Le Sénat prépare une révolution tarifaire : les frais d’inscription à l’université pourraient passer de 178-254 euros actuellement à 900 euros en licence et 1 300 euros en master. Une multiplication par cinq qui redessinerait l’accès à l’enseignement supérieur en France et transformerait radicalement le budget des familles.
Le Sénat veut empêcher de nombreux Français d’aller à l’Université

Le Sénat envisage une augmentation majeure des frais d'inscription à l'université. Actuellement entre 178 et 254 euros, ces frais pourraient grimper à 900 euros pour une licence et à 1 300 euros pour un master. Une telle multiplication des coûts modifierait considérablement l'accès à l'enseignement supérieur en France et pèserait lourdement sur le budget des familles.
Publié le 9 septembre 2026, le rapport sénatorial sur l'excellence académique remet en question deux éléments clés du système universitaire français : la quasi-gratuité et le droit automatique des bacheliers de poursuivre leurs études. Au-delà des raisons académiques avancées, cette réforme aurait un impact économique majeur sur les 2,8 millions d'étudiants en France.
Augmentation des frais d'inscription : un choc pour les étudiants
Actuellement, un étudiant en licence paie entre 178 et 254 euros par an selon sa situation. Si le rapport sénatorial est adopté, ce montant passerait à 900 euros, soit une hausse de 722 euros. En master, les étudiants débourseraient 1 300 euros au lieu de 254 euros, augmentant les frais de 1 046 euros par an.
Sur un cursus complet de cinq ans (licence et master), le coût total atteindrait 7 100 euros, contre 1 382 euros actuellement. Pour une famille avec deux enfants à l'université, la facture serait de 14 200 euros sur cinq ans, sans compter les dépenses de logement, transport et alimentation. Cela mettrait fin au modèle de quasi-gratuité qui a prévalu depuis des décennies.
L'impact financier dépendra des revenus des familles. Pour un ménage au revenu médian (environ 2 000 euros nets par mois), 900 euros représentent 3,75% du revenu annuel, soit près d'un demi-mois de salaire. Pour les foyers plus modestes, l'impact serait encore plus lourd. Un parent isolé avec un revenu mensuel de 1 500 euros verrait 5% de ses ressources annuelles absorbées par ces frais.
D'après les données du ministère de l'Enseignement supérieur, le salaire médian d'un diplômé de master 18 mois après l'obtention de son diplôme varie entre 1 760 et 2 210 euros. Face à ces salaires, dépenser 7 100 euros pour cinq ans d'études peut sembler excessif, surtout dans les filières moins rémunératrices.
Bien que le rapport mentionne une réforme des bourses avec un calcul indexé sur l'inflation, il n'y a pas de détails sur le nombre d'étudiants qui pourraient être aidés. Ce manque de précision suscite des inquiétudes légitimes.
La France face aux modèles universitaires européens
Avec des frais de 900 euros par an, la France se situerait au milieu des pays européens, mais loin derrière le modèle anglo-saxon. Au Royaume-Uni, ils atteignent 9 250 livres (environ 10 800 euros). Aux Pays-Bas, ils sont de 2 314 euros, tandis que l'Allemagne, la Norvège et la Suède maintiennent la gratuité quasi-totale. L'Espagne, quant à elle, facture entre 700 et 1 500 euros selon les régions.
Le modèle actuel de la France est plus proche de celui de l'Allemagne ou des pays scandinaves. Passer à un système payant soulève des questions : les universités françaises pourront-elles offrir des ressources comparables à celles des universités néerlandaises ou britanniques pour justifier cette hausse ? Le rapport reste vague sur l'utilisation des 2,52 milliards d'euros annuels que cette mesure produirait (2,8 millions d'étudiants × 900 euros).
Vers une université plus sélective
En parallèle de l'augmentation des frais, un changement académique se profile. Selon France Info, le rapport stipule que l'accès au premier cycle de l'enseignement supérieur ne sera plus un droit mais une possibilité, basée sur l'évaluation des capacités et du projet de chaque bachelier.
Ainsi, les universités pourraient refuser des candidatures, même avec un baccalauréat. Parcoursup deviendrait un processus sélectif, similaire aux classes préparatoires ou aux IUT. Ce durcissement est justifié par le "faible niveau d'exigence" associé au baccalauréat, dont le taux de réussite dépasse 90%.
Pour les familles, le dilemme est complexe. Un bachelier refusé à l'université pourrait se tourner vers des formations privées, bien plus coûteuses (3 000 à 8 000 euros par an). Les élèves aux résultats moyens, souvent issus de milieux modestes, risquent une double peine, financière et académique.
Le financement universitaire en question
Malgré les discours sur l'excellence académique, la question du financement des universités reste cruciale. La France dépense 11 000 euros par étudiant, contre 15 000 en Allemagne. Bien que multiplier par cinq les frais d'inscription génèrerait des ressources, le coût social pourrait être élevé.
Les étudiants salariés, qui représentent déjà 46% selon l'Observatoire de la vie étudiante, devront travailler davantage pour financer leurs études. Les familles de classe moyenne, trop riches pour des bourses mais trop modestes pour absorber 900 euros annuels facilement, seraient sous pression. Les plus modestes dépendraient entièrement d'un système de bourses dont les détails sont encore flous.
Pierre Ouzoulias, président communiste de la commission, s'oppose à ces mesures. Il souhaite revaloriser le baccalauréat sans augmenter les frais ni imposer de sélection. Son opposition reflète les divisions profondes que ce rapport suscite, même au sein du Sénat. La réforme sénatoriale redéfinit la relation entre l'État, les familles et l'enseignement supérieur. Reste à savoir si le gouvernement adoptera un changement aussi radical, alors que le coût de la vie étudiante est déjà élevé. La question dépasse l'académique pour devenir budgétaire : combien coûte réellement l'accès à l'éducation supérieure ?
