Le Premier ministre François Bayrou a confirmé, le 12 juin, ce que les ministères craignaient depuis des semaines. Les grandes orientations budgétaires pour 2026 seront dévoilées d’ici la mi-juillet. Un calendrier serré, avec un objectif brutal, réaliser quarante milliards d’euros d’économies sans recourir à la hausse des impôts. Un cap jugé intenable dans un contexte de croissance faible, de dépenses sociales élevées, et d’une majorité introuvable à l’Assemblée. L’automne prochain pourrait bien transformer cet effort budgétaire en effondrement politique.
Budget 2026 : les mesures d’économies envisagées par le gouvernement Bayrou

Première piste d’économies : gel budgétaire, le piège de « l’année blanche »
Dans le jargon gouvernemental, on parle pudiquement d’« année blanche ». Dans les faits, il s’agirait de reconduire à l’identique les enveloppes de l’exercice 2025, sans revalorisation liée à l’inflation. Résultat ? Une baisse mécanique de pouvoir d’achat pour les fonctionnaires, les retraités, les collectivités locales. Le tout pour un gain estimé entre dix et vingt milliards d’euros.
Cette stratégie de gel budgétaire n’a pas échappé à la critique frontale de Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes, cité par le Huffpost. « Ce serait ce qu’on appelle un “one shot”. On le fait une fois et après, qu’est-ce que vous faites ? Alors que ce n’est pas en 2026 qu’il faut faire des efforts, c’est en 26, 27, 28, 29 et 30 au moins. Et pour cela il faut modifier les politiques publiques ». Même au sein de la majorité, l’idée fait tousser. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, élude prudemment : « Il s’agit moins du “combien” que du “comment” », a-t-elle esquivé sur RTL.
Deuxième axe : la TVA sociale, ou le retour du totem empoisonné
Ressuscitée par François Bayrou lui-même, la TVA sociale revient hanter le débat public. Le principe est d'augmenter légèrement la taxe sur la consommation, en échange d’une baisse des cotisations patronales. Officiellement, le but est d’alléger le coût du travail pour permettre aux entreprises d’augmenter les salaires.
Officieusement, c’est une manière détournée d’engranger des recettes. Mais cette idée, déjà rejetée par le passé, divise profondément. Le Rassemblement national la qualifie de « hausse d’impôt déguisée ». La gauche dénonce une mesure injuste pour les ménages précaires. Et le patronat, pourtant favorable, admet en coulisse qu’elle ne produira pas de véritables économies.
Coup de rabot sur les niches fiscales et les crédits d’impôt
Parmi les 467 dispositifs fiscaux dérogatoires, certains sont dans le viseur du gouvernement. L’enjeu ? Identifier ceux jugés « inefficaces » ou « obsolètes » pour récupérer quelques milliards. Sont notamment concernés les crédits d’impôt liés aux services à la personne, sauf pour la garde d’enfants ou l’aide aux personnes âgées. Selon le HuffPost, près de 26 professions bénéficient aujourd’hui de ce régime avantageux.
Leur remise en cause provoquera sans doute un tollé. Autre chantier évoqué, la réduction des opérateurs de l’État. Certaines agences pourraient être supprimées ou fusionnées, à l’exception des universités. Ce processus, amorcé discrètement, pourrait générer 2 à 3 milliards d’euros.
Santé : vers une remise en cause des ALD ?
Le ministre de la Santé, Yannick Neuder, a entrouvert la porte à une réforme explosive : la révision du périmètre des affections longue durée (ALD). Aujourd’hui, douze millions de Français sont couverts à 100 % pour certaines pathologies chroniques.
Mais Yannick Neuder a semé le doute sur LCP : « Est-ce que c’est un gros mot de dire que par moments il faudra réévaluer l’affection longue durée, quand par exemple un patient est considéré en rémission complète ? ». La mesure pourrait épargner jusqu’à 500 millions d’euros, selon un rapport de l’Inspection générale des finances publié en 2024. Une économie modeste, mais un potentiel incendiaire pour l’opinion publique.
Fonction publique : la tentation du sabre
Dernière cartouche évoquée, et non des moindres. La réduction du nombre de fonctionnaires. Le ministre de l’Économie, Éric Lombard, a récemment admis dans des propos rapportés par le HuffPost : « L’année dernière, il y a eu une augmentation importante du nombre de fonctionnaires qui a participé au dérapage budgétaire ».
En 2023, 62 000 agents ont été recrutés, portant le total à 5,8 millions. Mais qui couper ? Les enseignants ? Les personnels hospitaliers ? En pleine crise de confiance dans les services publics, la marge est étroite. Le gouvernement n’a donné aucun détail.
