Plus d’un tiers des établissements inspectés ont été pris en défaut. De la production à la vente, la répression des fraudes a mené 7 800 contrôles sur les deux dernières années. Résultat : un taux d’irrégularités qui inquiète, des pratiques illégales parfois graves, et une série de sanctions qui rappellent que la filière vin n’échappe pas aux dérives.
Vin en France : un tiers des producteurs et distributeurs fraudent

34 000 hectolitres de vin espagnol maquillés en Médoc. Des colorants interdits. Et des cartes des vins qui promettent des bouteilles que personne ne sert.
Une vague de contrôles à travers toute la filière vin
La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a passé au crible 7 800 établissements entre 2022 et 2023. Objectif : inspecter l’ensemble de la filière vin, de la production à la distribution, sur le respect des règles sanitaires, commerciales et d’étiquetage.
Les résultats sont sans appel : des infractions ont été constatées dans 30 % des établissements producteurs et 40 % des points de distribution. Derrière ces chiffres se cachent une variété de manquements : tromperies, méconnaissance de la réglementation, erreurs d’étiquetage ou pratiques œnologiques interdites. Selon la DGCCRF, « la majorité des professionnels étaient en conformité », mais les anomalies repérées soulèvent des inquiétudes sur certaines pratiques.
Parmi les cas les plus graves, une affaire éclate en janvier 2023. Un réseau de négociants et de transporteurs est condamné à Bordeaux pour avoir mélangé 34 000 hectolitres de vin espagnol bon marché à du vin du Médoc. ils voulaient vendre ces produits comme du « vin de France » ou sous des appellations prestigieuses. À la clé, 1,25 million d’euros de bénéfices et une série de peines de prison ferme pour les responsables, assorties d’amendes atteignant 1 million d’euros et d’une interdiction d’exercer pendant cinq ans pour l’un des principaux prévenus.
Mais toutes les fraudes ne sont pas aussi structurées. Dans de nombreux cas, les irrégularités proviennent d'une mauvaise connaissance des règles. L’addition d’eau ou de colorants non autorisés, ou encore l’usage de sucre au-delà des seuils tolérés, figurent parmi les pratiques sanctionnées, comme l’a rappelé la porte-parole de la DGCCRF Marie Suderie : « Ajouter des colorants, c’est interdit dans le secteur du vin. »
Distributeurs, restaurateurs, cavistes : des pratiques pas toujours nettes
Dans les 6 200 établissements de distribution contrôlés (cafés, hôtels, restaurants, grandes surfaces, cavistes), 43 % présentaient des anomalies. Si les manquements les plus fréquents relèvent de simples oublis, comme l'absence d’indication de l’origine sur une carte de restaurant, certains cas relèvent de tromperie plus caractérisée.
Un exemple marquant : un club rennais substituait du vin mousseux à du champagne, tout en facturant le prix fort. Le gérant a écopé d’une amende de 6 000 euros et a été contraint de corriger ses affichages. La DGCCRF parle de « substitutions » fréquentes, notamment pour les vins servis au verre, où il est plus difficile de vérifier ce qui est réellement versé.
En supermarché, les inspecteurs ont également relevé des erreurs récurrentes dans les rayonnages : vins étrangers rangés parmi les AOP (Appellations d’Origine Protégée) françaises, étiquetage flou ou inexistant, absence de prix visibles. Des négligences qui témoignent d’un manque de formation du personnel, selon les agents.
Malgré l’ampleur des constats, la DGCCRF insiste sur un point : ces chiffres ne reflètent pas l’état global du marché. « Les contrôles sont ciblés. Ils visent prioritairement les établissements susceptibles de présenter des anomalies », a précisé l’administration au Figaro. Une manière de rappeler que si les sanctions sont réelles, elles concernent une minorité d’opérateurs. En effet, 85 % des situations frauduleuses recensées relèvent de manquements mineurs, comme des défauts d’étiquetage ou des erreurs de présentation, souvent corrigées via des mises en conformité.
Mais dans un contexte de baisse de la consommation de vin en France, et de pression économique sur les producteurs, la tentation de contourner certaines règles peut grandir. « Le contexte climatique et économique a peut-être incité à des démarches frauduleuses », avance Marie Suderie, sans pour autant justifier les infractions.