L’arrivée de Shein dans cinq BHV de province marque une nouvelle étape dans la stratégie du groupe, encore très dépendant du commerce en ligne et qui expérimente une présence physique. Après la polémique parisienne, ce déploiement régional soulève des enjeux économiques pour les centres-villes.
Shein et BHV : une histoire controversée qui se développe en province

Une expansion accélérée malgré les précédentes controverses
Le déploiement régional de Shein se poursuit. Il s’inscrit dans une stratégie d’expérimentation physique amorcée à Paris en novembre dernier, au sein du BHV Marais. Cette première ouverture s’était déroulée dans un climat tendu, mêlant critiques de commerçants, inquiétudes politiques locales et réactions d’associations pointant l’impact environnemental du modèle de la marque. L’entreprise avait alors assuré vouloir tester un nouveau format de vente pour mieux comprendre les attentes locales.
Mercredi 24 février, Shein installe donc officiellement ses corners dans les BHV de Limoges, Angers, Dijon, Grenoble et Reims. Ces nouveaux espaces, compris entre 500 et 1 000 m², étaient annoncés depuis plusieurs mois mais avaient été retardés. Selon la direction des BHV, cette pause a permis d’ajuster l’offre après les premières observations effectuées à Paris, et d’attendre l’apaisement d’un contexte médiatique jugé trop inflammable.
La phase de test menée à Paris a conduit à une révision des assortiments : davantage de tailles, des prix plus attractifs et une sélection élargie. Ces changements ont permis d’améliorer significativement le taux de conversion en magasin. Les BHV indiquent également qu’un nouveau modèle d’exploitation entrera en vigueur en avril : Shein pilotera désormais l’assortiment, tandis que les équipes du grand magasin assureront toujours les ventes en percevant une commission.
Une arrivée qui ravive les débats économiques et politiques locaux
Si les dirigeants des BHV défendent un projet générateur de flux en centre-ville, l’installation de Shein reste un sujet sensible pour de nombreux élus locaux. À Reims, le maire Arnaud Robinet dénonçait déjà à l’automne l’impact potentiel de la fast-fashion sur les commerces traditionnels. À Angers, Christophe Béchu, aujourd’hui ministre, avait rappelé que la présence de Shein n’engageait pas la municipalité. Ces réactions illustrent une tension persistante : comment concilier revitalisation commerciale et soutien aux commerces indépendants ?
Malgré ces controverses, la direction des BHV martèle que la demande des clients est bien réelle. L’enseigne compte sur la notoriété immense de Shein auprès d’un public jeune et très connecté pour générer du trafic supplémentaire dans des centres-villes souvent fragilisés. L’enjeu dépasse donc le simple partenariat commercial : il touche à la manière dont les grands magasins redéfinissent leur rôle dans le paysage urbain.
