La France handicape sa compétitivité économique par un système scolaire égalitariste qui ne reconnait pas les différences de potentiels intellectuels. Contrairement aux modèles anglo-saxon, nord-européen et asiatique, le pays n’adapte qu’exceptionnellement son enseignement aux élèves surdoués, ce qui nuit à la performance globale du système éducatif.
En finir avec l’égalitarisme scolaire

Cet article est la suite de celui-ci : https://www.economiematin.fr/la-france-doit-mieux-concretiser-lintelligence
Dans un monde où la concurrence économique est exacerbée, la France est handicapée par son système scolaire égalitariste. En effet, l’égalitarisme scolaire français est une exception parmi les différents pays du monde. Presque tous ceux-ci prennent effectivement en considération, dans leur système éducatif, les différences de potentiels intellectuels. Leur reconnaissance se traduit concrètement selon des modalités variées. Celles-ci peuvent être classées en trois principales catégories :
Des adaptations pédagogiques spécifiques, sans classes spéciales
* La possibilité de sauter une classe (et/ou d’avancer le début de la scolarité)
*L’instauration de classes ou d’établissements spécifiquement destinés aux surdoués
En France, des mesures de tels types ne sont mises en œuvre qu’à titre exceptionnel, et ne bénéficient donc qu’à une minorité d’élèves surdoués. Au contraire, dans la grande majorité des pays, la plupart des surdoués bénéficient réellement d’un enseignement adéquat. Dans ce domaine, on peut distinguer trois modèles : anglo-saxon, nord-européen, asiatique.
- Modèle anglo-saxon
Les pays anglo-saxons sont réputés pour la qualité de leur enseignement supérieur. Dans l’ensemble de leur système scolaire, ils privilégient la sélection, qui induit la différentiation de filières, ce qui est globalement favorable à la progression des surdoués. Mais cette différentiation se base davantage sur les résultats que sur les potentialités intellectuelles, ce qui peut être défavorable à certains surdoués dont les difficultés d’intégration (sociale, familiale, éducative…) nuisent à leurs résultats scolaires. Ceci peut expliquer que les pays anglo-saxons (qui figurent parmi les plus riches) obtiennent, certes, des résultats scolaires supérieurs à la moyenne, mais qui sont moins bons que ceux des pays du nord de l’Europe ou de l’est de l’Asie.
- Modèle de l'Europe du Nord
Les pays de l’Europe du Nord (plus particulièrement la Finlande, les Pays-Bas, la Suède et le Danemark) veillent à l’épanouissement de tous les élèves, par un enseignement adapté aux besoins éducatifs de chacun, sans réticence à l’égard des surdoués. Pour cela, leurs systèmes scolaires sont suffisamment souples, combinant classes destinées aux surdoués et adaptations pédagogiques dans des classes non spécifiques. Il n’est donc pas étonnant que tous les pays scandinaves figurent parmi les 20 pays les mieux classés au palmarès international des systèmes scolaires PISA.
- Modèle asiatique
Les pays de l’est de l’Asie (Chine, Taïwan, Corée du sud, Japon) pratiquent, à la fois, une forte sélection et une différentiation pédagogique en faveur des surdoués, qui bénéficient de classes spécifiques. Il en résulte (entre autres avantages) une recherche appliquée très performante, aboutissant à des avancées remarquables en matière de hautes technologies. On peut noter que la Corée du sud et la Chine (dont Hong-Kong et Macao, plus spécialement) sont placés en tête du classement PISA, Taïwan et le Japon en étant très proches.
Une réforme serait profitable à tous
Un phénomène significatif se dégage des comparaisons internationales : les pays qui agissent le mieux dans l’enseignement des surdoués sont, aussi, ceux qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires globaux. On doit donc réfuter l’idée que l’adaptation de l’enseignement aux surdoués se ferait au détriment des autres élèves. C’est même le contraire qu’on observe. Ce n’est pas étonnant car l’hétérogénéité des classes ne nuit pas seulement aux surdoués mais aussi à beaucoup d’autres élèves, surtout parmi les moins doués !
Une bonne évaluation est nécessaire
Pour pouvoir s’adapter aux différences de potentiels intellectuels, il faudrait d’abord les évaluer pour chaque élève. Or l’Education Nationale, sous l’influence de l’idéologie égalitariste, n’organise pas de tests de Q.I. systématiques. Ils seraient pourtant nécessaires, au moins au début du la première année de l’enseignement primaire (cours préparatoire).
