Doté des plus grandes réserves de pétrole connues, le Venezuela aurait pu rejoindre le cercle des grandes puissances énergétiques mondiales. Pourtant, le pays s’enfonce depuis une décennie dans une crise profonde. Inflation hors de contrôle, chute vertigineuse de la production et paupérisation de la population dessinent le portrait d’une économie à bout de souffle. Pour de nombreux experts, il s’agit d’un des effondrements économiques les plus extrêmes observés hors contexte de guerre.
Venezuela : un potentiel géant économique réduit à la pauvreté la plus totale

Le pétrole, une richesse naturelle mal exploitée
Le sous-sol vénézuélien regorge d’or noir. Avec près d’un cinquième des réserves mondiales de pétrole, le pays disposait d’un levier exceptionnel pour assurer son développement. Pendant des années, les revenus pétroliers ont financé l’essentiel des dépenses publiques. Cette manne a permis de soutenir des programmes sociaux ambitieux et de maintenir un niveau de vie artificiellement élevé. Mais cette dépendance presque exclusive a fragilisé l’ensemble du modèle économique.
Lorsque les cours du pétrole se sont retournés au milieu des années 2010, le choc a été brutal. Privé de recettes suffisantes, l’État a multiplié les émissions monétaires pour couvrir ses besoins. Cette stratégie a déclenché une spirale inflationniste sans précédent. Les prix ont explosé, les salaires ont perdu toute valeur réelle et les produits de base ont disparu des étals. Le Venezuela est alors entré dans une phase d’hyperinflation qui a marqué durablement son tissu économique.
À cette fragilité structurelle se sont ajoutées des difficultés de gestion. Les investissements dans l’entretien des infrastructures pétrolières ont été insuffisants. La production a reculé, réduisant encore les rentrées de devises. En quelques années, le produit intérieur brut s’est effondré. Le niveau de richesse par habitant s’est rapproché de celui de pays beaucoup plus pauvres du continent, loin de ce qu’aurait pu atteindre une économie comparable à celle de l’Arabie saoudite.
Inflation, sanctions et choc social
La crise interne a été aggravée par un isolement international croissant. Les sanctions économiques, en particulier sur le secteur pétrolier, ont limité l’accès du Venezuela aux marchés financiers et aux dollars. Or, l’économie locale fonctionne largement en référence à la monnaie américaine. La raréfaction des devises a accéléré la dépréciation du bolivar et renforcé l’instabilité des prix.
Résultat : le Venezuela affiche aujourd’hui l’une des inflations les plus élevées du monde. Malgré quelques périodes d’accalmie, la hausse des prix reste chronique et imprévisible. Pour les ménages, cela signifie une perte constante de pouvoir d’achat. Selon les estimations récentes, près de 70% de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. L’accès à l’alimentation, aux soins et à l’éducation est devenu un défi quotidien.
Les services publics illustrent l’ampleur du délitement. Hôpitaux sous-équipés, pénuries de médicaments, écoles désertées : les indicateurs sociaux se sont dégradés à un rythme alarmant. De nombreux enfants ne suivent plus de scolarité régulière, compromettant les perspectives à long terme du pays. Cette situation alimente un sentiment de résignation et pousse des millions de Vénézuéliens à chercher un avenir ailleurs.
L’exode est massif. Environ un quart de la population a quitté le territoire en deux décennies. Les pays voisins d’Amérique latine accueillent l’essentiel de ces migrants, mettant à l’épreuve leurs propres systèmes sociaux. Pour le Venezuela, cette fuite des forces vives constitue une perte humaine et économique considérable, rendant toute reprise encore plus complexe...
