Santé : l’IA de Google va tester ses médicaments sur les humains

Une promesse qui semblait encore relever de la science-fiction entre désormais dans la phase de test réel. Des molécules générées par intelligence artificielle vont être injectées à des patients humains. Et c’est Google qui est derrière cette nouvelle manière de penser le développement de médicaments.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 10 juillet 2025 6h20
Médicaments génériques : moins chers en France qu’ailleurs en Europe
Médicaments génériques : moins chers en France qu’ailleurs en Europe - © Economie Matin
600 MILLIONS $Isomorphic Labs a levé 600 millions de dollars en mars 2025.

Le 6 juillet 2025, Google DeepMind, par l’intermédiaire de sa filiale pharmaceutique Isomorphic Labs, a annoncé le lancement imminent de ses premiers essais cliniques sur l’humain pour des médicaments développés par intelligence artificielle. Ces essais, présentés comme une avancée décisive par les dirigeants du groupe, marquent l’entrée concrète de l’IA générative dans la chaîne thérapeutique humaine.

Une nouvelle ère pour le médicament initiée par Google

Isomorphic Labs a été fondée avec un objectif déclaré sans ambiguïté : « résoudre toutes les maladies ». Cette ambition, aussi vertigineuse que controversée, repose sur l’usage combiné de modèles d’IA avancés, dont AlphaFold 3, un outil de prédiction moléculaire issu des laboratoires de DeepMind. Il permet, selon ses concepteurs, de modéliser avec une précision inédite la structure tridimensionnelle des protéines humaines.

Le PDG de DeepMind, Demis Hassabis, avait résumé cette approche lors d’une levée de fonds au printemps : « Ce financement va nous permettre de faire progresser nos programmes vers le développement clinique, dans le but de résoudre toutes les maladies grâce à l’IA. », relaye Clinical Trials Arena.

Google, IA et médicaments : l’oncologie comme premier champ d’application clinique

D’après les informations reprises par Les Numériques, les premières molécules testées ciblent le cancer et les maladies auto-immunes. Il s’agit de domaines à forte complexité biologique, dans lesquels les technologies d’IA pourraient, selon Isomorphic Labs, raccourcir drastiquement les délais de recherche. Colin Murdoch, président d’Isomorphic Labs, a confirmé auprès de Fortune : « Nous sommes en train de recruter pour étoffer nos équipes en vue des essais cliniques. »

Cette déclaration intervient alors que la société finalise les protocoles de tests cliniques de phase I, prévus pour être lancés avant la fin de l’année. Les composés sont issus d’un processus entièrement assisté par IA, depuis la prédiction des cibles biologiques jusqu’à la conception des molécules.

Vers une nouvelle manière de faire des médicaments ?

Le développement de ces médicaments s’inscrit dans un double modèle économique :

  • D’une part, Isomorphic Labs propose ses services en modélisation moléculaire à des laboratoires externes.
  • D’autre part, elle développe ses propres pipelines de molécules, aujourd’hui en phase de prévalidation clinique.

Selon AI Business, la startup collabore déjà avec Novartis et Eli Lilly, avec des contrats estimés à près de trois milliards de dollars cumulés. La société a par ailleurs levé 600 millions de dollars en mars 2025 auprès de fonds comme Thrive Capital, confirmant l’enthousiasme financier qui entoure les biotechnologies guidées par algorithmes.

Les médicaments faits par l’IA vont-ils arriver sur le marché ?

Si la promesse semble révolutionnaire, les risques sont considérables. À l’heure actuelle, moins de 10 % des molécules en phase préclinique parviennent à franchir l’intégralité des essais jusqu’à l’autorisation de mise sur le marché, selon Clinical Trials Arena.

L’Union européenne, dans le cadre de sa nouvelle réglementation sur l’intelligence artificielle, classe ces dispositifs de conception thérapeutique parmi les systèmes à haut risque, notamment en raison de l’opacité algorithmique et des biais de données potentiels. Ainsi, Le Grand Continent rapporte que les institutions européennes surveillent de près le dossier d’Isomorphic Labs, en raison de l’absence actuelle de cadre juridique dédié à ce type de plateforme.

Un problème et un risque de développement à deux vitesses : là où les Américains pourraient avoir des médicaments sur demande faits par l’IA, les patients européens pourraient être laissés sur le carreau.

Vers un médicament à la demande obtenu ultra-rapidement ?

En interne, la vision stratégique reste inchangée depuis la fondation de la société. L’objectif affiché est de rendre possible la génération instantanée de médicaments en réponse à toute pathologie connue. Si ce paradigme venait à se concrétiser, la chaîne de recherche-développement-mise sur le marché, traditionnellement longue de douze à quinze ans, pourrait être compressée à douze mois.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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