Au cours des dernières semaines, les risques de disruption liés à l’IA ont été au centre des préoccupations du marché. Les valeurs du secteur logiciel ont particulièrement souffert, l’indice MSCI Software and Services affichant une baisse de 16 % depuis le début de l’année. Nous prévoyons que la volatilité restera élevée dans les prochaines semaines, la question de la monétisation étant cruciale alors que les investisseurs s’interrogent sur l’impact potentiel de l’IA sur les modèles économiques.
La correction du secteur des logiciels souligne la nécessité de diversification

Les marchés différencient de plus en plus les bénéficiaires de l’IA des retardataires. Après trois années de fortes progressions soutenues par l’essor des investissements en capital, les investisseurs n’accordent désormais de la valeur aux dépenses en IA que lorsqu’elles se traduisent par une croissance durable du chiffre d’affaires. Comme lors des précédents cycles d’innovation, les entreprises qui exploitent les nouvelles technologies pour améliorer leurs performances devraient en tirer des bénéfices financiers concrets. L’IA continuant de transformer l’ensemble des secteurs, nous pensons que la récente correction n’est probablement pas un phénomène isolé.
L’IA est appelée à provoquer un essor de productivité sans précédent, dont l’ampleur reste largement sous-estimée. Pourtant, son potentiel de disruption est également minimisé, même s’il semble secondaire au regard de ses bénéfices. L’IA va rendre tous les produits et services digitaux plus intelligents, qu’il s’agisse de logiciels applicatifs ou de publicité. Elle ne se limite pas à un simple algorithme : il s’agit d’un logiciel à part entière, capable notamment de générer du code. Les outils de développement basés sur l’IA ont déjà permis des gains de productivité supérieurs à 50 % pour les développeurs. Ce que le marché a sous-estimé, c’est la rapidité avec laquelle les agents IA pourraient remplacer les logiciels existants.
Les multiples de valorisation du secteur logiciel ont nettement reculé, alors que les prévisions de croissance restent élevées. Le ratio cours/ bénéfices prospectif est passé de 35x en 2025 à 22x aujourd’hui, atteignant son niveau le plus bas depuis 2019 et la plus faible prime par rapport à la moyenne du S&P 500 sur la dernière décennie. Pourtant, les marges bénéficiaires actuelles et les estimations consensuelles de croissance du chiffre d’affaires sont à leur plus haut niveau depuis au moins vingt ans. En filigrane, la baisse des valorisations reflète l’anticipation d’un ajustement à la baisse de ces prévisions.
La question ne porte pas sur les bénéfices actuels, mais sur l’incertitude entourant les marges à venir. Les estimations des analystes demeurent stables, ce qui indique qu’ils ne voient pas de risque immédiat pour les profits des entreprises. Toutefois, l’incertitude concernant l’évolution des marges s’intensifie. Les sociétés de logiciels et de services informatiques bénéficient aujourd’hui de marges particulièrement élevées (30 %), avec les plus fortes progressions enregistrées au cours de la dernière décennie — ce qui accroît leur vulnérabilité face à la concurrence.
Grâce aux progrès de l’IA, le développement logiciel devient beaucoup plus rapide et moins coûteux, ce qui pourrait démultiplier le nombre de solutions sur le marché. Même si les entreprises hésitent à changer de fournisseur en raison de la complexité de leurs systèmes, l’arrivée massive de nouveaux acteurs devrait accroître la concurrence et peser sur les prix et les marges à moyen terme. Si cette dynamique se confirme, au moins la moitié des éditeurs de logiciels pourraient être exposés à des risques de disruption significatifs dans les cinq prochaines années.
Nous abaissons notre recommandation sur le secteur des technologies de l’information, qui passe d’« Attractif » à « Neutre ». Les perturbations dans l’industrie du logiciel, la forte hausse des dépenses d’investissement qui pourrait absorber presque l’intégralité des flux de trésorerie opérationnels, ainsi que des valorisations élevées dans le segment des équipements informatiques, risquent de peser sur le sentiment des investisseurs. Nous abaissons notre recommandation sur le secteur des technologies de l’information, qui passe d’« Attractif » à « Neutre », mais nous conservons une vue attractive sur l’IA, en soulignant que les opportunités liées à l’intelligence artificielle dépassent le seul secteur IT du S&P 500.
Dans un marché volatil, la diversification est plus que jamais essentielle. La récente surperformance de l’indice S&P 500 Equal Weight par rapport à l’indice traditionnel témoigne d’un rallye élargi du marché, soutenu par un contexte macroéconomique favorable. Les marchés asiatiques et européens offrent également des perspectives intéressantes grâce à l’expansion budgétaire et aux réformes structurelles. Face à des risques accrus et à une incertitude grandissante, il est particulièrement important de diversifier ses investissements, tant sur le plan sectoriel que géographique.
Ainsi, même si nous restons positifs sur les perspectives des actions américaines et anticipons une progression du S&P 500, nous pensons que la diversification est clé pour gérer les risques de marché et améliorer les rendements à long terme. Pour profiter d’un rallye plus large, nous privilégions le secteur financier, la santé, les services aux collectivités et la consommation discrétionnaire aux États-Unis.
