Le 6 août 2025, François Bayrou, Premier ministre, a publié sur sa chaîne YouTube une vidéo inattendue. Il y défend une mesure aussi symbolique que contestée : la suppression de deux jours fériés dans le calendrier français. En affirmant vouloir « produire plus », le chef du gouvernement ouvre une brèche dans un consensus social jusqu’ici rarement remis en question.
Un effort jugé "acceptable" pour une France "qui produit moins"
Dans sa prise de parole du 6 août, relayée par RTL, François Bayrou explique : « C'est à partir de ce constat que j'ai proposé l'idée controversée de restreindre le nombre de jours fériés. (…) Je trouve que c'est un effort acceptable qui ne demande pas qu'on renonce à notre modèle de société »
L’effort évoqué prend la forme concrète d’une suppression du 8 mai et du Lundi de Pâques, tout en laissant ouverte la possibilité de modifier les jours choisis.
Ce choix est guidé par une logique de rattrapage économique. Le Premier ministre insiste : « La France produit moins que ses voisins, entre 10 et 15 % de moins par habitant ». Il présente cette sous-productivité comme un obstacle majeur à la résorption de la dette publique, évaluée à 3 400 milliards d’euros, soit plus que l'ensemble du budget de l'Éducation nationale, note FranceInfo.
Jours fériés supprimés : des gains de productivité ou une ligne rouge sociale ?
Sur le plan politique, cette proposition vise à renforcer les marges de manœuvre budgétaires. Dans un entretien accordé au média, Ambroise Méjean, secrétaire général délégué de Renaissance, confirme la philosophie du gouvernement :
« Il faut qu'on arrive à prendre un petit peu partout et que l'effort soit partagé et réparti équitablement ».
La suppression des jours fériés s'inscrit dans un plan d'économie global de 40 milliards d'euros, présenté comme un prérequis à la stabilisation de la dette. Bayrou revendique une méthode pédagogique, via podcasts et vidéos explicatives, pour restaurer une culture du dialogue budgétaire. Ce choix est comparé à celui de Pierre Mendès France, qui popularisait la pédagogie politique à la radio.
Mais les critiques émergent. Si l'effort est prôné, la répartition reste au cœur des tensions : certains reprochent l'absence de contreparties demandées aux entreprises ou une focalisation sur les retraités et la fonction publique. Le Premier ministre s’en défend, mettant en avant des « contributions exceptionnelles sur les hauts revenus » et la suppression de l’abattement fiscal de 10 % pour les retraités aisés.
Jeunes, chômage et surendettement : les trois angles d’attaque du gouvernement
En parallèle de cette proposition ciblée, Bayrou alerte sur l’aggravation du chômage des jeunes, qu’il décrit comme « un scandale », en précisant que « le chômage des jeunes augmente en France et touche un jeune sur cinq dans notre pays », rapporte RTL.
Dans cette optique, un plan d’urgence pour l’emploi des jeunes est annoncé, visant à « mettre le pied à l’étrier » de cette population vulnérable. Cette dynamique s’articule à la logique de relance productive : plus d’activité, moins de chômage, plus de recettes publiques.
Vers un affrontement à la rentrée ?
Le calendrier politique s’annonce chargé. La suppression des jours fériés, bien qu'encore à l’état de proposition, cristallise un débat plus large sur la nature de l'effort collectif. Les oppositions de gauche dénoncent une absence de concertation, voire une méthode unilatérale, malgré les ouvertures affichées du Premier ministre.
Mais pour François Bayrou, l’heure est au réalisme. « Si c'est un effort de cet ordre qui permet de sortir des difficultés, (…) c’est un effort acceptable ». Le ton est donné : la rentrée s’annonce décisive.
