En Suisse, les F-35A arrivent à l’heure, Lockheed Martin s’y engage

Armasuisse l’assure : les premiers F-35A arriveront en Suisse dès 2027, avec Lockheed Martin en première ligne pour respecter les délais malgré des retards mondiaux records.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 8 septembre 2025 9h37
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En Suisse, les F-35A arrivent à l’heure, Lockheed Martin s’y engage - © Economie Matin

Le 6 septembre 2025, Armasuisse a confirmé que la livraison des F-35A suisses commencera comme prévu. Alors que l’avionneur américain Lockheed Martin traverse une zone de turbulences et que le programme F-35 multiplie les contretemps à l’échelle mondiale, la Suisse maintient son cap et exige le respect du calendrier initial.

Le F-35A, une pièce maîtresse du dispositif helvétique

Pour Berne, le choix du F-35A n’est pas anodin. Il s’agit de doter l’armée de l’air d’un chasseur furtif de dernière génération, capable de fusionner les données de multiples capteurs et de coopérer sans faille avec les alliés européens et de l’OTAN. Avec trente-six exemplaires commandés, la Suisse investit dans un appareil censé garantir la supériorité aérienne au-delà de 2030.

Armasuisse précise que les avions seront livrés « dans leur dernière configuration technique prévue ». Autrement dit, la Confédération ne recevra pas un appareil incomplet : les mises à jour logicielles seront intégrées progressivement, comme c’est l’usage dans ce type de programme. Ce choix renforce l’intérêt stratégique d’un appareil déjà considéré comme une référence mondiale.

Un calendrier maintenu malgré les retards internationaux

La déclaration d’Armasuisse vise à rassurer : « La livraison des F-35A suisses est toujours prévue à partir de mi-2027 depuis l’usine américaine du constructeur Lockheed Martin », a indiqué son porte-parole dans l’Agefi le 7 septembre 2025. Les livraisons se poursuivront ensuite depuis Cameri, en Italie, à partir de mi-2028.

Cet engagement contraste avec la réalité mondiale du programme. Aux États-Unis, le Government Accountability Office a dressé un constat sévère : « Aucun F-35 n’a été livré dans les délais l’année dernière. Le retard moyen était de 238 jours, soit environ huit mois », relève l’institution dans un rapport cité par Swissinfo. Malgré cette moyenne inquiétante, la Suisse bénéficie d’une planification spécifique, confirmée par Lockheed Martin et validée par l’autorité fédérale.

Le prix de la puissance : un contrat fragilisé

Si le calendrier semble protégé, la facture, elle, s’alourdit. La Suisse avait annoncé un budget fixe de six milliards de francs pour ses trente-six appareils. Or Washington conteste désormais cette notion de prix garanti, en invoquant la flambée des coûts de production. La hausse pourrait atteindre « entre 650 millions et 1,3 milliard de francs ».

Un tel surcoût fait peser un doute sur la faisabilité intégrale du contrat. Le Conseil fédéral étudie l’hypothèse de réduire le nombre d’avions commandés, tout en négociant avec les autorités américaines pour préserver l’équilibre financier. Ce bras de fer, encore en cours, révèle les tensions croissantes entre les impératifs budgétaires helvétiques et la rigidité de l’industrie américaine.

Lockheed Martin face au défi de crédibilité

Le constructeur américain sait qu’il joue gros. Ses difficultés industrielles et logicielles ont nourri les critiques, mais il doit prouver qu’il peut honorer ses promesses. Pour la Suisse, Lockheed Martin a réitéré son engagement à livrer à temps et avec le standard Block 4, considéré comme le plus avancé.

Armasuisse souligne de son côté la robustesse de l’accord. Les avions suisses seront intégrés progressivement, avec les mises à jour nécessaires, sans retard additionnel pour l’armée. Dans un contexte marqué par les incertitudes financières et techniques, cette fermeté du discours vise à convaincre l’opinion publique que le choix du F-35A reste cohérent et que la défense aérienne helvétique ne sera pas compromise.

Un enjeu politique et international majeur

Au-delà des aspects techniques et financiers, la commande suisse de F-35A revêt une forte dimension politique. À l’intérieur du pays, ce programme a suscité de vifs débats lors de la campagne référendaire. Les partisans soulignent la nécessité de maintenir une capacité d’interception crédible, tandis que les opposants critiquent le coût astronomique et la dépendance accrue envers les États-Unis.

Sur la scène internationale, la Suisse rejoint un cercle d’États européens ayant choisi le même appareil : la Finlande, la Pologne, la Norvège, les Pays-Bas ou encore l’Italie. En adoptant le F-35A, Berne renforce sa compatibilité opérationnelle avec ses voisins, ce qui pourrait jouer un rôle clé en cas de crise sécuritaire régionale. Cette interopérabilité est précisément ce qui distingue l’avion de ses concurrents, et explique la pression mise sur Lockheed Martin pour maintenir le calendrier helvétique.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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