Une « année blanche » pour le budget 2026 ?

Le gouvernement envisage une « année blanche » budgétaire et fiscale pour 2026. Ceci pour réduire drastiquement le déficit public, attendu à 5,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, et le ramener à 4,6 %. Concrètement, il s’agirait de geler l’ensemble des dépenses publiques et les barèmes fiscaux à leur niveau actuel. Une stratégie radicale, mais dont les modalités, encore floues, cristallisent tensions et résistances dans tous les rangs.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 6 juin 2025 14h00
Budget 2026 : quel l’impact d’une « année blanche » sur les finances publiques ?
Une « année blanche » pour le budget 2026 ? - © Economie Matin

Quel l’impact d’une « année blanche » sur les finances publiques ?

Figer les dépenses. Suspendre toute revalorisation. Freiner l’automatisme budgétaire. C’est le cœur de l’« année blanche », un concept qui, au premier regard, paraît aussi brutal qu’efficace. En apparence, la recette est simple : pas d’augmentation des budgets ministériels, pas de hausse des prestations sociales, et surtout, pas d’indexation sur l’inflation. Selon les chiffres dévoilés par Les Échos, une telle opération pourrait dégager jusqu’à 25 milliards d’euros. Un gel des dépenses de l’État représenterait environ 10 milliards d’euros, celui de l’assurance maladie (ONDAM) jusqu’à 6 milliards, des prestations sociales 7 milliards, et des dotations aux collectivités locales 4 milliards.

Une addition arithmétique séduisante, mais conditionnée à l’absence de toute exception. « Il faut bien essayer de trouver des choses faisables. En gelant, on essaie au moins de bloquer la machine infernale », résume le sénateur centriste Hervé Marseille. Mais tout le monde ne partage pas cet optimisme. François Ecalle, fondateur du site Fipeco et spécialiste reconnu des finances publiques, tempère dans des propos rapportés par Les Echos : « Si l'on considère que la dépense publique augmente en moyenne comme les prix, une sous-indexation générale de 1 % rapporterait au maximum 17 milliards d’euros ». Autrement dit, les économies seraient significatives, mais très inférieures aux ambitions de Bercy.

L’« année blanche » et le gel des prestations sociales : une équation à risque

Pour atteindre les objectifs fixés par le ministère de l’Économie, il ne suffira pas de contenir les dépenses de fonctionnement. Il faudra aussi s’attaquer à un sujet politiquement explosif, les prestations sociales. Retraites, RSA, allocations familiales… autant de lignes budgétaires généralement indexées sur l’inflation. Le député Renaissance Mathieu Lefèvre ne s’en cache pas, il milite pour une « année blanche fiscale », impliquant une absence totale de revalorisation.

Le gouvernement, de son côté, reste sur une ligne plus prudente. « Plein de pistes (…) sont sur la table », a déclaré la ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet sur BFMTV le 5 juin 2025, tout en refusant de confirmer cette option. À gauche comme à droite, les critiques pleuvent. Hervé Marseille l’assure dans le quotidien : « Une année blanche ne peut jamais être totale, il y a forcément des exceptions politiques à discuter, notamment pour protéger les plus modestes ». Car comment justifier le gel des allocations pour les adultes handicapés ou des pensions de retraite dans un contexte où, selon l’Insee, les prix continuent malgré tout de grimper, même faiblement ?

L’épreuve politique de l’« année blanche »

Officiellement, le Premier ministre François Bayrou présentera un plan complet d’économies avant la mi-juillet. Objectif affiché : 40 milliards d’euros. Mais dans les coulisses, on sait déjà que la piste de l’« année blanche » est discutée au plus haut niveau de l’État. Fin mai, lors d’une réunion avec les représentants des collectivités territoriales, cette option a été évoquée, suscitant une vive inquiétude à un an des élections municipales. Le ministère des Finances a pourtant fixé le cap. Dans son rapport envoyé à Bruxelles, la France s’engage à ne pas faire croître ses dépenses primaires nettes de plus de 0,7 % en 2026.

Une promesse contraignante, alors même que la part de la dépense publique dans le PIB s’élève déjà à 57 %. Dans cette configuration, chaque dérogation à la règle du gel coûtera cher, en crédibilité comme en euros. Et les marges de manœuvre sont étroites. « Le gouvernement n’a pas de prise sur certaines charges, comme les intérêts de la dette ou la contribution à l’Union européenne », souligne encore François Ecalle. Les efforts devront donc forcément porter sur les budgets les plus visibles.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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