Le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans a atteint 12,4% en 2025, affectant 67 millions de personnes dans le monde. L’intelligence artificielle détruit les emplois d’entrée traditionnels, fragilisant le pouvoir d’achat des jeunes ménages et ralentissant la croissance économique. En France, la situation s’aggrave avec un taux de 21,6% au deuxième trimestre 2026.
Le chômage des jeunes a augmenté à 12,4% dans le monde en 2025

À 12,4% en 2025, le taux de chômage des jeunes dans le monde atteint un niveau préoccupant. Derrière ce chiffre se cache une réalité plus sombre : 67 millions de personnes âgées de 15 à 24 ans cherchent activement un emploi sans en trouver, tandis que 257 millions de jeunes ne travaillent, n'étudient ni ne se forment. L'intelligence artificielle accélère la destruction des emplois d'entrée traditionnels qui servaient de tremplin à une génération entière. Les conséquences macroéconomiques de cette exclusion massive pèsent déjà sur la consommation, l'épargne et la croissance mondiale.
Les chiffres qui alarment : 67 millions de jeunes sans emploi dans le monde
L'Organisation internationale du travail (OIT) a publié le 11 août 2026 son rapport annuel sur l'emploi des jeunes, révélant une hausse du taux de chômage mondial de 0,1 point entre 2024 et 2025. Si l'augmentation paraît modeste, elle s'inscrit dans une tendance lourde : entre 2023 et 2025, huit des onze sous-régions du monde ont enregistré une hausse simultanée du chômage et du taux de jeunes inactifs. Les régions les plus touchées incluent l'Amérique du Nord, l'Afrique du Nord et plusieurs zones européennes (Nord, Sud, Ouest). Cette progression inquiète les économistes car elle reflète un ralentissement structurel de la création d'emplois accessibles aux primo-arrivants sur le marché du travail.
Le phénomène NEET : 257 millions de jeunes hors du système productif
Au-delà du chômage stricto sensu, 257 millions de jeunes dans le monde ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, soit environ 20% de la population jeune mondiale. Sara Elder, responsable au Département des politiques de l'emploi de l'OIT, tire la sonnette d'alarme : "Lorsque le taux de chômage et le taux de NEET augmentent simultanément, nous tirons la sonnette d'alarme." Ce double mouvement signale une crise structurelle. Les jeunes exclus du système productif et éducatif ne cumulent ni expérience professionnelle, ni compétences nouvelles, ce qui compromet leur employabilité future et pèse sur le potentiel de croissance des économies. Pour les ménages, l'impossibilité d'accéder à un revenu stable retarde l'entrée dans la consommation, freine l'accès au crédit et réduit les perspectives d'accumulation patrimoniale.
Comment l'intelligence artificielle redéfinit les postes d'entrée
Sukti Dasgupta, directrice du Département de l'emploi, des compétences et des entreprises durables à l'OIT, alerte sur l'impact de l'IA : "Si 10% de ces emplois exposés à l'IA venaient à disparaître, 5,6 millions de jeunes actifs, principalement dans les pays à revenu élevé, seraient confrontés au chômage, à un changement de métier ou à une sortie du marché du travail." Actuellement, 6,1% des emplois occupés par les 15-29 ans se situent dans des professions fortement exposées aux changements liés à l'automatisation. Les algorithmes remplacent progressivement les tâches répétitives et codifiables qui constituaient historiquement les portes d'entrée du marché du travail : saisie de données, gestion administrative de base, support client standardisé.
La disparition progressive des emplois administratifs, commerciaux et techniques
Les emplois d'entrée traditionnels dans les secteurs du bureau, de l'administration, des services, de la vente, du manufacturier et des professions techniques sont en diminution progressive. Ces postes offraient aux jeunes sans expérience une première insertion professionnelle, un salaire modeste mais régulier, et une formation sur le terrain. Leur disparition crée un vide entre les diplômes académiques et les exigences du marché. Les entreprises recherchent désormais des profils immédiatement opérationnels, maîtrisant des compétences techniques avancées, ce qui exclut les jeunes en quête d'apprentissage. L'OIT documente cette transformation qui bouleverse les trajectoires professionnelles et rallonge les périodes de transition entre études et emploi stable.
Implications macroéconomiques : croissance ralentie et consommation fragilisée
L'OIT identifie plusieurs facteurs macroéconomiques aggravants : "Le ralentissement de la croissance économique, la faiblesse des créations d'emplois, les tensions géopolitiques et l'accélération des changements technologiques conduisent les pays vers une nouvelle crise de l'emploi des jeunes." La croissance mondiale s'essouffle, les investissements productifs stagnent et les entreprises privilégient l'optimisation de leur masse salariale via l'automatisation plutôt que l'embauche. Les jeunes, derniers arrivés sur un marché saturé, subissent de plein fouet ce rationnement de l'emploi. Les tensions géopolitiques perturbent les chaînes de valeur internationales, réduisant les opportunités dans les secteurs exportateurs qui employaient traditionnellement une main-d'œuvre jeune et peu qualifiée.
Pouvoir d'achat des jeunes ménages en péril
L'exclusion prolongée de 67 millions de jeunes du marché du travail pèse sur la demande globale. Sans revenu stable, les jeunes adultes reportent leurs projets de consommation : achat automobile, équipement du logement, loisirs. Ils restent plus longtemps chez leurs parents, réduisant la demande de logements locatifs et immobiliers. Leur capacité d'épargne s'effondre, limitant leur accès au crédit et leur résilience face aux chocs économiques. Pour les économies développées, où la consommation des ménages représente 60 à 70% du PIB, la marginalisation d'une classe d'âge entière constitue un frein structurel à la croissance. Les entreprises, constatant la faiblesse de la demande, hésitent à investir et à embaucher, créant un cercle vicieux.