La plupart des élèves surdoués ne sont donc pas détectés, et même lorsqu’ils le sont, l’Education Nationale est, globalement, défaillante dans la prise en compte de leurs particularités. Cette prise en compte est assurée seulement par une minorité d’enseignants, la majorité d’entre eux y étant opposés idéologiquement ou insuffisamment informés sur cette question. Il leur manque une formation solide sur ce sujet.
Par ailleurs, plus généralement, on peut déplorer la carence de l’Education Nationale en matière de suivi psychologique des élèves présentant, en classe, des troubles dans leur comportement ou un mal-être (ennui, manque de motivation...). Concrètement, aux différentes étapes de la scolarité, il serait intéressant de demander à chaque élève, et (séparément) à ses parents, de répondre à un questionnaire psychologique. Celui-ci pourrait les interroger sur l’éventuelle constatation de caractéristiques psychologiques spécifiques des surdoués, ce qui permettrait de les détecter (sous réserve d’une confirmation par un test de Q.I.).
Il faudrait une réforme radicale
Une meilleure prise en compte de la diversité des potentialités intellectuelles nécessite, à la fois, une réforme du système scolaire (général) et (en son sein) un enseignement adapté aux besoins pédagogiques particuliers des surdoués. Elle peut être atteinte soit par une simple réforme du système scolaire actuel, soit par une profonde refonte de ce système. Dans les deux cas, la pédagogie doit être adaptée aux besoins éducatifs spécifiques des surdoués.
Depuis quelques années, le système scolaire officiel permet certains aménagements favorables à l’adaptation de l’enseignement aux hauts potentiels. Ces aménagements pourraient être étendus et renforcés. Ils devraient, surtout, être rendus réellement accessibles à tous les enfants surdoués, car peu de ceux-ci en bénéficient actuellement, à cause d’un manque d’informations et, surtout, des réticences (ou même de l’opposition) d’une grande partie des milieux de l’enseignement (enseignants, associations de parents d’élèves, cadres de l’Education Nationale...).
La réforme scolaire nécessaire
Une bonne adaptation aux surdoués du système scolaire actuel nécessite donc, impérativement, la détection systématique des élèves concernés et l’intégration de leurs besoins éducatifs spécifiques dans la formation des enseignants.
L’idéal serait que les écoles primaires et les collèges prennent radicalement en considération, dans leur organisation, les différences de potentialités intellectuelles. Dans le primaire, on conservait les 5 années d’enseignement pour 70% des élèves. Le parcours serait ramené à 4 années pour les 5% des plus doués, et il serait allongé à 6 années pour les 25% les plus exposés à l’échec scolaire.
La même démarche serait appliquée au collège, induisant une scolarité durant de 3 à 5 ans. Ceci supprimerait les sauts de classe et réduirait fortement les redoublements, qui sont globalement dommageables. En effet, un saut de classe cause des lacunes, auxquelles un haut potentiel intellectuel ne remédie pas sans des enseignements complémentaires adaptés. Quant au redoublement, il provoque fréquemment le découragement et la démotivation du redoublant.
Une telle réforme peut paraître trop coûteuse mais il faut considérer qu’elle réduirait l’échec scolaire et donc les coûts (directs et indirects) qu’il entraîne, notamment en matière de délinquance et de manque de qualification professionnelle. De plus, elle permettrait une meilleure concrétisation des hauts potentiels. L’accès au lycée étant soumis à une sélection, il n’est pas indispensable d’instaurer des voies différenciées conduisant au bac (qui, de plus, comporte la mention « très bien » reconnaissant l’excellence). Cependant, des classes de niveau seraient très profitables à tous les lycéens.
L’ensemble de la refonte proposée ci-dessus induirait une forte élévation du niveau des bacheliers les plus doués. Ceci permettrait d’accroître largement les effectifs des filières d’excellence de l’enseignement supérieur (grandes écoles, écoles d’ingénieurs...). De plus, ces filières pourraient ainsi ajouter une année d’études à leur cursus, grâce à l’abaissement de l’âge d’obtention du bac par les surdoués. Le niveau universitaire serait ainsi rehaussé, ce qui serait forcément bénéfique pour notre économie.
