Alors que le marché des paiements électroniques en Europe se structure, certains acteurs proposent de nouvelles formes de coopération pour renforcer l’autonomie technologique du continent, comme Wero.
Wero plaide pour une union bancaire face aux géants du paiement

L’initiative européenne de paiement Wero a officiellement appelé à la constitution d’une alliance entre les banques du continent. Objectif affiché : améliorer l’interopérabilité des services de paiement européens et promouvoir une solution commune face à la fragmentation actuelle du marché.
Wero : une initiative paneuropéenne encore en développement
Wero est la solution de paiement instantané portée par l’European Payments Initiative (EPI), qui regroupe aujourd’hui seize actionnaires, dont des groupes bancaires français, allemands et belges. Ce service permet d’envoyer de l’argent instantanément via un numéro de téléphone, un courriel ou un QR code. Il succède à Paylib en France et est déjà disponible en Allemagne et en Belgique.
Malgré une base revendiquée de plus de 40 millions d’utilisateurs, l’adoption du service reste inégale selon les marchés, notamment en Allemagne où la pénétration reste limitée. Le nombre d’actionnaires impliqués dans l’EPI est passé de plus de 30 à 16, plusieurs établissements espagnols ayant quitté le projet pour participer à une initiative concurrente.
Une alliance pour renforcer la souveraineté européenne dans les paiements
Dans La Tribune, le consortium souligne que « L'Europe doit trouver sa voie vers la souveraineté et l'indépendance dans les paiements. Ce n'est plus un projet pour l'avenir mais une nécessité à laquelle tous les pays d'Europe sont confrontés ». L’appel à une coopération renforcée s’adresse aux autres réseaux locaux européens, notamment ceux du sud, regroupés sous l’étiquette EuroPA (Bizum en Espagne, SIBS au Portugal, Bancomat en Italie).
L’ambition de Wero est de rendre ses services compatibles avec ces autres plateformes pour permettre à terme des virements transfrontaliers instantanés, ainsi que des paiements en boutique. Une telle interopérabilité constituerait un pas vers un véritable portefeuille de paiement européen unique. Selon le consortium, ce portefeuille serait amené à couvrir l’ensemble des usages, paiements entre particuliers, e-commerce, transactions en point de vente, tout en intégrant la fidélisation, le multi-devises et la sécurité des données selon les standards européens.
Les enjeux économiques et technologiques d’une alliance bancaire européenne
En se positionnant comme une alternative à Visa, Mastercard, mais aussi à des acteurs technologiques comme Apple Pay ou Google Pay, Wero souhaite élargir son périmètre d’action. Si à ce jour, le service est centré sur les paiements entre particuliers, son évolution envisagée inclut une présence dans le commerce physique. Selon iGeneration, les banques partenaires de Wero souhaitent « élargir ses fonctionnalités et s’inviter chez les commerçants, avec Apple Pay dans le viseur à long terme ».
Mais cette ambition se heurte à des réalités contrastées : des écarts d’adoption entre pays, une fragmentation des initiatives locales et la concurrence d’EuroPA, qui devrait couvrir plus de 50 millions de personnes dès juin 2025, selon La Tribune.
D’autres facteurs compliquent l’équation : la préparation en cours de l’euro numérique par la Banque centrale européenne (BCE), dont le lancement est envisagé entre 2028 et 2030, représente à la fois une opportunité de convergence technologique et un concurrent potentiel pour les solutions privées comme Wero. Le consortium EPI critique d’ailleurs régulièrement cette solution étatique, qu’il considère comme inadaptée à court terme.
Quelle valeur ajoutée pour les utilisateurs ?
Pour les particuliers comme pour les professionnels, l’intégration accrue des services européens de paiement viserait à faciliter les transactions transfrontalières tout en garantissant des niveaux élevés de sécurité et de conformité. Une alliance bancaire pourrait également réduire la dépendance vis-à-vis des infrastructures de paiement non européennes.
À terme, les utilisateurs pourraient bénéficier d’une plateforme unique, simplifiant les usages au quotidien, du règlement de petites sommes au commerce en ligne. Encore faut-il que les freins technologiques, culturels et commerciaux soient levés.
