Grèves du sol, colère dans les airs
Le personnel de SPdH/Menzies Aviation, principal prestataire de services au sol dans les aéroports de Lisbonne, Porto, Faro, Funchal et aux Açores, a engagé plusieurs mouvements sociaux. Les revendications portent sur des salaires jugés inférieurs au minimum légal, des heures non rémunérées et le non-respect d’accords collectifs antérieurs au rachat de l’entreprise.
Ces grèves, programmées chaque week-end jusqu’au 1er septembre, engendrent un engorgement sévère dans les zones de traitement des bagages. Résultat : des valises restent bloquées au Portugal tandis que leurs propriétaires, souvent français, rejoignent leur lieu de vacances… les mains vides.
Le désarroi des passagers face à une jungle administrative
Les scènes sont familières : valises alignées dans des hangars, formulaires gribouillés sur un coin de comptoir, silence des compagnies aériennes. Pour beaucoup de passagers, la perte ou le retard de leurs effets personnels reste sans réponse claire ni prise en charge immédiate.
« Une grève ne relève généralement pas de cette exemption, et les passagers ont droit à une indemnisation en cas de perte de bagage », rappelle Anton Radchenko, PDG d’AirAdvisor, dans The Portugal News.
La Convention de Montréal comme seul rempart
Le règlement européen CE 261/2004, souvent invoqué en cas de retard ou d’annulation de vol, ne joue ici aucun rôle : la grève du personnel au sol est considérée comme une circonstance exceptionnelle, exonérant les compagnies aériennes de toute compensation sur ce fondement.
En revanche, la Convention de Montréal s’applique pleinement. Elle établit une responsabilité du transporteur pour les dommages causés par le retard ou la perte de bagages — sauf si celui-ci prouve avoir pris toutes les mesures raisonnables pour les éviter, ou qu'il était dans l'impossibilité de les prendre.
Le texte prévoit une indemnisation maximale de 1 288 droits de tirage spéciaux (DTS), soit environ 1 920 €, selon le taux publié par le FMI.
Démarches à suivre : une rigueur impérative
Pour activer ce droit, encore faut-il respecter des procédures strictes :
- Déclarer l’anomalie immédiatement à l’aéroport, via un formulaire PIR (Property Irregularity Report) ;
- Conserver la carte d’embarquement, l’étiquette bagage et les justificatifs des achats essentiels ;
- Adresser une réclamation écrite à la compagnie dans un délai de 21 jours après réception du bagage (ou 7 jours s’il est endommagé).
Des plateformes comme AirAdvisor permettent d’automatiser cette procédure et d’évaluer rapidement l’éligibilité à une indemnisation.
Une alerte pour l’écosystème aérien européen
Cette crise met en lumière une faille contractuelle : les compagnies délèguent de plus en plus de fonctions essentielles à des prestataires aux marges faibles, dont la défaillance affecte directement les voyageurs sans que ceux-ci disposent de recours simples.
Il est probable qu’à terme, une révision du règlement CE 261, ainsi qu’un encadrement plus strict des obligations de continuité de service des sous-traitants, soient exigés par les autorités de l’Union.
En conclusion
Le chaos portugais ne révèle pas seulement une crise logistique mais bien une fracture juridique entre passagers et opérateurs. Tant que les mécanismes de responsabilité resteront flous pour les voyageurs, la confiance dans le transport aérien en cas de perturbation continuera de s’éroder. Pourtant, les outils existent. Encore faut-il que chacun en connaisse l’usage.

