Shein veut s’imposer en France avec l’ouverture de six magasins, mais le projet d’implantation en province dans des Galeries Lafayette provoque une controverse retentissante. Entre ambitions commerciales et opposition des acteurs du secteur de l’habillement, le conflit montre les tensions autour du modèle de la fast fashion.
Shein veut ouvrir des magasins dans les Galeries Lafayette… qui disent « Niet »

Le 1er octobre 2025, Shein a officialisé l’ouverture de six magasins permanents en France, dont un à Paris et cinq en province. Le groupe chinois, spécialiste du e-commerce, entend ainsi passer un cap dans sa stratégie d’expansion physique. Mais les Galeries Lafayette, partenaires indirectement concernés par l’installation de Shein dans plusieurs villes, rejettent catégoriquement le projet, transformant cette implantation en véritable bras de fer.
Shein mise sur les Galeries Lafayettes en province pour ancrer sa stratégie
Shein a annoncé qu’il ouvrirait son premier point de vente au BHV Marais à Paris, puis cinq autres magasins dans des Galeries Lafayette situés à Angers, Dijon, Grenoble, Limoges et Reims, tous exploités par la Société des Grands Magasins (SGM), gestionnaire indépendant des sites. Selon Shein, « ce n’est ni une expérience temporaire, ni un pop-up store », mais un projet de long terme destiné à « planter nos racines à Paris et partout en France », a affirmé Donald Tang, président exécutif de la marque cité par BFMTV.
L’entreprise justifie son implantation en province par un objectif de revitalisation des centres-villes, en insistant sur l’accessibilité de son offre pour une clientèle jeune. Elle avance aussi un argument économique : la création de 200 emplois directs et indirects dans l’Hexagone grâce à ce partenariat. En tout, six magasins doivent ouvrir d’ici la fin de l’année, confirmant un basculement stratégique vers le commerce physique pour ce géant de la fast fashion.
Galeries Lafayette : un refus catégorique en province
L’annonce de SGM a immédiatement déclenché une réaction des Galeries Lafayette, qui conservent la propriété de leur marque et de leurs standards d’affiliation. Le groupe a déclaré publiquement qu’il « refusait l’installation » de Shein dans les cinq magasins concernés et qu’il « empêcherait la mise en œuvre » du projet. Une source proche du dossier a précisé que si les affiliés ont une certaine latitude, « les marques doivent correspondre au positionnement premium des Galeries Lafayette, ce qui n’est pas le cas de Shein », relaye l’AFP.
Cette prise de position vise à protéger l’image du grand magasin parisien et de ses franchises régionales, centrée sur une offre haut de gamme et sélective. Le groupe insiste sur le fait que l’accord conclu par SGM est en contradiction avec les conditions contractuelles d’affiliation. Selon le communiqué relayé par FashionNetwork, Shein serait en « contradiction avec l’offre et les valeurs » de l’enseigne. Derrière cette bataille de communication se profile donc une question juridique : qui, de SGM ou du groupe Galeries Lafayette, a le dernier mot sur la nature des enseignes accueillies dans ces magasins provinciaux ?
Le secteur de l’habillement vent debout face au modèle Shein
Au-delà du conflit contractuel interne aux Galeries Lafayettes, qui pourrait bien être une épine dans le pied de la stratégie annoncée par le géant chinois, l’arrivée de Shein dans des emplacements emblématiques a suscité une forte réaction dans le secteur français de l’habillement. La Fédération nationale de l’habillement (FNH) s’inquiète de l’impact sur les 33 000 boutiques indépendantes qui composent le tissu commercial du pays. Son président, Pierre Talamon, a estimé que « le rôle de ces enseignes devrait être de soutenir la diversité, l’innovation et la responsabilité », mais qu’en s’alliant à Shein, « elles font le choix d’un modèle qui tire l’ensemble du marché vers le bas et porte atteinte à l’image de nos grands magasins français », détaille Lyon Entreprises.
Cette opposition est partagée par d’autres organisations professionnelles. La Fédération Française du Prêt-à-Porter Féminin a dénoncé un partenariat jugé contradictoire avec les engagements de durabilité affichés par les grands magasins. Le HuffPost rapporte que certains représentants du secteur parlent même d’un geste équivalent à « cracher sur la mode française ».
Les critiques se doublent d’un contexte réglementaire défavorable : quelques mois plus tôt, Shein a été condamné en France à une amende de 40 millions d’euros pour pratiques commerciales trompeuses liées à ses promotions en ligne. Et l’OCDE a rendu un avis très défavorable à Shein concernant le respect du droit et de la réglementation française.
