Viverem : le Groupe Pasteur Mutualité au coeur d'un nouveau conflit

1,1 MILLIARD €
Le projet Viverem devait permettre d'atteindre un chiffre d'affaires
de 1,1 milliard d'euros.

Mariage entre la Mutuelle nationale des hospitaliers (MNH) et le Groupe Pasteur Mutualité (GPM), l'ambitieux projet Viverem n'aura pas survécu à sa première année d'existence. L’éviction de Thierry Lorente, directeur général de GPM, serait à l'origine de ce conflit opposant une nouvelle fois la mutuelle à un ancien partenaire.

La courte histoire de Viverem avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices, dans la foulée d'un premier projet commun réussi entre MNH et GPM. En 2013, les deux groupes mutualistes avaient déjà uni leurs forces pour créer Orsane, société de courtage en assurances individuelles et collectives, qui se posait en experte du secteur sanitaire et social privé. Ce succès initial était voué à en appeler d'autres pour MNH et GPM, véritables références nationales dans l'assurance des personnels médicaux et paramédicaux.

Viverem, un projet ambitieux avorté par GPM

Première mutuelle française du secteur de la santé, MNH accompagne plus d'1,1 million de personnels de santé en France, dont une majorité d'infirmiers et d'aides-soignants. Sylvain Chapuis, son directeur général, pensait trouver un allié de poids en la personne de Thierry Lorente, son homologue à la tête de GPM. Le groupe mutualiste, créé en 1858, dispose en effet d'un solide ancrage sur le territoire français, où il compte plus de 170 000 assurés constitués essentiellement de médecins libéraux.

Lorsque les deux mutuelles se rapprochent début 2015 pour créer l'Union mutualiste de groupe (UMG) baptisée Viverem, le projet ne manque pas d'ambition : un chiffre d'affaires prévisionnel annuel évalué à 1,1 milliard d'euros, 1,3 million de professionnels protégés et pas moins de 1 600 collaborateurs. Censée combiner les offres et les populations de MNH et GPM, Viverem constitue rapidement son conseil d'administration, qui tient sa première assemblée générale le 7 juillet 2015. Dans un premier temps, la gouvernance devait être assumée par Gérard Vuidepot, président de MNH, auquel devait succéder Michel Cazaugade, président de GPM, selon un système d'alternance.

Validé par l'Autorité de la concurrence en novembre 2015, le dossier de rapprochement des deux mutuelles n'attendait plus que le feu vert de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), qui devait se prononcer à ce sujet fin décembre. Mais le départ de Thierry Lorente du conseil d'administration aurait soudainement scellé le sort de Viverem, qui semble ne pas avoir résisté aux tensions sur les choix d'organisation en interne.

Précédent avec Assor

Tandis que MNH espère encore renouer le dialogue pour trouver un accord à l'amiable, l'hypothèse de poursuites judiciaires engagées par GPM serait évoquée en coulisse. Le groupesouhaiterait ainsi mettre fin aux négociations avec MNH et porter l'affaire au tribunal. Préjudiciable pour l'un comme pour l'autre, cette rupture en rappelle une précédente entre GPM et le courtier-grossiste Assor. Décrit comme « un des scandales majeurs de l’assurance de ces dix dernières années » selon un ancien cadre dirigeant d’Assor, le différend s'était soldé par le dépôt de bilan du courtier français, qui a attaqué GPM en justice pour résiliation abusive de contrat.

Noué en 2010, le partenariat entre Assor et GPM avait déjà été rompu sous l'impulsion de Thierry Lorente, nommé à la direction du groupe mutualiste en avril 2012. Intervenue en octobre 2012, soit moins de six mois plus tard, cette décision avait coûté 23 millions de pertes directes pour GPM sur l'année. Preuve que le conflit n’est pas la meilleure des solutions, tandis que les appels du groupe MNH pour régler le différend à l’amiable ne sont pas entendus. Viverem, du verbe « vivre » en latin, semble donc avoir vécu.


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