Depuis le début de l’année, les marchés actions asiatiques affichent de solides gains, mais ces résultats masquent un écart marqué entre le Nord et le Sud du continent. Jusqu’à présent, la croissance solide des bénéfices compense les facteurs négatifs. Le boom mondial des investissements en capital liés à l’IA et la pénurie record de mémoire vive ont fortement dopé les résultats à Taïwan et en Corée du Sud
Asie : essor du Nord, défis au Sud

Avec une chaîne d’approvisionnement des capacités de calcul qui représente plus de 40 % de l’indice Asia ex-Japan, nous prévoyons désormais que la région affichera une croissance des bénéfices de 62 % cette année, au-dessus du consensus et plus de trois fois supérieure à nos attentes pour le S&P 500.
Mais les bénéfices sont inégalement répartis dans la région. Alors que l’Asie du Nord a fortement rebondi, les marchés d’Asie du Sud et du Sud-Est, moins exposés à la tech et plus sensibles aux chocs pétroliers, restent en deçà de leurs niveaux d’avant-guerre. Et si l’impact économique des perturbations énergétiques a été jusqu’ici limité grâce aux réserves et au rationnement, la hausse des prix du pétrole commence à alimenter l’inflation et à peser sur la demande. Si le choc énergétique devait se prolonger, les Philippines et l’Inde compteraient parmi les économies les plus exposées, en raison de leur forte dépendance énergétique et de marges de manœuvre budgétaires limitées. À l’inverse, une normalisation des flux énergétiques pourrait permettre aux marchés les plus en retard de se redresser.
Si les actions globales ont fortement rebondi, les taux restent nettement supérieurs à leurs niveaux d’avant-guerre. Les marchés anticipent désormais une hausse de taux de la Réserve fédérale d’ici l’année prochaine, après des chiffres d’inflation aux États-Unis supérieurs aux attentes, alors qu’avant la guerre, deux baisses de taux étaient attendues cette année. Mais nulle part les inquiétudes liées à l’inflation ne sont plus évidentes qu’au Japon, où le rendement des obligations d’État à 10 ans a atteint son plus haut niveau depuis trente ans et où le 30 ans a dépassé son sommet historique de 4 %.
Comment les investisseurs doivent-ils se positionner ? Les bases sont solides et les bénéfices augmentent, ce qui nous rend confiants sur les actions. L’Asie profite du développement de l’IA grâce à de gros investissements. En plus des entreprises du secteur des mémoires, il y a aussi des opportunités dans les chaînes CPU et back-end (ensemble des équipements et des étapes situés en bout de la chaîne de production dans l’industrie technologique), qui sont bien placées et profitent de la forte demande.
Même en excluant la Corée du Sud et Taïwan, nous prévoyons une croissance des bénéfices de l’Asie hors Japon comprise entre 10 et 11 % sur les deux prochaines années. Les premiers signes tangibles de monétisation de l’IA dans les résultats récents du secteur technologique chinois, jusqu’ici en retrait, sont particulièrement encourageants. L’amélioration des revenus récurrents et des marges devrait permettre aux leaders chinois de réduire l’écart de valorisation avec leurs pairs mondiaux.
Fait notable, la base industrielle chinoise bénéficie du cycle mondial d’investissement dans l’IA, avec une demande internationale soutenue pour les équipements électriques et les solutions de stockage d’énergie, alors que les économies cherchent à renforcer leur résilience énergétique dans le contexte du conflit iranien. Parallèlement, l’accélération de la transition énergétique favorise le développement des chaînes d’approvisionnement de la tech verte en Chine.
Pourquoi les actifs japonais sont-ils aussi bien positionnés ? Les actions japonaises ont connu un fort rebond cette année, portées initialement par les valeurs liées à l’IA, mais la progression s’étend désormais à d’autres segments. L’indice TOPIX affiche une hausse de 13 % depuis le début de l’année, bien qu’une partie du marché n’ait pas encore retrouvé ses niveaux d’avant-conflit. Le contexte macroéconomique demeure favorable : la croissance du PIB reste supérieure à la tendance, les exportations sont dynamiques et la demande intérieure se montre suffisamment résiliente pour justifier des perspectives positives. Le soutien des politiques publiques reste un facteur clé, avec des mesures pro-croissance, des réformes de la gouvernance d’entreprise et une progression régulière des investissements qui contribuent à la confiance des investisseurs.
Les valorisations apparaissent légèrement élevées (PER prospectif de 16,7x pour le TOPIX), mais la progression du rendement des fonds propres justifie désormais une fourchette de valorisation supérieure à celle observée par le passé. Nous anticipons une croissance des bénéfices d’environ 7 % pour l’exercice 2026 et voyons encore du potentiel de hausse pour le marché. Le redémarrage du cycle manufacturier mondial devrait également soutenir l’ensemble des secteurs, compte tenu du profil cyclique du marché japonais et de ses liens internationaux. Nous nous attendons à ce que le leadership s’élargisse au-delà de l’IA, à mesure que la visibilité sur les bénéfices s’améliore dans les autres secteurs.
Certes, la perspective de taux d’intérêt plus élevés représente un risque : nous prévoyons deux hausses de taux de la Banque du Japon en 2026. Les rendements pourraient rester élevés, soutenus par des anticipations d’inflation plus fortes et certaines inquiétudes budgétaires.
Des risques persistent — notamment la possible perturbation de l’approvisionnement en produits pétroliers, la volatilité du yen et des taux, ou un ralentissement mondial — mais la combinaison d’une croissance économique supérieure à la tendance, d’un environnement politique favorable, de réformes en cours, et d’une amélioration du rendement pour les actionnaires place le Japon en bonne position pour poursuivre sa progression. Le marché japonais constitue ainsi un diversificateur attractif dans les portefeuilles mondiaux, avec une structure sectorielle qui bénéficie à la fois du redémarrage cyclique mondial et des tendances structurelles liées à l’IA. Pour les investisseurs, nous identifions les opportunités les plus intéressantes dans les banques (bénéficiaires de la hausse des taux JGB), la défense, les entreprises exposées à l’investissement IA et aux chaînes d’approvisionnement des data centers, ainsi que parmi les retardataires comme les sociétés de négoce.
