Avec 6 milliards d’euros de bénéfices en 2025 et déjà 5,4 milliards sur les neuf premiers mois de 2026, Société Générale affiche une santé financière remarquable. Pourtant, la banque poursuit ses suppressions de postes et prévoit de fermer 148 sites supplémentaires en France. Une restructuration qui intervient alors que les actionnaires bénéficient de distributions importantes.
Société Générale gagne des milliards d’euros, mais supprime encore des postes en France

Les bénéfices s'accumulent, mais les effectifs continuent de diminuer. Société Générale a présenté, jeudi 5 novembre 2026, un nouveau projet de réorganisation prévoyant la fermeture de 148 sites bancaires en France, dont une quarantaine d'agences de plein exercice, à partir du deuxième trimestre 2027.
Selon les informations de Reuters, cette opération entraînerait la suppression d'environ 80 postes, dont 38 fonctions de directeurs d'agence. Quelque 376 salariés devraient également changer de lieu de travail.
La banque assure qu'aucun licenciement contraint n'est prévu. Les salariés concernés doivent bénéficier de possibilités de mobilité interne. Mais cette nouvelle réduction du réseau intervient seulement quelques mois après l'annonce d'un plan bien plus important.
Société Générale supprime des postes malgré des bénéfices records
En janvier 2026, Société Générale avait annoncé vouloir réduire ses effectifs de 1 800 postes nets en France, principalement dans ses fonctions centrales et son organisation régionale. Cette restructuration doit être mise en œuvre progressivement en 2026 et 2027, grâce aux départs naturels et aux mobilités internes.
Le projet présenté en novembre concerne cette fois directement le réseau commercial. Il prévoit de ramener le nombre de points de vente de 1 769 à 1 621, soit une diminution de plus de 8 %.
La majorité des fermetures touchera de petites implantations comptant deux ou trois collaborateurs. Ces structures doivent être regroupées avec des agences principales, généralement situées à quelques kilomètres.
Et d'autres réorganisations sont également annoncées. D'après L'Agefi, 80 postes liés au traitement administratif des crédits immobiliers sont menacés par un transfert de ces activités vers les agences. La filiale Société Générale Securities Services prévoit, de son côté, une réduction nette de 80 postes, accompagnée de transferts d'activités vers l'Inde.
Ces différents projets ne concernent pas tous les mêmes services et leurs suppressions de postes ne peuvent pas être automatiquement additionnées.
Pourtant, Société Générale n'est pas une banque en difficulté financière. Ses résultats témoignent au contraire d'une forte progression de sa rentabilité.
D'après les comptes annuels publiés le 6 février 2026, le groupe a réalisé 6 milliards d'euros de bénéfice net en 2025, en augmentation de 43 % par rapport à 2024. Ses revenus ont atteint 27,3 milliards d'euros, tandis que ses coûts reculaient de 2 % hors cessions.
L'année 2026 s'annonce également très profitable. Sur les neuf premiers mois, les bénéfices ont déjà atteint 5,4 milliards d'euros, soit une hausse de 17,3 % sur un an. Les revenus progressent de 4,1 %, alors que les charges diminuent de 3,2 %, selon les résultats publiés le 29 octobre.
Même les activités françaises participent à cette dynamique. Le pôle regroupant la banque de détail, la banque privée et les assurances a dégagé près de 2 milliards d'euros de bénéfice net sur les neuf premiers mois de 2026, en hausse de 46,9 %.
Des milliards distribués aux actionnaires pendant que le réseau bancaire se réduit
Le contraste est particulièrement visible lorsqu'on examine la rémunération des actionnaires.
Au titre de 2025, Société Générale a annoncé une distribution totale de 4,7 milliards d'euros, comprenant les dividendes et les rachats d'actions. Cette enveloppe représente une augmentation de 169 % par rapport à l'année précédente.
Le mouvement se poursuit en 2026. La banque a notamment achevé, le 30 septembre, un programme exceptionnel de rachat d'actions de 1,5 milliard d'euros.
Parallèlement, le groupe entend continuer à réduire ses dépenses pour améliorer sa rentabilité. Son nouveau plan stratégique présenté en septembre 2026 prévoit notamment de poursuivre les économies grâce à la simplification des organisations, à l'automatisation et au déploiement de l'intelligence artificielle.
La direction défend une transformation nécessaire pour s'adapter à l'évolution des habitudes des clients, qui utilisent davantage les services bancaires numériques. Le regroupement des agences permettrait, selon elle, de concentrer les conseillers et les expertises dans des établissements de plus grande taille.
Pour les syndicats, cette stratégie soulève toutefois des inquiétudes concrètes.
La CGT-SG dénonce les conséquences des mobilités imposées, notamment l'allongement des trajets domicile-travail et les risques de dégradation des conditions de travail. Elle réclame des compensations pour les frais supplémentaires ainsi que des garanties sur les effectifs et les locaux d'accueil.
Selon Ludivine Perreaut, représentante nationale de la CGT-SG, 101 points de vente ont déjà fermé en 2026, avant même la mise en œuvre du nouveau projet.
Une banque de plus en plus rentable, avec toujours moins d'agences
La stratégie de Société Générale repose donc sur une réduction continue des coûts, alors même que les résultats financiers progressent fortement.
Cette situation pose la question du partage des gains de productivité entre les actionnaires, les salariés et les clients. Si la banque améliore ses marges et sa rentabilité, elle réduit simultanément sa présence physique sur le territoire.
Pour les clients, les fermetures pourraient entraîner des déplacements supplémentaires vers les agences conservées, particulièrement dans les communes où les services bancaires de proximité sont déjà moins nombreux. Les conséquences dépendront toutefois des sites effectivement supprimés, dont la liste complète n'a pas encore été rendue publique.
Pour les salariés, l'absence de licenciements contraints ne signifie pas l'absence de changements professionnels. Les mobilités, les réorganisations de services et le non-remplacement de certains départs peuvent modifier durablement les conditions de travail.
Société Générale prévoit de commencer les nouvelles fermetures au deuxième trimestre 2027. D'ici là, la banque entend poursuivre sa stratégie d'amélioration de la rentabilité, tout en préparant les transferts de plusieurs centaines de collaborateurs vers les agences qui resteront ouvertes.