Quelles perspectives pour la politique monétaire américaine ?

Claudia Panseri, Chief Investment Officer d’UBS Wealth Management France, analyse les perspectives de la Réserve fédérale américaine sous la présidence de Kevin Warsh. Alors que la croissance reste soutenue mais la consommation ralentit, UBS anticipe un maintien des taux en juin avant une baisse de 25 points de base en fin d’année. La banque centrale européenne, elle, devrait poursuivre son resserrement monétaire.

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By Claudia Panseri Published on 17 juin 2026 6h39
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dette, usa, remboursement, intérêts, powell - © Economie Matin
80 DOLLARSLe baril de pétrole a chuté sous les 80 dollars.

La Réserve fédérale américaine (Fed) se réunira les 16 et 17 juin sous la présidence de Kevin Warsh, devenu le dix-septième président de l'institution lors d'une cérémonie symbolique à la Maison Blanche, une première depuis 1987. Jerome Powell, après huit années à la tête de la Fed, demeure au conseil des gouverneurs : une situation inédite depuis près de 80 ans, perçue comme un signal fort en faveur de l'indépendance de la banque centrale face aux tensions avec la présidence Trump.

Warsh prend ses fonctions à un moment charnière pour la politique monétaire américaine : la croissance reste soutenue par l'investissement, tandis que la consommation ralentit et que l'inflation demeure élevée. Le conflit en Iran n'a pas remis en cause la dynamique : au premier trimestre, la croissance du PIB est restée en ligne avec la tendance, le repli de la consommation étant compensé par la progression des investissements en intelligence artificielle. L'impact du pétrole et des droits de douane sur l'inflation devrait culminer cet été, avant de s'atténuer au second semestre. Dans ce contexte, nous anticipons une baisse des taux directeurs de la Fed en fin d'année.

Warsh prend la tête de la Fed en affichant trois orientations globalement accommodantes. Il considère que l'intelligence artificielle exerce une pression désinflationniste durable : selon lui, la vague de productivité liée à l'IA pourrait permettre à la Fed de baisser ses taux sans risquer de raviver l'inflation. L'IA devrait, d'après Warsh, accroître la production par travailleur et réduire les coûts marginaux, rendant la plupart des biens et services moins chers. Il invite ainsi les décideurs à anticiper ces gains de productivité, même s'ils ne sont pas encore pleinement reflétés dans les statistiques officielles.

Warsh pense qu'une diminution de la taille du bilan de la Fed pourrait réduire les pressions inflationnistes et offrir une marge de manœuvre pour abaisser les taux directeurs. Il estime que la Fed ne devrait plus détenir d'obligations d'État à long terme, car cela fausse artificiellement le coût de financement du gouvernement et brouille la frontière entre politique monétaire et budgétaire. Il préconise une réduction lente du bilan coordonnée avec le Trésor, afin d'aligner les avoirs de la Fed sur les émissions du gouvernement.

Warsh privilégie les mesures d'inflation « ajustées », qui excluent les variations extrêmes ponctuelles, à la hausse comme à la baisse. Selon lui, cela donne une image plus fidèle de la tendance sous-jacente de l'inflation, contrairement à l'inflation dite « core » qui exclut systématiquement l'alimentation et l'énergie, quel que soit leur niveau de prix. Il préfère aussi viser une fourchette-cible plutôt qu'un objectif strict de 2,0 %. Dans le contexte actuel, cela implique une posture plus accommodante.

Au-delà des changements liés à l'arrivée de Warsh, trois facteurs supplémentaires pourraient ouvrir la voie à de nouvelles baisses de taux :

  • Le départ probable de Powell de la Fed avant la fin de l'année, qui offrirait la possibilité de nommer un successeur plus favorable à des baisses de taux.
  • Un repli attendu des prix du pétrole, à mesure que le conflit au Moyen-Orient se résorbe.
  • Un marché du travail qui devrait rester flexible, l'IA contribuant à réduire le nombre d'offres d'emploi malgré une économie globalement solide.

Dans ce contexte, il est probable que la Fed maintienne ses taux d'intérêt inchangés lors de la réunion des 16 et 17 juin, avant d'envisager une baisse de 25 points de base en fin d'année.

Que peut-on attendre de la BCE la semaine prochaine ?

La banque centrale européenne se réunit le 11 juin. Après avoir abaissé ses taux de manière rapide au cours des deux dernières années, la BCE affiche désormais une politique monétaire neutre. La BCE par rapport à la Fed accorde sa priorité à la lutte contre l'inflation plutôt qu'à la croissance. Dans ce contexte, nous prévoyons une hausse de taux de la BCE en juin, suivie d'une seconde en juillet. Le calendrier des ajustements demeure incertain et dépendra des prochaines données économiques : il est donc possible que la BCE reporte la deuxième hausse à septembre.

Panseri

Chief Investment Officer chez UBS WM France

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