Évincé de SNCF Voyageurs en juillet 2026, Christophe Fanichet prend les rênes d’Eurostar le 1er décembre 2026. Sa mission : préparer l’opérateur transmanche à l’arrivée de Virgin Trains et Trenitalia en 2029-2030, tout en visant 30 millions de passagers en 2030 grâce à un investissement de 1,4 à 2 milliards d’euros dans 50 nouveaux trains.
Christophe Fanichet : 3 ans pour sauver le monopole d’Eurostar

Un départ forcé de SNCF Voyageurs en juillet 2026
Évincé de la présidence de SNCF Voyageurs en juillet 2026 par Jean Castex, Christophe Fanichet rebondira à la tête d'Eurostar à partir du 1er décembre 2026. Promotion dorée ou exil stratégique ? Le contexte suggère plutôt une manœuvre calculée : préparer l'opérateur transmanche à affronter Virgin Trains et Trenitalia, qui débarqueront entre 2029 et 2030. Après six années à piloter SNCF Voyageurs, l'ingénieur de 53 ans hérite d'un défi autrement plus complexe que la gestion d'un monopole ferroviaire national.
Le départ de Christophe Fanichet de SNCF Voyageurs ne relève pas d'une démission volontaire. En juillet 2026, Jean Castex tranche et met fin au mandat du dirigeant, malgré un bilan opérationnel jugé satisfaisant par plusieurs observateurs du secteur. Les raisons officielles restent floues, mais les tensions entre la direction du groupe SNCF et celle de sa filiale voyageurs transparaissent depuis des mois dans les couloirs de Saint-Denis.
Plusieurs hypothèses circulent pour expliquer son limogeage. D'abord, les divergences sur la stratégie tarifaire et l'ouverture à la concurrence auraient cristallisé les désaccords. Ensuite, les arbitrages budgétaires entre investissements ferroviaires et rentabilité à court terme auraient opposé Christophe Fanichet à la tutelle. Enfin, la dimension politique ne peut être écartée : Jean Castex, ancien Premier ministre nommé à la tête de SNCF en 2022, impose sa vision et son équipe. Christophe Fanichet, administrateur d'Eurostar depuis 2022, connaissait déjà l'opérateur transmanche de l'intérieur. Son profil technique et sa maîtrise des enjeux de concurrence en font un candidat naturel pour piloter la mutation stratégique d'Eurostar.
La nomination à Eurostar : une promotion ou une mise à l'écart ?
Passer de 65.000 salariés à SNCF Voyageurs à 2.500 collaborateurs chez Eurostar peut sembler un déclassement. Pourtant, cette nomination de Christophe Fanichet intervient dans un contexte stratégique crucial. Eurostar, filiale à 55,75% de SNCF Voyageurs, doit affronter la fin de son monopole transmanche après 42 ans d'exploitation exclusive. Le poste exige une expertise pointue en gestion de la concurrence ferroviaire, domaine dans lequel Fanichet a fait ses preuves. La rémunération et les responsabilités internationales compensent largement la réduction d'effectifs. « Je me réjouis de rejoindre les équipes d'Eurostar Group pour me consacrer à son développement », déclare Christophe Fanichet dans le communiqué officiel. « Je mesure le challenge que représente la nouvelle page qui s'ouvre », poursuit-il.
Eurostar face à l'ouragan concurrentiel de 2029
Depuis l'ouverture de la liaison Paris-Londres le 14 novembre 1994, Eurostar règne sans partage sur le tunnel sous la Manche. Mais les règles européennes de libéralisation ferroviaire changent la donne. L'arrivée de nouveaux opérateurs transformera radicalement le marché transmanche et obligera l'opérateur historique à repenser son modèle économique.
Virgin Trains et Trenitalia : la fin du monopole transmanche
Virgin Trains et Trenitalia ont officiellement manifesté leur intention d'exploiter des liaisons transmanches à partir de 2029, voire 2030. Les deux groupes disposent d'une expérience solide sur leurs marchés domestiques et comptent bousculer les prix pratiqués par Eurostar. Virgin Trains, filiale du groupe Virgin de Richard Branson, a déjà démontré sa capacité à capter des parts de marché face aux opérateurs historiques britanniques. Trenitalia, bras armé des chemins de fer italiens, multiplie les offensives en Europe, notamment en France avec Thello et en Espagne face à la Renfe. Les deux prétendants visent les mêmes segments : clientèle affaires sur Londres-Paris et Londres-Bruxelles, tourisme familial, liaisons vers Amsterdam. Eurostar exploite actuellement 51 trains desservant plus de 20 destinations en Europe occidentale, mais la concurrence pourrait rogner 15 à 20% de parts de marché dès les premières années.
30 millions de passagers d'ici 2030 : mission impossible ?
Eurostar affiche une ambition spectaculaire : passer de 20 millions de passagers en 2025 à 30 millions en 2030, soit une croissance de 50% en cinq ans. L'objectif paraît audacieux alors que la concurrence s'apprête à fragmenter le marché. Pourtant, les fondamentaux plaident en faveur d'Eurostar. Le groupe a enregistré une hausse de 30% de son chiffre d'affaires depuis 2022 et affiche une marge Ebitda de 18% en 2025, preuve de sa solidité financière. Gwendoline Cazenave, directrice sortante, souligne : « Même dans des conditions économiques difficiles, Eurostar accueille encore plus de passagers, d'Europe et du monde entier, et construit l'avenir de la mobilité durable en Europe ». L'intégration réussie de Thalys depuis 2023 a élargi le réseau et renforcé la notoriété de la marque. Trois nouvelles liaisons internationales sont prévues, notamment vers Francfort et Genève, pour diversifier les revenus au-delà du corridor Londres-Paris.
Eurostar : Christophe Fanichet héritera de solides investissements
Christophe Fanichet hérite d'un plan d'investissement massif lancé par sa prédécesseure. Eurostar a commandé 50 trains nouvelle génération à Alstom, baptisés Celestia, pour un montant compris entre 1,4 et 2 milliards d'euros. Trente rames sont fermes, vingt autres optionnelles. Les premières livraisons interviendront à partir de mai 2031, soit un an après l'arrivée des concurrents. Le calendrier serre, mais l'investissement vise à augmenter la capacité de 20% et à moderniser l'expérience client.
Les trains Celestia représentent bien plus qu'un simple renouvellement de flotte. Ils incarnent la réponse technologique et commerciale d'Eurostar face aux nouveaux entrants. Conçus par Alstom, ces rames intégreront des standards de confort supérieurs, une connectivité renforcée et une empreinte carbone réduite. La capacité supplémentaire permettra d'absorber la croissance du trafic tout en maintenant des fréquences élevées sur les axes stratégiques. L'objectif : dissuader Virgin et Trenitalia de capter trop rapidement des parts de marché en saturant les créneaux horaires les plus attractifs. Christophe Fanichet devra piloter le déploiement opérationnel de ces trains, négocier les sillons ferroviaires avec les gestionnaires d'infrastructure français, britanniques, belges et néerlandais, et orchestrer la montée en puissance commerciale.
Un porte-parole d'Eurostar résume la stratégie : « Le métro européen, c'est nous ! ». La formule traduit l'ambition de transformer Eurostar en colonne vertébrale de la mobilité transfrontalière en Europe occidentale. Matthieu Quyollet, directeur financier et stratégie, assurera l'intérim jusqu'au 1er décembre 2026, garantissant la continuité des projets en cours. Le défi pour Christophe Fanichet sera de transformer cet héritage en avantage concurrentiel durable, alors que les règles du jeu changent radicalement.
