà chahuté par la lenteur de la reprise économique et les conséquences politiques de ses choix budgétaires.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 13 juin 2025 14h00
Royaume-Uni : le PIB affecté par les hausses d’impôts et les tensions commerciales
Royaume-Uni : le PIB plombé par les hausses d’impôts et les tensions commerciales - © Economie Matin
0,3%En avril, le Royaume-Uni a vu son produit intérieur brut diminuer de 0,3 %, une contraction survenue au moment où entraient en vigueur des hausses d’impôts sur les entreprises et de nouveaux droits de douane américains.

Un mois d’avril empoisonné au Royaume-Uni : hausses fiscales, droits de douane et récession sectorielle

Le mois d’avril n’aura pas ménagé l’économie britannique. Entrée en vigueur simultanée des hausses d’impôts sur les entreprises, application de nouveaux droits de douane américains de 10 % sur les produits britanniques, flambée des cotisations patronales… autant de coups portés à une conjoncture déjà fragile. Selon le rapport mensuel de l’ONS, la baisse du PIB s’explique principalement par un repli du secteur des services et de l’industrie manufacturière. Seul répit, la construction qui progresse de 0,9 %.

Ce cocktail fiscal et commercial a eu un impact immédiat sur le commerce extérieur. Les exportations de biens vers les États-Unis ont connu « la plus forte baisse mensuelle jamais constatée […] suite à la récente introduction de droits de douane », selon Liz McKeown, directrice des statistiques économiques à l’ONS, citée par Le Figaro. Résultat, un effondrement des exportations vers les États-Unis qui a lourdement pesé sur la balance commerciale.

Réaction politique sous pression : des milliards injectés, mais des doutes qui subsistent

Contrainte de réagir, la ministre des Finances Rachel Reeves a tenté de rassurer les milieux économiques. « Notre mission première est de générer de la croissance », a-t-elle affirmé dans un communiqué officiel, tout en concédant que « ces chiffres sont clairement décevants ».

À la veille de cette annonce, elle avait présenté un plan pluriannuel incluant 113 milliards de livres (environ 133 milliards d’euros) d’investissements supplémentaires dans la tech, la défense, et le nucléaire. Mais cet afflux de dépenses publiques, bien que colossal, se heurte à une réalité comptable, les nouvelles marges de manœuvre du gouvernement reposent sur un assouplissement des règles budgétaires. En d’autres termes, il faudra convaincre que ces milliards ne seront pas un coup d’épée dans l’eau.

Marché de l’emploi et consommation : un moteur enrayé, un espoir précaire

Les signaux d’alerte ne se limitent pas au PIB. Le taux de chômage est reparti à la hausse, atteignant 4,6 % en avril, selon les données publiées par l’ONS. Une hausse qui pèse sur la consommation des ménages, malgré une solidité financière jugée « relativement stable » par Yael Selfin, économiste en chef chez KPMG UK, dans des propos rapportés par Le Figaro.

Celle-ci estime cependant que « la solidité relative des finances des ménages devrait soutenir les dépenses et constituer un moteur essentiel de la croissance » pour les mois à venir. Mais pour combien de temps encore ? La hausse des coûts de production, l’incertitude liée aux élections américaines et l’aggravation du déficit extérieur risquent d’annihiler cet élan. Le Royaume-Uni joue désormais une course contre la montre, entre relance et inflation, croissance molle et surendettement.

Royaume-Uni, la croissance à bout de souffle malgré les milliards injectés

Dans un contexte géopolitique instable, où les échanges commerciaux se rétractent sous l’effet de politiques protectionnistes, et alors que les entreprises encaissent le choc fiscal, la reprise économique britannique ressemble davantage à un mirage qu’à une trajectoire solide.

Les chiffres d’avril confirment ce constat, le Royaume-Uni est à la peine, et ses ambitions de croissance pourraient bien s’échouer sur les récifs d’une conjoncture défavorable. L’activité économique devrait « rester atone jusqu’à la fin de l’année », avertit Yael Selfin (KPMG UK), une prévision qui résonne comme un avertissement pour le gouvernement Reeves, dont la crédibilité repose sur une promesse de relance... désormais sérieusement compromise.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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