Gérald Darmanin, ministre de la Justice, dénonce dans une note de 12 pages les dysfonctionnements policiers qu’il a lui-même laissés prospérer pendant quatre ans à l’Intérieur. Trois millions de procédures en attente, un coût économique estimé entre 14 et 28 milliards d’euros par an : les syndicats policiers crient à la trahison et réclament une réforme structurelle.
Violences sexuelles sur mineurs : Darmanin dénonce Darmanin dans une lettre

Trois millions de procédures judiciaires en attente. Ce chiffre, révélé dans une note explosive de Gérald Darmanin adressée le 29 juillet 2026 à Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, ne traduit pas seulement une crise judiciaire. Il représente une paralysie économique massive, un coût caché pour les contribuables et une perte de confiance qui freine l'activité économique. Le paradoxe ? Darmanin occupait précisément le poste de ministre de l'Intérieur pendant plus de quatre ans (2020-2024), la plus longue durée à ce poste depuis un demi-siècle. Il dénonce aujourd'hui les dysfonctionnements qu'il a lui-même laissés prospérer.
Violences sexuelles : Qu'est-ce que ce 'stock fantôme' ?
Le « stock fantôme » désigne l'ensemble des dossiers judiciaires non transmis par les services de police et de gendarmerie à l'autorité judiciaire. Selon Frédéric Lauze, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la Police nationale (SCPN), ce stock atteint trois millions de procédures au niveau national, accumulées depuis des années. Les inspections menées après l'affaire Lyhanna, en juin 2026, ont révélé l'ampleur du problème : 1 275 dossiers non transmis à Nîmes, 905 à Caen. Sur les 85 000 plaintes en cours de traitement, combien dorment dans des tiroirs ? Le coût économique de cette congestion reste largement sous-estimé. Chaque dossier bloqué représente une victime sans réparation, une entreprise paralysée par une enquête interminable, un investisseur qui se détourne du territoire. La justice ralentie, c'est l'économie freinée.
Darmanin reconnaît l'héritage : une note de 12 pages qui coûte cher politiquement
La note de synthèse de 12 pages, révélée par Le Monde le 8 août 2026, détaille les défaillances des services de police et gendarmerie dans le traitement des violences sexuelles sur mineurs. Darmanin y pointe les retards, les oublis, les procédures non transmises. Problème : ces dysfonctionnements se sont aggravés pendant son propre mandat à l'Intérieur. Frédéric Lauze ne mâche pas ses mots : « C'est le comble du cynisme. Pendant quatre ans, l'actuel garde des Sceaux s'occupait de la formation, des moyens de la police, de la priorisation d'un certain nombre de dossiers, et aujourd'hui il reproche son propre bilan sur douze pages au ministre de l'Intérieur actuel, en se dédouanant de toute responsabilité. » La crédibilité politique a un prix, et Darmanin vient d'en payer une partie.
Quel impact budgétaire pour l'État et les contribuables ?
Les 8 000 effectifs créés : suffisants ou goutte d'eau ?
Dans sa défense publiée sur X le 9 août 2026, Darmanin revendique la création de plus de 8 000 effectifs supplémentaires pendant son mandat à l'Intérieur. Mais ce chiffre, présenté comme une réussite, soulève une question économique brutale : pourquoi ces renforts n'ont-ils pas empêché l'accumulation de trois millions de procédures en attente ? L'augmentation des effectifs sans réforme structurelle équivaut à verser de l'eau dans un seau percé. Le budget alloué à la police nationale a progressé, certes, mais la productivité judiciaire, elle, stagne. Les syndicats pointent une réalité comptable implacable : sans simplification de la procédure pénale et sans places de prison supplémentaires, chaque euro investi produit un rendement décroissant. La justice sous-financée n'est pas seulement un problème juridique, c'est une hémorragie budgétaire.
Les syndicats dénoncent : 'On fabrique un déni de justice'
Frédéric Lauze : 'C'est le comble du cynisme'
La réaction des syndicats policiers a été immédiate et virulente. Frédéric Lauze résume le sentiment général : « Un sentiment de colère, de révolte, d'injustice partagé par tous les policiers, un sentiment de trahison vis-à-vis de Gérald Darmanin. » L'Association nationale de police judiciaire (ANPJ) enfonce le clou dans un communiqué du 9 août, accusant l'ancien ministre de l'Intérieur d'hypocrisie. « On a fabriqué un véritable déni de justice, les policiers n'arrêtent pas de le hurler. Les policiers ne font plus d'investigation, ils font des procédures au détriment des victimes, car les politiques comme Monsieur Darmanin l'ont voulu », martèle Lauze. Les syndicats réclament une réforme de fond : simplification de la procédure pénale, création de places de prison, moyens supplémentaires pour la police judiciaire. Sans ces changements structurels, le système continuera de produire des scandales judiciaires en série.
L'affaire Lyhanna, déclencheur de cette crise, illustre tragiquement les conséquences du dysfonctionnement. Jérôme Barella, principal suspect dans la mort de cette collégienne de 11 ans en juin 2026, avait fait l'objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sans jamais être inquiété. Combien d'autres dossiers similaires dorment dans le stock fantôme ? Combien de victimes potentielles auraient pu être protégées si les procédures avaient été traitées à temps ? Le coût humain se double d'un coût économique : chaque affaire non traitée alimente la défiance envers les institutions, fragilise le tissu social et dégrade l'attractivité du territoire.
