Taxe Zucman : Le prix Nobel Joseph Stiglitz y est favorable

En visite à Paris, le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz a pris position en faveur de la taxe Zucman. Devant l’Assemblée nationale, il a jugé qu’une contribution annuelle de 2 % sur les plus grandes fortunes n’était « vraiment pas beaucoup », et exhorté la France à assumer seule ce choix fiscal pour montrer l’exemple dans la lutte contre les inégalités.

Anton Kunin
By Anton Kunin Last modified on 2 octobre 2025 8h22
Joseph Stiglitz
Taxe Zucman : Le prix Nobel Joseph Stiglitz y est favorable - © Economie Matin
2%L'idée de Gabriel Zucman suppose une taxe de 2% par an pour les patrimoines dépassant 100 millions d’euros,

Joseph Stiglitz soutient une taxe française ambitieuse

Le 1er octobre 2025, l’économiste Joseph Stiglitz a participé à un débat à l’Assemblée nationale consacré à la proposition de taxe Zucman. Cette mesure, imaginée par l’économiste Gabriel Zucman, vise à instaurer un prélèvement minimum sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. Dans un contexte budgétaire tendu, le soutien explicite de Joseph Stiglitz à ce dispositif a relancé les débats en France sur la fiscalité des riches.

Devant les députés, Joseph Stiglitz a insisté sur la nécessité d’agir vite contre la concentration excessive des richesses. Selon lui, la taxe Zucman, fixée à 2% par an pour les patrimoines dépassant 100 millions d’euros, ne représenterait qu’un effort limité pour les plus riches. « Être imposé à hauteur de 2%, ce n’est vraiment pas beaucoup », a-t-il affirmé. Il a rappelé que les grandes fortunes dégagent en moyenne des rendements de 6 à 10% par an, ce qui rend ce prélèvement supportable sans entamer le capital.

Joseph Stiglitz a par ailleurs estimé que la France devait assumer seule cette réforme, même si aucun consensus européen n’existe encore. Selon lui, « agir seule permettrait à la France de montrer la voie » et d’exercer un effet de leadership fiscal sur ses partenaires. Ce plaidoyer tranche avec les réticences exprimées par le gouvernement, qui privilégie jusqu’ici le respect des engagements européens en matière de réduction du déficit public.

Gabriel Zucman défend sa méthode devant les députés

Le même jour, Gabriel Zucman a défendu devant l’Assemblée nationale les contours techniques de son projet. L’économiste a mis en garde contre les solutions de rechange, jugées trop fragiles. « Dès que vous commencez à créer des déductions, des mécanismes… », a-t-il expliqué, « vous ouvrez la porte à des stratégies d’évitement ». Aux côtés de Joseph Stiglitz et de l’économiste Jayati Ghosh, il a insisté sur la nécessité d’un impôt simple, plancher et difficilement contournable.

Ce dispositif aurait aussi pour fonction de corriger ce qu’il considère comme un déséquilibre structurel : alors que les revenus du travail supportent une fiscalité lourde, la richesse accumulée bénéficie d’avantages récurrents. La fiscalité du capital ne représente qu’environ 4% du PIB, un niveau jugé insuffisant pour compenser les inégalités croissantes. La taxe Zucman entend donc rééquilibrer l’effort collectif en ciblant les détenteurs de fortunes hors norme.

Un débat fiscal au cœur de la politique française

Le soutien de Joseph Stiglitz intervient alors que le gouvernement français a récemment exclu le rétablissement d’un impôt de type ISF. Le Premier ministre a confirmé fin septembre 2025 que la stratégie budgétaire 2026 reposait sur une baisse du déficit à 4,7% du PIB, sans recourir à une nouvelle taxe sur le patrimoine. Cette ligne, centrée sur la maîtrise des dépenses, laisse peu de place à une réforme structurelle du capital, malgré la pression croissante d’une partie de la majorité et de l’opposition.

Dans ce contexte, les prises de position de figures internationales comme Joseph Stiglitz redonnent de l’écho aux arguments en faveur d’une taxation plus juste des riches. L’ancien conseiller de Bill Clinton estime qu’une telle mesure contribuerait non seulement à réduire les inégalités, mais aussi à financer les investissements publics dans la transition écologique et la santé. Pour lui, ignorer cette question fiscale reviendrait à prolonger des déséquilibres économiques qui fragilisent la cohésion sociale.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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