Produits ultra-transformés : les industriels attaqués en justice à San Francisco

San Francisco passe à l’offensive contre les produits ultra-transformés. La municipalité de cette ville californienne accuse dix géants de l’agroalimentaire d’avoir sciemment conçu des aliments favorisant l’addiction et les maladies chroniques.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 3 décembre 2025 7h58
Produits ultra-transformés : les industriels attaqués en justice à San Francisco
Produits ultra-transformés : les industriels attaqués en justice à San Francisco - © Economie Matin
70%La part des produits ultra‑transformés dans l’offre alimentaire totale aux États‑Unis est estimée à 70%.

Des produits « conçus » pour maximiser la consommation

Le 2 décembre 2025, la Ville de San Francisco a saisi la justice contre dix industriels de l’agroalimentaire, accusés de promouvoir massivement les produits ultra-transformés. Cette action vise notamment Kraft Heinz, Mondelez, Nestlé USA, Coca-Cola, PepsiCo, Kellogg ou encore Mars. Selon la municipalité, ces entreprises auraient contribué, par leurs pratiques commerciales, à une dégradation importante de la santé publique. À travers cette plainte, la Ville entend démontrer que les produits ultra-transformés ne relèvent plus d’un simple choix de consommation, mais d’un enjeu de responsabilité collective.

Selon la municipalité, les produits ultra-transformés constituent désormais un problème sanitaire systémique : ils ont été « conçus » pour maximiser la consommation, et non pour répondre à des besoins nutritionnels. Ainsi, David Chiu, procureur de la ville, accuse directement les industriels d’avoir « fabriqué une crise de santé publique et d’en avoir largement profité ». Ces propos visent clairement à établir un parallèle avec les pratiques passées de l’industrie du tabac.

En outre, ces produits ultra-transformés favoriseraient une série de maladies graves, fait valoir la mairie de San Francisco dans sa plainte. Sont cités l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, certains cancers, les atteintes hépatiques non alcooliques ainsi que des troubles psychiques. Par ailleurs, la ville s’appuie sur un chiffre central pour étayer son argumentaire : environ 70% de l’offre alimentaire commerciale aux États-Unis serait aujourd’hui composée de produits ultra-transformés.

Les industriels auraient manipulé les consommateurs, fait valoir le plaignant

Ensuite, la justice est saisie pour ce que la ville qualifie de stratégies de manipulation des consommateurs. D’après les documents judiciaires, les industriels auraient ciblé en priorité les enfants, les adolescents et les populations défavorisées. Ainsi, la plainte met en cause des campagnes publicitaires massives et des messages assimilant les produits ultra-transformés à un simple plaisir, déconnecté de tout risque sanitaire. La Ville estime que ces pratiques ont contribué à banaliser la consommation de ces aliments dès le plus jeune âge.

Par ailleurs, la mairie de San Francisco avance un argument historique central. Dans les années 1980, plusieurs groupes de l’agroalimentaire ont été rachetés par des firmes du tabac. Selon les avocats de la Ville, ces entreprises auraient conservé les mêmes méthodes de création de dépendance et de marketing agressif. Ainsi, selon le plaignant, les produits ultra-transformés ne relèvent pas d’une dérive accidentelle, mais d’une stratégie industrielle ancienne, structurée et assumée.

Produits ultra-transformés : les industriels connaissaient bien les risques

Sur le terrain économique, la municipalité met en avant le poids financier colossal de cette crise. Selon le communiqué du bureau du procureur de San Francisco, les maladies liées aux produits ultra-transformés engendreraient des « coûts astronomiques » pour les collectivités locales. La plainte s’appuie notamment sur un avertissement interne datant de 1999, qui évoquait déjà « plusieurs centaines de milliers de morts prématurées par an » aux États-Unis et près de 100 milliards de dollars de dépenses de santé annuelles.

Cependant, la procédure ne vise pas l’interdiction des produits ultra-transformés. En effet, la ville reconnaît ne pas disposer des compétences juridiques pour bannir ces aliments. En revanche, elle réclame une injonction contre la publicité jugée trompeuse, une modification des pratiques de promotion et des pénalités financières à l’encontre des fabricants. Autrement dit, San Francisco souhaite agir sur l’environnement commercial qui entoure les produits ultra-transformés, plutôt que sur leur existence même, en s’appuyant sur la justice civile californienne.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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