Un an après, quel bilan pour le plan de redressement d’Atos de Philippe Salle ?

Un an après son lancement, le plan « Genesis » d’Atos entre dans une phase décisive. Présenté au printemps 2025 par Philippe Salle, arrivé quelques mois plus tôt à la tête du groupe, ce programme de transformation devait marquer la sortie de crise d’un acteur historique du secteur informatique français, fragilisé par plusieurs années de pertes, de restructurations financières et d’instabilité managériale.

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By La rédaction Published on 28 mai 2026 9h45
Redressement Atos
Un an après, quel bilan pour le plan de redressement d’Atos de Philippe Salle ? - © Economie Matin

Douze mois plus tard, les premiers indicateurs suggèrent un retour progressif à une forme de stabilité. Le groupe a retrouvé un dynamisme commercial, engagé plusieurs cessions d’actifs, sécurisé de nouveaux financements et clarifié sa stratégie autour de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et des infrastructures critiques. Même si Atos reste engagé dans une transformation de long terme, le groupe est parvenu à sortir de la phase d’urgence qui dominait encore il y a un an.

Lorsque Philippe Salle dévoile Genesis en mai 2025, le contexte est particulièrement tendu. Atos vient d’achever une vaste restructuration financière ayant permis de réduire sa dette d’environ 2,1 milliards d’euros, après des mois de négociations avec ses créanciers. Le groupe, longtemps considéré comme l’un des principaux acteurs européens des services numériques, sort affaibli d’une succession d’erreurs stratégiques, de dépréciations massives et de changements de direction.

Le nouveau dirigeant fixe alors une ligne claire : simplifier profondément l’organisation, recentrer le portefeuille d’activités et restaurer progressivement la rentabilité. « Atos is back », affirme Philippe Salle lors de la présentation du plan Genesis, conçu comme une feuille de route de transformation à horizon 2028.

Première décision symbolique : l’abandon du projet de scission d’Atos en deux entités. Imaginée sous les précédentes directions, cette séparation devait isoler les activités historiques d’infogérance, des métiers jugés plus porteurs, comme la cybersécurité ou le calcul haute performance. Philippe Salle choisit finalement de conserver un groupe intégré, estimant qu’une fragmentation affaiblirait la capacité d’Atos à rester un acteur mondial.

Le plan Genesis vise ainsi un retour autour de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2028. À court terme, la priorité porte surtout sur la remise en ordre opérationnelle. Atos s’est engagé dans une simplification importante de son organisation, désormais structurée autour de grandes zones régionales, avec une réduction des coûts généraux et une rationalisation de son portefeuille d’offres.

Cette simplification passe également par une simplification des marques : deux marques principales au sein d’Atos Group : Atos pour les services dont l’entité de consulting appelée Atos Amplify et Eviden pour les produits et systèmes, ainsi qu’Atos Amplify.

Cette simplification se traduit également par une forte réduction du nombre de services proposés. Le groupe prévoit de diminuer drastiquement l’offre de  son catalogue afin de se concentrer sur 6 lignes de services jugées prioritaires qui reposent sur trois piliers technologiques : l’IA agentique, la souveraineté digitale et la cybersécurité. Pour les observateurs, cette clarification constitue l’un des changements les plus structurants du plan Genesis, après des années durant lesquelles Atos avait progressivement accumulé des activités très diverses et parfois peu lisibles.

Parallèlement, le groupe poursuit une revue approfondie de ses contrats et de ses implantations géographiques. Plusieurs activités ou contrats considérés comme insuffisamment rentables ont été abandonnés ou renégociés. Cette politique continue encore de peser ponctuellement sur le chiffre d’affaires, notamment en Amérique du Nord, mais elle est présentée par la direction comme une condition nécessaire au retour de marges plus solides.

Atos a également engagé plusieurs opérations de cession ciblées. Le groupe a récemment finalisé la vente de ses activités sud-américaines au brésilien Semantix, dans le cadre de sa stratégie de recentrage géographique et financier. Cette opération doit contribuer à renforcer la structure financière du groupe tout en concentrant les investissements sur les activités jugées les plus stratégiques.

Sur les sujets souverains, la stratégie a toutefois évolué. Alors que certaines discussions avaient été engagées avec l’État autour d’activités sensibles liées au calcul haute performance, Atos Group a finalement choisi de conserver plusieurs actifs stratégiques dans la défense et les systèmes critiques, regroupés au sein de la marque Eviden sous le nom Mission Critical Systems (MCS). Dans un contexte géopolitique plus tendu, ces activités ont pris une importance accrue au sein du groupe.

Le volet technologique du plan Genesis repose largement sur l’intelligence artificielle Philippe Salle a clairement identifié l’IA comme l’un des principaux leviers de transformation et de croissance d’Atos, en s’appuyant notamment sur les compétences historiques du groupe dans le domaine de la souveraineté, des infrastructures critiques et de la cybersécurité.

Cette stratégie commence à se traduire sur le plan commercial. Ces derniers mois, Atos a annoncé plusieurs contrats significatifs, notamment un partenariat stratégique avec l’assureur américain CNA autour des infrastructures critiques et de la cybersécurité. L’accord, évalué à environ 500 millions de dollars sur sa durée potentielle, a été perçu comme un signal positif par les marchés et comme un indicateur du maintien de la capacité d’Atos à remporter de grands contrats internationaux.

Le groupe a également poursuivi le renforcement de sa structure financière. Début mai 2026, Atos a annoncé une émission d’obligations sécurisées à échéance 2031 ainsi qu’une nouvelle ligne de crédit renouvelable destinée à améliorer sa visibilité financière à moyen terme.

Sur les marchés, la perception du groupe semble progressivement évoluer. Après plusieurs années marquées par les inquiétudes autour de la dette, de la gouvernance et de la pérennité du modèle économique, certains investisseurs considèrent désormais que le groupe retrouve une trajectoire plus lisible. Le respect du calendrier annoncé dans Genesis est régulièrement mis en avant par les analystes suivant le dossier.

Pour autant, le redressement reste un chantier de longue haleine. Atos évolue dans un marché particulièrement concurrentiel, dominé par les grands acteurs mondiaux du cloud, des infrastructures numériques et de l’IA. Le groupe devra encore démontrer sa capacité à retrouver une croissance durable tout en maintenant sa discipline opérationnelle.

Mais un an après son lancement, Genesis apparaît déjà comme un tournant stratégique majeur pour Atos. Le groupe semble avoir retrouvé une direction claire, une structure plus cohérente et un positionnement recentré sur des activités jugées différenciantes. Dans un secteur technologique européen en pleine recomposition, Philippe Salle cherche désormais à convaincre qu’Atos peut encore jouer un rôle de premier plan sur les sujets de souveraineté numérique, d’intelligence artificielle et de cybersécurité.

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