Budget 2026 : les Français sommés de se serrer la ceinture pour la survie de la Sécurité sociale

Le budget de la sécurité sociale pour 2026 dessine un tournant majeur. Face à un déficit estimé à 23 milliards d’euros en 2025, le gouvernement veut ramener l’équilibre via un arsenal de mesures ciblant la branche maladie, la branche vieillesse, et les recettes. Mais ces « économies contraintes » suscitent déjà une forte opposition populaire.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 27 octobre 2025 11h30
Budget 2026 Les Francais Sommes De Se Serrer La Ceinture Pour La Survie De La Securite Sociale
Budget 2026 : les Français sommés de se serrer la ceinture pour la survie de la Sécurité sociale - © Economie Matin

Le budget 2026 de la Sécurité sociale, actuellement examiné par l’Assemblée nationale, prévoit une série d’économies jugées indispensables pour contenir un déficit qui pourrait atteindre 23 milliards d’euros. Entre gel des pensions, limitation des arrêts maladie et encadrement des affections de longue durée, ces mesures sont contestées tant par les syndicats que par les professionnels de santé.

Un budget sous tension, entre impératif de rigueur et rejet social

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 a été présenté le 24 octobre 2025 dans un climat de fortes tensions politiques. Avec un déficit évalué à 23 milliards d’euros pour l’année en cours, contre 15,3 milliards en 2024, le gouvernement affiche sa volonté de ramener les comptes à l’équilibre d’ici 2029. Ce retour à la stabilité passe, selon Bercy, par un « effort de rationalisation » des dépenses sociales et sanitaires, un euphémisme pour désigner une politique d’économies sans précédent depuis la crise du Covid.

Le ministère des Solidarités justifie les mesures du budget 2026 de la Sécurité sociale par l’explosion des coûts de santé et du vieillissement démographique. En 2024, l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM) s’élevait déjà à 256 milliards d’euros, et il devrait atteindre 270 milliards en 2026. L’augmentation du nombre de patients atteints de pathologies chroniques, conjuguée à la progression des salaires hospitaliers et au coût des innovations thérapeutiques, met sous pression les finances publiques. À cette inflation des dépenses s’ajoute un rythme de progression des recettes plus modéré, limité à 2,6 % selon le ministère de l’Économie.

Des mesures d’économies ciblées sur les dépenses de santé

L’exécutif veut freiner la dynamique de l’assurance maladie, qui reste la principale source du déficit. L’Objectif national de dépenses d’assurance maladie (ONDAM) ne progressera que de 1,6 % en 2026, contre 3,4 % en 2025. Cette décélération implique un effort de plus de 3,9 milliards d’euros d’économies, selon la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). Ces économies doivent provenir de soixante propositions : meilleure pertinence des soins, rationalisation des prescriptions, négociations renforcées sur les prix des médicaments et développement de la prévention.

Autre levier controversé du budget 2026 de la Sécurité sociale : la réforme du régime des affections de longue durée (ALD). François Bayrou, Haut-commissaire au plan, a plaidé pour un réexamen du dispositif, estimant que certaines pathologies ne justifient plus un remboursement intégral. Cette idée, qui touche plus de 12 millions de Français, provoque une levée de boucliers dans le corps médical et parmi les associations de patients. Pour la majorité, le message reste que « chacun doit contribuer à la soutenabilité du système », selon un conseiller du ministère des Finances.

Gel des pensions et prestations : la ligne rouge du pouvoir d’achat

Le volet social du budget 2026 repose sur le gel temporaire des pensions de retraite et des principales prestations familiales. Cette mesure, présentée comme « provisoire », devrait générer environ 3,7 milliards d’euros d’économies. Elle s’ajoute au ralentissement de la revalorisation des aides au logement et à la réduction du reste à charge pour les plus hauts revenus. Pour le gouvernement, il s’agit de contenir la masse globale des transferts sociaux afin d’éviter une dérive insoutenable des comptes.

Mais sur le terrain, la colère monte. Les syndicats dénoncent un texte qui « fait payer la crise aux assurés sociaux ». Les associations de retraités évoquent une « triple peine » : inflation persistante, stagnation des pensions et hausse des franchises médicales. Ces dernières pourraient en effet être relevées de 1 à 2 euros par acte pour les consultations et les médicaments. Un signal perçu comme particulièrement injuste pour les foyers modestes, qui consacrent déjà une part importante de leur budget à la santé.

La lutte contre la fraude sociale, nouvelle priorité gouvernementale

Dans un souci d’efficacité budgétaire, le PLFSS 2026 met également l’accent sur la lutte contre la fraude. Le gouvernement table sur un renforcement des contrôles, tant sur les prestations sociales que sur les cotisations. En 2024, près de 20 milliards d’euros de fraudes publiques avaient été détectés, dont 3 milliards relevant directement de la sphère sociale. L’exécutif espère doubler ce montant d’ici 2026 grâce à la dématérialisation des échanges de données entre organismes.

Ce volet de contrôle s’accompagne d’une hausse modérée des recettes, évaluée à 16 milliards d’euros supplémentaires. Elle repose sur la bonne tenue de la masse salariale, mais aussi sur le renforcement des prélèvements sur certains produits de santé et dispositifs d’aide. Le budget global de la Sécurité sociale devrait ainsi atteindre 809 milliards d’euros en 2026, soit 9 milliards de plus qu’en 2025. Un chiffre qui illustre l’ampleur de la machine sociale française, mais aussi sa fragilité.

Des débats politiques à haut risque pour le gouvernement

L’examen du texte à l’Assemblée nationale s’annonce tendu. L’opposition, à droite comme à gauche, dénonce un « budget d’austérité déguisé ». Les Républicains s’inquiètent d’un frein brutal à la croissance, tandis que les groupes de gauche pointent une « régression sociale ». Le Rassemblement national évoque une « punition collective ». Le gouvernement, lui, défend un projet de « responsabilité » et de « réalisme budgétaire », insistant sur la nécessité de préserver la crédibilité financière de la France vis-à-vis de Bruxelles.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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