61% des salariés aidants n’ont jamais informé leur employeur de leur situation, alors même que 57% reconnaissent une baisse de disponibilité liée à leur rôle auprès d’un proche. Un décalage massif entre réalité vécue et reconnaissance en entreprise, révélé par une enquête nationale menée début 2026.
Salariés aidants : pourquoi la majorité se tait face à son employeur

L’aidance — c’est-à-dire le fait d’accompagner régulièrement un proche dépendant — s’impose comme un fait social majeur, mais demeure un angle mort du monde du travail. Selon un sondage national réalisé par l’agence HOW MUCH auprès de 3.204 personnes, près d’un adulte sur cinq aide régulièrement un proche en situation de dépendance, de maladie chronique ou de handicap. Derrière ces chiffres, une réalité professionnelle encore largement invisible.
Aidants : une réalité massive mais peu déclarée en entreprise
Au cours des douze derniers mois, 22% des Français déclarent avoir aidé régulièrement un proche, dont 18% encore actuellement en situation d’aidance. Autrement dit, plus d’un adulte sur cinq est concerné.
Les estimations citées dans l’étude évoquent environ 5 millions de salariés aidants en France, soit près de 7% de la population française (Observatoire OCIRP 2025). Un phénomène loin d’être marginal.
Pourtant, dans l’entreprise, le silence domine : seuls 37% des salariés aidants ont informé leur manager ou les ressources humaines de leur situation. À l’inverse, 61% n’en ont parlé à personne.
Pour Sandrine Dorbes, fondatrice de l’agence HOW MUCH, le constat est clair : « Les estimations parlent d’environ 5 millions de salariés aidants en France. Cela représente environ 7 % de la population française (sources Observatoire OCIRP 2025). Dans ce contexte, l’entreprise ne peut plus traiter l’aidance comme un sujet privé : c’est un enjeu d’organisation du travail, de prévention et de performance durable. »
Le sujet n’est donc plus strictement intime : il touche à l’organisation du travail et à la performance collective.
Une charge souvent lourde et cumulée
L’image d’une aide ponctuelle ne correspond pas à la réalité décrite par les répondants. Près de deux aidants sur trois consacrent au moins 6 heures par semaine à leur proche :
– 29% entre 6 et 10 heures
– 36% plus de 10 heures
À cela s’ajoute une complexité croissante des situations : 35% déclarent accompagner plusieurs proches en parallèle. L’aidance est majoritairement familiale et ascendante : 23% aident un parent, 16% un conjoint, 12% un enfant.
La « génération sandwich » illustre cette double pression. Parmi les aidants, 36% ont également un ou plusieurs enfants à charge. Ils cumulent ainsi responsabilités parentales et accompagnement d’un proche dépendant.
Cette réalité se traduit inévitablement dans la sphère professionnelle.
Travail et aidance : des impacts concrets sur l’activité
L’étude met en lumière des conséquences tangibles sur le travail. Parmi les salariés aidants :
– 57% évoquent une baisse temporaire de disponibilité ou de productivité
– 33% ont accru leur recours au télétravail
– 29% ont connu des retards ou absences imprévues
– 22% ont réduit leurs heures ou sont passés à temps partiel
Plus préoccupant encore, 12% déclarent avoir refusé une promotion, une mission ou une mobilité en raison de leurs contraintes d’aidance.
Cependant, la situation reste contrastée : 38% affirment ne constater aucun impact notable sur leur activité professionnelle. Une polarisation qui montre que l’aidance peut être absorbée tant que l’intensité reste compatible avec les exigences du poste — jusqu’à un certain point.
Le coût financier ajoute une pression supplémentaire : 57% des aidants déclarent avoir supporté des dépenses ou subi une baisse de ressources, dont 21% parlent de dépenses significatives (transport, soins, aide à domicile).
Pourquoi les salariés aidants se taisent-ils ?
Le silence n’est pas synonyme d’absence de difficultés. Les raisons avancées sont multiples et souvent cumulatives.
– 34% souhaitent séparer vie professionnelle et vie personnelle.
– 24% ne se sentent pas légitimes à se considérer comme aidants.
– 28% ignorent l’existence de dispositifs internes.
– 21% ne savaient pas que l’aidance pouvait être reconnue en entreprise.
S’y ajoutent des craintes réputationnelles :
– 25% redoutent un impact sur leur carrière
– 23% ont peur d’être jugés
– 19% craignent d’être perçus comme moins fiables
– 18% évoquent la peur de la stigmatisation
Autant de freins culturels qui expliquent une sous-déclaration massive.
Une attente forte de solutions concrètes en entreprise
Malgré cette discrétion, la demande de cadre formalisé est très nette. 81% des aidants se disent favorables à la mise en place d’un « accord aidants » en entreprise (46% absolument, 35% peut-être).
Pour Sandrine Dorbes, « Notre enquête montre une majorité de salariés aidants encore silencieux, mais une attente massive de solutions simples et activables vite — horaires flexibles, télétravail, congés et banque de jours. Un “accord aidants”, c’est d’abord un cadre clair, protecteur et confidentiel, pour éviter que l’aidance ne se transforme en décrochage professionnel. »
Les mesures jugées prioritaires privilégient la souplesse immédiate :
– 55% citent le télétravail et les horaires flexibles activables rapidement
– 45% les congés ou banques de jours
– 32% un temps partiel temporaire sans pénalité
En revanche, 22% des salariés déclarent ne connaître aucune mesure dans leur entreprise et 10% affirment qu’il n’en existe aucune.
L’enjeu n’est donc pas seulement juridique, mais organisationnel et culturel : rendre visible un phénomène massif, sécuriser la parole et formaliser des réponses opérationnelles.
