Dans les rues de Londres, un phénomène pour le moins singulier prend de l’ampleur. Certains voleurs, après avoir arraché un téléphone à leur victime, le lui restituent aussitôt s’ils découvrent qu’il ne s’agit pas d’un iPhone. L’Android est méprisé, l’iPhone adulé, un clivage désormais visible jusque dans le monde du vol à la tire.
Les voleurs choisissent leurs victimes selon le smartphone qu’elles possèdent

Un pic de vols… mais pas pour tous les smartphones
Plusieurs médias britanniques et français ont relayé, le 19 novembre, une tendance intrigante repérée dans la capitale anglaise. D’après les chiffres publiés par la Metropolitan Police, 117 211 smartphones ont été volés à Londres en 2024, une hausse préoccupante qui a poussé les autorités à alerter sur le niveau d’organisation de ces larcins.
Ces délits sont de plus en plus souvent perpétrés par des individus à vélo électrique, qui agissent en quelques secondes avant d’exporter les appareils hors du Royaume-Uni, selon un rapport publié par la House of Commons Library le 30 juin 2025. Mais tous les smartphones ne suscitent pas le même engouement auprès des délinquants. Les appareils Android sont régulièrement rejetés par les voleurs. Plusieurs témoins ont rapporté avoir vu leur téléphone restitué, ou même le vol interrompu, lorsqu’il s’est avéré qu’il ne s’agissait pas d’un iPhone.
« On ne veut pas de Samsung » : le rejet manifeste des Android
C’est le cas d’un Londonien interrogé par 01net : après avoir été victime d’un vol à l’arraché, son smartphone Android lui a été immédiatement rendu. L’agresseur aurait lancé une phrase désormais emblématique : « On ne veut pas de Samsung ». Ce témoignage ne fait pas figure d’exception mais pourquoi une telle préférence ?
L’explication serait avant tout économique. Selon Jake Moore, conseiller en cybersécurité chez ESET, cette hiérarchie est motivée par la valeur marchande : « les appareils Apple ont une valeur marchande d’occasion plus élevée et il est plus judicieux, d’un point de vue économique, d’opter pour ces téléphones plus recherchés ». Ainsi, les smartphones Android, même récents, se revendent mal sur les circuits parallèles. Cette réalité rend leur vol moins attractif et accroît le risque inutilement pour les auteurs.
Une logique économique désormais intégrée par les délinquants
La tendance signalée par Phonandroid est sans ambiguïté : « les voleurs à l’arraché ne veulent pas s’emparer des smartphones sous Android ». Ce comportement s’explique par plusieurs facteurs cumulés. D’abord, les smartphones Android sont très hétérogènes en termes de sécurité, de suivi logiciel et surtout de revente. De nombreux modèles bas de gamme pullulent, ce qui dévalorise l’image et la perception générale de cette catégorie.
À l’inverse, l’iPhone garde une forte valeur à l’export, notamment en Afrique de l’Ouest, au Maghreb ou en Asie du Sud-Est, où il peut être écoulé à des prix élevés, même lorsqu’il est bloqué par un compte iCloud. Ensuite, les réseaux spécialisés dans le recel recherchent des produits homogènes et faciles à écouler. Les smartphones de la marque Apple offrent une traçabilité simplifiée pour les revendeurs illicites aguerris, qui savent comment contourner certains blocages, même si le verrouillage d’activation rend la tâche plus complexe. Enfin, le marché noir du smartphone est dominé par les tendances de consommation, ce que l’acheteur recherche alimente la sélection du voleur. En 2025, c’est l’iPhone, pas le Galaxy.
