À l’heure où les tensions géopolitiques s’intensifient, où plane le spectre d’une nouvelle crise énergétique, et où l’Europe semble ralentir ses ambitions réglementaires en matière de RSE, une question s’impose : sommes-nous en train de désarmer les entreprises au moment même où elles doivent affronter les plus grands défis de leur histoire ?
Ne jetons pas la RSE et ses chefs d’orchestre avec l’eau du bain

Pendant que certains célèbraient au ChangeNOW Summit les solutions pour la planète du 31 mars au 01 avril au Grand Palais de Paris, d’autres, dans les entreprises, voient leur rôle fragilisé, contesté, parfois relégué. Et si nous étions en train de danser sur le Titanic ?
Le Directeur RSE : dernier rempart… et garant du temps long
Depuis plus de 20 ans, les Directeurs du Développement Durable/ RSE sont les "Sherpas" de la transformation dans les entreprises, souvent très exposés et trop peu soutenus malgré la bienveillance de la Gouvernance. Pourtant, ils éclairent de signaux faibles les directions générales dans l’incertitude, ils orchestrent la transformation des métiers - main dans la main avec les experts métiers internes, ils alignent performance économique et mesures d’impacts environnementaux et sociaux, et traduisent les injonctions parfois contradictoires des clients, des régulateurs, des partenaires financiers…
Dans les PME et ETI, leur rôle est encore plus critique. Moins contraintes réglementairement, mais profondément ancrées dans les territoires et dans le temps long, ces entreprises souvent familiales, française et indépendantes ont besoin d’un chef d’orchestre RSE - tant stratège qu’opérationnel - capable de faire dialoguer décarbonation, éco-conception produit et services, achats responsables, circularité et engagement des collaborateurs. Sans ce rôle, pas de transformation profonde. Avec lui, elle s’accélère.
Le Directeur du développement durable / RSE n’est pas un luxe, il est un actif stratégique pour la pérennité de l’entreprise.
Réinventer la RSE : moins de conformité, plus de pragmatisme et de preuves
La RSE traverse aujourd’hui une zone de turbulence. Mais soyons lucides ce n’est pas la RSE qui est en cause. C’est une certaine vision dogmatique et déconnectée du réel. L’enjeu n’est pas de ralentir, l’enjeu est de réarmer la RSE autour de trois fondamentaux : le business connecte la durabilité aux modèles économiques, l’impact réel - moins de reporting, plus d’action et le temps long qui consiste à investir aujourd’hui pour exister demain.
Aujourd’hui, la RSE devient un levier de survie, de compétitivité et de souveraineté nationale, notamment pour les PME-ETI ancrées au cœur des territoires. Dans un monde instable, incertain et sous contrainte de ressources les entreprises sans stratégie durable seront fragilisées. De plus, les chaînes de valeur non-transformées deviendront obsolètes et les modèles intensifs en carbone seront économiquement condamnés.
Oui, la RSE doit évoluer. Oui, elle doit se réinventer. Oui, elle doit revenir à l’essentiel. Mais une chose est certaine, supprimer ou affaiblir la fonction RSE aujourd’hui serait une erreur stratégique majeure. Car derrière la RSE, il y a trois réalités simples : préparer l’entreprise à durer, préserver sa compétitivité et réconcilier performance et durabilité. Et cela, aucun algorithme, aucun reporting automatisé ne pourra le faire seul.
