Précarité énergétique : 1 Français sur 5 souffre l’hiver et l’été

Alors que le froid s’installe en France et que la facture énergétique demeure un sujet sensible pour le budget des ménages, la dernière enquête de l’Ademe met en lumière une précarité énergétique persistante en Dans un pays où près d’un tiers des ménages modestes admettent avoir eu froid l’hiver dernier, l’immobilier dégradé et la hausse du coût de l’énergie redessinent une carte inquiétante du mal-logement thermique.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 18 novembre 2025 6h56
Précarité énergétique : 1 Français sur 10 a du mal à régler ses factures d'énergie
Précarité énergétique : 1 Français sur 5 souffre l’hiver et l’été - © Economie Matin
81,8%81,8% des chèques énergie distribués en 2024 ont été utilisés.

En novembre 2025, l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), soutenu par l’Ademe, a dévoilé son tableau de bord annuel, confirmant l’ampleur du phénomène. Le froid y occupe une place structurelle. Malgré les dispositifs publics, la précarité énergétique continue d’affecter des millions de ménages, en particulier dans un parc immobilier ancien et énergivore. À l’heure où l’hiver débute, les données publiées bousculent les certitudes et rappellent une réalité tangible : la lutte contre le froid domestique reste un défi national.

Précarité énergétique : un tiers des Français a froid l’hiver

Le froid persistant dans les logements demeure un marqueur de précarité énergétique, et l’enquête publiée par l’Ademe et l’ONPE le confirme largement. Selon le baromètre, 35 % des Français déclarent avoir eu froid dans leur logement au moins 24 heures durant l’hiver 2024-2025. La montée du froid ressenti demeure structurelle et reflète une combinaison complexe entre prix de l’énergie, dégradation thermique des bâtiments et arbitrages imposés aux ménages les plus modestes. Dans ce contexte, le froid agit comme un révélateur immédiat de l’insuffisance de chauffage et, par extension, de la précarité énergétique.

En parallèle, l’étude montre que 59 % des bénéficiaires du chèque énergie ont souffert du froid, une proportion très supérieure à la moyenne nationale. Là encore, les disparités sociales jouent un rôle majeur, car ces ménages occupent plus souvent un immobilier de moindre qualité, où les pertes thermiques accentuent l’inconfort. Une part importante d’entre eux renonce, par contrainte, à chauffer suffisamment leur logement. L’ONPE souligne que 37 % des ménages ayant eu froid évoquent des raisons financières, confirmant que le coût du chauffage reste un déterminant essentiel. Ainsi, le froid ne traduit pas seulement un problème technique : il marque aussi une rupture dans la capacité à faire face aux dépenses d’énergie.

Quand l’inconfort thermique se généralise toute l’année : après le froid l’hiver, le chaud frappe l’été

Si le froid reste emblématique, l’enquête de l’Ademe montre que l’inconfort thermique n’est plus saisonnier. En effet, 49 % des Français ont souffert d’un excès de chaleur dans leur logement durant l’été 2025. L’étude révèle donc que la précarité énergétique se manifeste aussi par la chaleur excessive, témoin de la mauvaise isolation et de la vétusté du parc immobilier. Deux tiers des ménages ayant eu froid l’hiver (soit environ 20 % de la population totale) déclarent aussi avoir souffert du chaud en été, confirmant la corrélation entre isolation défaillante et inconfort généralisé.

Cette extension du phénomène rappelle que la précarité énergétique s’inscrit désormais dans un continuum annuel. Les ménages disposent rarement des moyens nécessaires pour entreprendre des travaux de rénovation ambitieux. L’Ademe rappelle que les logements mal isolés et les équipements de chauffage obsolètes pèsent lourdement sur le ressenti thermique. Selon Sylvain Waserman, président de l’Ademe, « Les Français restent avant-gardistes dans leur vision de la sobriété et de la lutte contre la surconsommation », mais ils restent prisonniers de contraintes structurelles. Même avec un système d’aides renforcé, comme MaPrimeRénov’, les résultats demeurent insuffisants face à l’ampleur du parc énergétique dégradé.

La précarité énergétique touche avant tout les ménages modestes

La précarité énergétique frappe plus durement les ménages modestes, dont la majorité vit dans des logements anciens ou des immeubles à faible performance thermique. Selon l’ONPE, 3,1 millions de ménages ont consacré plus de 8 % de leurs revenus aux factures d’énergie en 2023, soit 10,1 % de la population. Sans les aides destinées à contenir le coût du chauffage, le taux de précarité énergétique aurait bondi à 17,9 %, alors qu’il recule à 6,3 % lorsque l’on intègre l’ensemble des chèques énergie. « Sans le bouclier tarifaire et les différents chèques énergie, le taux aurait atteint 17,9 % en 2023 », souligne le ministère de la Transition écologique.

Les aides publiques jouent donc un rôle déterminant pour éviter un basculement massif des ménages dans l’inconfort extrême. L’État a distribué 5,6 millions de chèques énergie en 2024, dont 4,5 millions ont été utilisés, soit un taux d’utilisation de 81,8 %. Ces dispositifs, indispensables, ne compensent cependant que partiellement le poids du froid, car une majorité des ménages concernés continue de réduire leur chauffage pour limiter leurs dépenses. La pauvreté, qui atteint 15,4 % en 2023 selon l’INSEE, renforce mécaniquement la vulnérabilité face à l’augmentation des coûts.

Les impayés d’énergie explosent malgré les filets de sécurité

Le froid domestique se traduit aussi par une augmentation des impayés d’énergie. En 2024, 1,2 million de ménages ont subi au moins une intervention de leur fournisseur à la suite d’impayés, une hausse de 24 % en un an. La multiplication des réductions de puissance et des coupures illustre la détérioration de la situation et l’incapacité croissante d’une partie de la population à chauffer convenablement leur logement.

Les associations caritatives observent une aggravation similaire. Selon le Secours Catholique, 49,4 % des ménages accompagnés présentent des impayés d’énergie. Le montant médian atteint 500 euros, avec un quart des foyers dépassant 1 020 euros, ce qui traduit une dynamique d’endettement lourde. Dans ce contexte, le froid devient le symptôme final d’une accumulation de difficultés : factures trop élevées, logements inefficaces, revenus insuffisants et stratégies de survie qui consistent à restreindre le chauffage plutôt qu’à engager des dépenses impossibles à assumer.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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