Stretchflation : gare à cette hausse des prix masquée dans les rayons des supermarchés

La stretchflation s’installe discrètement dans les rayons des supermarchés en France. Derrière des paquets plus grands et des promesses marketing rassurantes, les prix progressent plus vite que les quantités.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 28 janvier 2026 6h06
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Stretchflation : gare à cette hausse des prix masquée dans les rayons des supermarchés - © Economie Matin
0,8%L'inflation en décembre 2025 s'est établie à 0,8% sur un an.

Depuis fin janvier 2026, la stretchflation s’impose comme un nouveau visage de la hausse des prix alimentaires en France. Après la shrinkflation et la cheapflation, cette pratique touche la consommation quotidienne et interroge la capacité des consommateurs à comparer les prix d’un produit à l’autre dans un contexte d’inflation persistante.

La stretchflation : une hausse des prix masquée par le volume

La stretchflation repose sur un principe simple, mais trompeur, adopté par les équipes marketing pour cacher des hausses de prix. Les industriels augmentent légèrement le contenu d’un produit, quelques grammes seulement, tout en appliquant une hausse plus marquée des prix au kilo. À première vue, le paquet paraît plus généreux. Pourtant, le prix au kilo ou au litre grimpe nettement. L’augmentation de quantité observée varie de 2,7 % à 15 %, tandis que la hausse du prix au kilo atteint 17 % à 27 %, selon les cas analysés par Foodwatch. Autrement dit, malgré un emballage plus grand, le consommateur paie plus cher chaque unité consommée.

Cette stratégie joue sur les réflexes d’achat. Les mentions « nouveau format » ou « plus généreux » attirent l’œil et donnent l’illusion d’un avantage économique. Des formulations qui ne sont pas encadrées par la loi et dont les industriels peuvent user et abuser à leur guise. Audrey Morice, chargée de campagne chez Foodwatch, souligne que « le consommateur pense être gagnant, alors que le prix réel s’est envolé ». Le mécanisme s’avère d’autant plus efficace que l’obligation d’affichage met l’accent sur le prix facial du produit, reléguant souvent le prix au kilo en caractères moins visibles sur l’étiquette en rayon. Ainsi, la stretchflation exploite une zone grise réglementaire sans enfreindre la loi, tout en modifiant profondément la perception des prix.

Une pratique qui alourdit le budget des ménages et la facture à la caisse

Les cas documentés illustrent clairement l’impact de la stretchflation sur le budget. Prenons les gnocchis extra-fromage Lustucru. D’après TF1 Info, qui reprend Foodwatch, leur paquet est passé de 285 grammes à 300 grammes, soit une hausse de 5,3 %. Dans le même temps, le prix au kilo est passé de 6,79 euros à 8,07 euros, ce qui représente une augmentation de 18,9 %, inflation comprise. Le consommateur achète donc un produit légèrement plus volumineux, mais supporte une hausse des prix bien supérieure à l’augmentation de quantité.

D’autres références confirment cette tendance. Les biscuits Mikado ont vu leur paquet évoluer de 90 grammes à 100 grammes, soit +11,1 %. Cependant, le prix au kilo a bondi de 14,30 euros à 16,90 euros, ce qui correspond à +18,18 %, selon TF1 Info. Même logique pour une flammekueche Stoeffler, passée de 350 grammes à 380 grammes (+8,6 %), alors que son prix au kilo progressait de 10,02 euros à 11,82 euros, soit +17,96 %, toujours selon les données issues de Foodwatch. Dans chaque cas, la hausse des prix dépasse largement celle du contenu, renchérissant la consommation courante.

Comment se protéger face à la stretchflation et aux prix en hausse

Face à cette pratique, la vigilance devient indispensable. Le premier réflexe consiste à comparer systématiquement le prix au kilo ou au litre, indicateur clé pour évaluer le véritable coût d’un produit. Même si le paquet paraît plus grand, seul ce repère permet de mesurer l’évolution réelle des prix. Audrey Morice rappelle que « la mention nouveau format déclenche l’achat, mais le prix au kilo augmente beaucoup plus », citation diffusée par Sud Radio. Ainsi, prendre quelques secondes pour lire l’étiquette permet souvent d’éviter une hausse déguisée.

Par ailleurs, diversifier ses choix peut limiter l’impact de la stretchflation. Comparer les marques, privilégier des formats alternatifs ou se tourner vers des produits dont le prix au kilo reste stable constitue une stratégie défensive. Les associations de consommateurs appellent également à une meilleure transparence. Foodwatch estime que ces pratiques, bien que légales, sont « clairement abusives », selon une déclaration rapportée par Le Point.

En attendant une éventuelle évolution réglementaire, le consommateur reste le dernier rempart face à la progression insidieuse des prix. Observer, comparer et ajuster ses habitudes de consommation demeure aujourd’hui la seule protection efficace contre la stretchflation.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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