Xiaomi perd de l’argent sur ses voitures électriques mais explose les ventes

Xiaomi applique aux voitures électriques une méthode déjà éprouvée avec ses smartphones : accepter des marges très faibles au départ pour conquérir rapidement un marché gigantesque. Malgré des pertes importantes sur certains exercices, le constructeur chinois multiplie les ventes, accélère sa production et prépare désormais son arrivée en Europe prévue en 2027.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Last modified on 29 mai 2026 17h31
Xiaomi perd de l’argent sur ses voitures électriques mais explose les ventes
Xiaomi perd de l’argent sur ses voitures électriques mais explose les ventes - © Economie Matin

Xiaomi apparaît comme l’un des nouveaux acteurs les plus surveillés de l’industrie automobile mondiale. La marque chinoise, connue historiquement pour ses téléphones à prix agressifs, reproduit désormais cette stratégie avec ses voitures électriques. Cependant, cette offensive demande des investissements colossaux, car fabriquer une automobile impose des coûts industriels beaucoup plus élevés qu’un smartphone.

Xiaomi transforme les voitures électriques en nouvelle bataille de volume

Xiaomi a fait une entrée spectaculaire dans l’automobile avec la même logique commerciale que celle utilisée dans l’électronique grand public. Le groupe accepte une rentabilité réduite, voire négative sur certaines périodes, afin de construire rapidement une base massive de clients. Ainsi, Xiaomi privilégie d’abord la croissance, tandis que les bénéfices doivent arriver grâce aux volumes et à l’optimisation industrielle.

Cette approche rappelle directement la stratégie qui a permis à Xiaomi de devenir un géant mondial du smartphone. Dans les voitures électriques, l’objectif est similaire, proposer un produit technologique avancé avec un tarif très compétitif. Les nouvelles activités liées aux véhicules électriques et à l’intelligence artificielle ont enregistré une perte opérationnelle de 3,1 milliards de yuans au premier trimestre 2026. Malgré cela, la division automobile a généré environ 19 milliards de yuans de revenus sur cette période.

Le paradoxe est donc évident. Xiaomi dépense énormément d’argent pour imposer ses voitures électriques, mais la demande suit une trajectoire particulièrement forte. D’après CnEVPost, le 26 mai 2026, la marque a livré 80 856 véhicules au premier trimestre 2026, une progression de 6,57 % sur un an. Cette dynamique confirme que Xiaomi réussit à transformer sa notoriété technologique en véritable crédibilité automobile.

La montée en puissance reste néanmoins coûteuse. Les premières années d’un constructeur automobile exigent des investissements dans les usines, les logiciels, les batteries et les chaînes logistiques. Toutefois, Xiaomi bénéficie d’un avantage rare : son expérience dans la maîtrise des coûts industriels. Le groupe cherche donc à reproduire dans les voitures électriques une formule qui a bouleversé le marché mondial des smartphones.

Xiaomi accélère dans les voitures électriques malgré une rentabilité sous pression

Xiaomi mise sur une montée en cadence extrêmement rapide. La marque chinoise ne cherche pas seulement à vendre une voiture, mais à créer un véritable écosystème connecté entre smartphone, maison intelligente et automobile. Par conséquent, chaque véhicule devient une extension de son univers technologique.

Le succès commercial du SU7 a renforcé cette ambition. Reuters indiquait, dans un article publié le 27 juin 2025, que le SUV électrique YU7 avait atteint environ 240 000 commandes confirmées en seulement 18 heures après son lancement. Le média précisait également que le modèle était proposé à partir de 253 500 yuans, soit un positionnement inférieur à celui de certains concurrents directs.

Cette stratégie agressive place Xiaomi face aux grands noms du secteur. Le constructeur chinois attaque notamment Tesla sur son propre terrain : technologie embarquée, autonomie, logiciel et prix. Le SU7 avait même dépassé la Tesla Model 3 en Chine sur certains mois après son lancement commercial. Cette progression rapide montre que Xiaomi ne veut pas seulement participer au marché des voitures électriques, mais devenir une référence mondiale.

La rentabilité reste toutefois une question centrale. Les constructeurs automobiles doivent généralement patienter plusieurs années avant de dégager des profits réguliers. Xiaomi tente de réduire ce délai grâce à ses méthodes issues de l’électronique. Selon Business Insider, dans son analyse publiée en novembre 2025, la division automobile de Xiaomi a franchi une étape importante avec un premier trimestre rentable pour ses activités liées aux véhicules électriques, après moins de deux ans de commercialisation.

Xiaomi prépare ses voitures électriques pour l’Europe dès 2027

Xiaomi regarde désormais au-delà du marché chinois. Après avoir validé son modèle industriel localement, le groupe prépare une offensive internationale. L’Europe représente une étape stratégique, car le continent reste l’un des marchés les plus exigeants au monde pour les voitures électriques.

L’arrivée européenne prévue en 2027 pourrait devenir un moment décisif. Xiaomi devra affronter des constructeurs historiques très installés, mais également des spécialistes électriques déjà présents. Cependant, la marque dispose d’atouts importants : une image mondiale, une maîtrise logicielle reconnue et une capacité à produire rapidement à grande échelle.

La stratégie comporte aussi des risques. Les règles européennes, les attentes des automobilistes et la concurrence locale imposeront une adaptation précise. De plus, Xiaomi devra prouver que ses voitures électriques peuvent séduire durablement au-delà du simple argument tarifaire. La qualité, le service après-vente et la fiabilité seront déterminants.

Néanmoins, l’histoire récente du groupe montre une capacité à perturber des industries établies. Xiaomi a déjà utilisé cette méthode dans les smartphones : entrer avec des prix agressifs, gagner rapidement des parts de marché, puis améliorer progressivement ses marges. Avec ses voitures électriques, le constructeur tente aujourd’hui d’appliquer cette même formule à l’un des secteurs industriels les plus complexes du monde.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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