La banque suisse et son historique secret bancaire sont à nouveau sous le feu des projecteurs à Washington. Une enquête du Sénat américain accuse Crédit Suisse d’avoir conservé et mal documenté des comptes liés au régime nazi. Derrière les chiffres, c’est toute la culture du secret bancaire helvétique qui est interrogée, au moment où UBS tente de refermer l’héritage le plus embarrassant de la place financière suisse.
Secret bancaire : UBS face à l’héritage nazi de Crédit Suisse

Le 3 février 2026, lors d’une audition officielle à Washington, le Sénat américain a rendu publics de nouveaux éléments visant Crédit Suisse. Selon les parlementaires, la banque aurait géré des centaines de comptes liés au régime nazi, parfois jusqu’à une période récente, relançant un dossier que l’on croyait clos depuis les grandes enquêtes des années 1990 sur les banques suisses.
Crédit Suisse dans l’embarras face aux révélations du Sénat américain
La banque est au cœur des accusations formulées par les sénateurs américains, qui estiment que Crédit Suisse n’a pas pleinement coopéré avec les enquêtes historiques. Selon les informations présentées, 890 comptes bancaires présentant des liens avec le régime nazi ont été identifiés dans les archives de la banque, d’après les conclusions communiquées par la commission judiciaire du Sénat américain, relaye Swissinfo. Ces comptes concerneraient des individus, mais aussi des entités institutionnelles liées à l’appareil d’État allemand de l’époque.
Toutefois, le Sénat américain va plus loin que le simple décompte. La banque est accusée d’avoir minimisé l’ampleur de ses relations avec des organisations nazies, notamment la SS. Le sénateur Chuck Grassley a affirmé que « les relations bancaires du Crédit Suisse avec l’organisation nazie SS étaient plus étendues qu’on ne le pensait auparavant », déclaration rapportée par TRT Français. Cette mise en cause directe renforce la pression politique sur la banque et, plus largement, sur la place financière suisse.
Secret bancaire suisse : des comptes, des chiffres et des zones d’ombre persistantes
La banque se retrouve confrontée à une accumulation de données chiffrées qui fragilisent sa défense. Outre les 890 comptes recensés, plusieurs sources indiquent que certains d’entre eux seraient restés ouverts bien après la Seconde Guerre mondiale, voire jusqu’aux années 2010, selon Swissinfo. Cette durée alimente les soupçons d’une gestion insuffisamment rigoureuse des héritages liés au régime nazi plus de 50 ans après la défaite de ce dernier.
Par ailleurs, la banque est soupçonnée de ne pas avoir transmis l’intégralité des informations lors des investigations antérieures. Selon Allnews, Crédit Suisse n’aurait pas fourni tous les documents demandés lors des enquêtes menées depuis les années 1990. Cette rétention présumée de données ravive le débat sur la transparence du secret bancaire suisse et sur la capacité réelle des autorités à contrôler les grandes institutions financières.
UBS, héritière sous pression d’un passé encombrant
Depuis le rachat de Crédit Suisse par UBS en 2023, la banque repreneuse se retrouve à gérer cet héritage explosif. La banque UBS affirme vouloir coopérer pleinement avec les autorités américaines et poursuivre les investigations internes. « Nous voulons que toute la lumière soit faite sur cette affaire », a déclaré Robert Karofsky, responsable d’UBS pour les Amériques, cité par Reuters.
Cependant, cette volonté affichée ne suffit pas à apaiser les critiques. Des sénateurs américains reprochent à la banque UBS de restreindre l’accès à certaines archives sensibles, prolongeant ainsi les soupçons d’opacité. Cette attitude pourrait exposer la banque à de nouvelles pressions réglementaires aux États-Unis, un marché stratégique pour le groupe helvétique.
