Smartphone et cancer : ce que révèle le dernier rapport de l’Anses

La dernière expertise publiée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) le 26 novembre 2025 conclut qu’aucune donnée scientifique ne permet aujourd’hui d’établir un lien entre l’usage du smartphone et le cancer. L’agence appelle néanmoins à maintenir des gestes de prudence, notamment chez les enfants et les utilisateurs intensifs.

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By Aurélie Giraud Last modified on 26 novembre 2025 9h49
Smartphone cancer
Les enfants sont les plus exposés : l’Anses recommande un usage encadré et raisonné. - © Economie Matin
250 étudesL’Anses a retenu environ 250 études robustes pour son expertise 2025.

Le débat sur les risques potentiels liés aux téléphones portables revient régulièrement depuis plus de vingt ans. Les radiofréquences, utilisées pour la téléphonie mobile, sont-elles dangereuses ? La question a suscité un grand nombre d’études, souvent contradictoires, parfois mal interprétées. Pour clarifier cet ensemble massif de données, l’Anses a publié fin 2025 une mise à jour majeure de son expertise sur les liens éventuels entre radiofréquences et cancer.

Smartphone et cancer : ce que conclut le rapport ANSES 2025

L’expertise de l'Anses rendue publique en novembre 2025 repose sur une analyse approfondie du corpus scientifique disponible. L’agence explique avoir sélectionné environ 250 études jugées robustes, issues d’un ensemble beaucoup plus vaste comprenant des centaines de travaux, hétérogènes en qualité et en méthodologie.
Les études examinées couvrent trois champs :

  • Épidémiologie (études sur l’humain, population générale ou sous-groupes)
  • Expérimentations animales
  • Toxicologie cellulaire

En croisant ces données, l’Anses indique que les résultats disponibles ne permettent pas d’établir de lien causal entre l’exposition aux radiofréquences émises par les téléphones mobiles et l’apparition de cancers.

Les radiofréquences mobilisées par les smartphones relèvent du non-ionisant : elles ne possèdent pas l’énergie physique capable de briser directement les liaisons de l’ADN, contrairement aux rayonnements ionisants (rayons X, UV de forte intensité).

Dans les études sur l’animal, certaines équipes ont observé des modifications biologiques transitoires sous des niveaux d’exposition élevés, mais ces observations ne présentent ni régularité, ni cohérence, ni conversion en effet tumoral. De même, les études humaines ne montrent pas d’augmentation systématique des tumeurs du système nerveux central chez les personnes fortement exposées.

L’Anses estime donc que les éléments scientifiques disponibles ne confirment pas que l’usage du téléphone portable augmente le risque de tumeur cérébrale, ni celui d’autres cancers étudiés (moelle épinière, glandes salivaires, tumeurs du nerf auditif, etc.).

Pourquoi l’ANSES ne ferme pas complètement le dossier

L’absence de lien établi ne signifie pas que le risque est exclu. L’agence reste prudente pour plusieurs raisons clairement identifiées dans son rapport.

Des incertitudes dans certaines études

Si les données épidémiologiques ne mettent pas en évidence de sur-risque, elles comportent des limites :

  • variations dans les méthodes de mesure de l’exposition ;
  • difficultés à suivre des usages sur plusieurs décennies ;
  • sous-déclarations possibles des temps d’appel passés ;
  • différences fortes entre générations de réseaux (2G, 3G, 4G, 5G).

Ces limites empêchent d’affirmer que tout risque est définitivement écarté, notamment pour les usages très intensifs, ou pour des expositions cumulées sur plus de 20 ou 30 ans.

Effets biologiques inexploitables pour conclure

Les travaux en laboratoire montrent que certaines cellules réagissent à des expositions fortes (stress oxydatif, modifications membranaires, signaux transitoires).
Mais ces effets :

  • ne sont pas reproductibles de manière harmonisée ;
  • ne sont pas associés à une progression vers la cancérogenèse ;
  • s’observent souvent à des niveaux d’exposition sans équivalent dans la vie réelle.

Des populations plus sensibles : les enfants

Le rapport insiste sur la nécessité d’une vigilance accrue pour les enfants et adolescents, pour plusieurs raisons :

  • leurs tissus et leur système nerveux sont en développement ;
  • ils utilisent les équipements plus jeunes et plus longtemps ;
  • leur durée d’exposition potentielle sur la vie entière est plus longue.

Pour le consommateur : ce qui change réellement dans l’usage du téléphone

Concrètement, pour la majorité des utilisateurs, l’expertise 2025 ne justifie aucune inquiétude immédiate. Rien ne suggère que l’usage habituel du smartphone augmente le risque de cancer.

Cela n’empêche pas d’adopter des gestes de réduction d’exposition, simples et efficaces :

  • Utiliser un kit mains-libres ou le haut-parleur pour éloigner l’appareil de la tête.
  • Éviter les appels longs lorsque la réception est mauvaise (ce qui augmente la puissance d’émission).
  • Ne pas garder le téléphone collé au corps pendant de longues périodes.
  • Limiter l’usage prolongé chez les enfants.

Et sur le plan réglementaire ?

Les seuils actuels (DAS, niveaux d’émission, obligations d’information) restent jugés protecteurs.
L’ANSES recommande toutefois : de poursuivre les mesures en conditions réelles d’usage, d’actualiser périodiquement les expertises et de suivre les évolutions rapides des technologies.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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